Une plainte vient d’être déposée contre le secrétaire CGT du comité d’entreprise des TCL. Interview de Bruno Serpaggi, du syndicat CFTC à l’origine de cette procédure.
Pourquoi vous avez porté plainte contre le secrétaire du comité d’entreprise ?
Bruno Serpaggi : Parce que l’élu CFTC qui siège au comité d’entreprise a été écarté de toutes les commissions par Jean-Raphaël Diaz, le secrétaire du CE. Ce qui était totalement illégal.
C’est une vengeance ?
Pas du tout. Mais cette décision nous a confirmé que la gestion du CE manquait totalement de transparence. D’ailleurs, on avait déjà des soupçons sur l’attribution d’un marché qui portait sur la rénovation d’appartements du comité d’entreprise situés à Port-Barcarès. D’après nos informations, ce marché aurait été accordé à une entreprise appartenant au beau-frère de Jean-Raphaël Diaz et nous avons demandé les devis pour vérifier. On voulait aussi s’assurer que l’entreprise qui a décroché le contrat proposait vraiment des prix plus intéressants que ses concurrents. Mais on n’a jamais eu de réponse.
Pourquoi ce manque de transparence ?
Parce que Jean-Raphaël Diaz se sent intouchable. D’autant plus que le comité d’entreprise des TCL est géré depuis 1946 par la CGT qui a toujours été la principale organisation syndicale. Du coup personne n’a jamais osé lui demander des comptes.
L’élu CFTC n’a pas accès aux comptes ?
Si, mais jamais dans leur intégralité. On ne sait pas combien sont payés les salariés du CE par exemple... Et on vient seulement d’apprendre que le CE disposait de 832 000 euros de trésorerie. Ce qui est énorme quand on sait que le CE gère un budget de 2,6 millions d’euros.
C’est plutôt une bonne chose que le CE ait une bonne trésorerie !
Oui, mais si le comité d’entreprise est si riche, pourquoi les salariés des TCL ont si peu d’avantages ? Pas de chèques-restaurant, pas de chèque-vacances... Et chaque année, seulement 350 salariés sur 4 000 peuvent profiter des appartements et des mobil-homes que possède le CE. En plus, on ne sait pas selon quels critères ces appartements sont attribués. Et j’aimerais bien avoir une liste des personnes qui sont parties en vacances grâce au CE depuis cinq ans. D’ailleurs en juillet dernier, nous avons demandé des précisions, en vain.
Mais alors à quoi sert cette trésorerie de 832 000 euros ?
C’est ce que j’aimerais bien savoir. Mais pour moi, cet argent ne profite qu’à la CGT puisque c’est elle qui gère les comptes. Et quand, entre 2001 et 2003, c’est FO qui a pris en main la gestion des comptes, comme par hasard, une partie des documents comptables avaient disparu... Malheureusement, à l’époque, le syndicat FO n’a pas commandé d’audit.
Vous ne saviez pas que les salariés du CE étaient payés 3 700 euros par mois pour un mi-temps ?
Non. D’ailleurs, on ne connaît toujours pas le nombre de salariés qui travaillent au CE. Mais c’est bien pour ça qu’on demande des explications précises. Car pour moi, ce comité d’entreprise ressemble à celui de l’EDF, c’est-à-dire une pompe à fric au service de la CGT. Et j’espère que cette affaire va intéresser la brigade financière. Car l’argent du comité d’entreprise des TCL doit revenir aux salariés des TCL.
La direction des TCL a réagi ?
C’est le directeur général de Kéolis à Lyon qui gère les TCL qui est président du CE. Mais il a toujours tout délégué à Jean-Raphaël Diaz et à la CGT qui est le principal syndicat aux TCL. En fait, pour Kéolis, c'est un moyen d’acheter la paix sociale. Un peu comme si la direction de Kéolis disait à la CGT : “Je ne m'occupe pas des comptes du CE, vous faites ce que vous voulez. Mais en échange, vous me laissez gérer l’entreprise tranquillement.”
Propos recueillis par Emmanuel Derville
3 700 euros par mois à mi-temps
Le comité d’entreprise des TCL est sans doute l’employeur le plus généreux de France. En effet, en 2006, il a déboursé plus de 251 000 euros pour rémunérer les quatre salariés employés au siège du CE, dans le 3e arrondissement. C’est en tout cas ce qui ressort des comptes 2006 du comité d’entreprise que Lyon Mag s’est procurés. Du coup, chaque salarié touche environ 62 800 euros par an, ce qui représente un salaire brut, incluant les congés payés et différentes primes, d’environ 3 700 euros par mois ! Trois fois le smic. Alors qu'aux TCL un conducteur de métro avec dix ans d’ancienneté gagne 1 400 euros net par mois. Etonnant. En revanche, les quatre autres salariés du CE qui sont employés sur d’autres sites touchent un salaire normal : entre 600 et 800 euros brut par mois.
Contacté par Lyon Mag, Jean-Raphaël Diaz a refusé de s’expliquer. Conformément à la loi, toutes les personnes mises en cause restent présumées innocentes jusqu’au jugement définitif de cette affaire.









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J.G
jojo
hirondelle44
Jaime GARRIDO