A la une 20-06-2009 à 17:54
Une proposition déposée par une soixantaine de députés crée la polémique depuis une semaine : elle demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le port de la burqa en France. L'objectif est en fait de savoir si cette pratique religieuse de l'islam est voulue ou subie par les femmes concernées. Mais entre liberté fondamentale et respect de la femme, la question divise. Etat des lieux des réactions et explications sur cette pratique avec Lyon Mag.com.
Presque tous les hommes politiques et religieux français se sont exprimés depuis quelques jours sur ce qui est devenue une polémique. A commencer par André Gerin, le député-maire de Vénissieux et qui est à l'origine du texte. "Nous sommes aujourd'hui confrontés, dans les quartiers de nos villes, au port par certaines femmes musulmanes de la burqa, voilant et enfermant intégralement le corps et la tête, expose-t-il au début du texte. Il ne s'agit plus seulement d'une manifestation religieuse ostentatoire mais d'une atteinte à la dignité de la femme." La commission doit permettre de comprendre pourquoi le phénomène progresse. C'est Luc Chatel, le porte-parole du Gouvernement, qui a évoqué en premier la possibilité d'une loi, vendredi matin. Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Politique de la Ville et ancienne présidente du collectif "Ni putes, ni soumises", lui a emboîté le pas, estimant que la burqa ou le niqab est "l'expression visible et physique des fondamentalistes et des intégristes dans notre pays."
Mais au sein du Gouvernement, les avis sont partagés. Eric Besson, le ministre de l'Immigration, a précisé que la loi sur le port du voile donnait déjà les limites au port du vêtement : "En France, nous sommes déjà allés très loin. Vous ne pouvez pas, quand vous êtes fonctionnaire, vous voiler la tête dans les services publics, ni vous présenter avec un voile à l'école". Michèle Alliot-Marie, la ministre de l'Intérieur et des cultes, préfère quant à elle temporiser : la mise en place d'une commission "est une bonne façon de procéder pour avoir une vision la plus objective possible du phénomène et voir les mesures qu'il convient d'y apporter."
Du côté religieux, cette proposition est plutôt mal accueillie. Kamel Kabtane, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, estime "qu'il n'y pas d'augmentation du nombre de femme portant la burqa en France et notamment dans la région lyonnaise", comme l'a fait remarqué André Gerin. Le responsable religieux pense également que "ce projet vise une nouvelle fois à stigmatiser les musulmans." La dernière réaction est celle du Conseil Français du Culte Musulman, qui "s'oppose à la mise en place de la commission d'enquête" et qui en appelle à Nicolas Sarkozy pour "réitérer la force et l'actualité des principes et des fondements de la République Française."
Mise à jour au 22 juin à 15h50 : Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a déclaré devant le Congrès à Versailles que "la burqa n'était pas la bienvenue sur le territoire français. La burqa "n'est pas un problème religieux", a-t-il jugé, mais "un problème de liberté."
Pour mieux comprendre l'origine et les fondements de cette pratique, Lyon Mag.com a interrogé Cyrille Aillet, maître de conférences à l’université Lyon II en histoire des mondes musulmans médiévaux.
Lyon Mag.com : Comment peut-on définir la burqa ?
Cyrille Aillet : Il y a plusieurs types de voiles islamiques. La burqa provient d’Afghanistan et couvre l’ensemble du visage, y compris les yeux, cachés derrière une sorte de grille. Rendue obligatoire par le régime taliban, c’est un voile extrêmement minoritaire dans le monde musulmans et plus encore en France. La discussion actuelle porte donc sur un phénomène très marginal. Le niqab est plus répandu, tout en restant lui aussi très minoritaire, surtout en France. Il s’agit d’un voile qui ne laisse apparaître que les yeux. Le hijab, qui laisse apparaître le visage, est le type de voile le plus courant. Il faut toutefois souligner que le port du voile est loin d’être général parmi les femmes musulmanes de France .
Le port de la burqa est-il inscrit dans le Coran ?
Absolument pas. Il s’agit d’une tradition locale, récupérée par une frange de croyants très minoritaire. Dans le passage le plus précis sur la tenue vestimentaire de la femme (sourate 24, verset 31), le Coran se contente de dire que « les femmes doivent rabattre un voile, dit khimar, sur leurs gorges », rester pudique et éviter les ornements trop voyants. Il est vrai que les hadiths, paroles attribuées au prophète Mahomet mais rassemblées voire forgées après sa mort, se montrent plus précis. Certains d’entre eux recommandent de voiler la femme. Encore faut-il souligner que depuis les origines de l’islam, ces textes ont suscité diverses interprétations parmi les savants et au sein des sociétés elles-mêmes.
C’est donc l’application d’un islam plus ancien ?
On ne peut pas ramener l’islam d’aujourd’hui à une simple application du Coran ou des textes religieux des origines. Les sociétés musulmanes et leurs individus ne sont pas gérés par les seuls textes religieux. Les ports vestimentaires actuels relèvent à la fois de coutumes et d’enjeux politiques et identitaires résolument contemporains, surtout dans le contexte de la France.
Qu’est-ce qui peut influencer la population dans le choix du port de la burqa ?
Le port d’un vêtement dépend du choix de chaque individu, de sa culture d’origine, mais aussi de son positionnement dans la société où il vit. Beaucoup de femmes musulmanes même pratiquantes s’habillent à « l’européenne ». Le vêtement peut aussi varier en fonction du milieu social. Dans le contexte de la France, la véritable question est de savoir pourquoi certaines femmes choisissent le port d’un voile intégral, ou subissent des pressions dans ce sens. Il peut s’agir d’un message politique, mais il révèle surtout un sentiment d’exclusion ou de marginalisation au sein de la société française.
Le débat qui entoure la burqa implique également que certains hommes forceraient leurs femmes à mettre et à porter la burka. Est-ce qu’il est inscrit dans le Coran une supériorité de l’homme sur la femme ?
Le Coran comme la Bible contiennent des passages que l’on peut juger misogynes, selon nos critères. Cependant, aucun passage du Coran ne légitime l’usage de la contrainte à l’égard de la femme. Les traditions religieuses de l’islam assurent aussi une certaine forme de protection de la femme. Toutefois, il ne faut pas oublier que ces textes ont été écrits il y a plus de mille ans. Encore une fois, il importe de souligner que le débat actuel, qui porte sur un phénomène très marginal, relève d’enjeux contemporains.
Gwenaël Windrestin
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Commentaires 23
Déposé par Layana42 le 06/08/2011 à 19h10 Citer
Déposé par michellle le 02/04/2010 à 14h36 Citer
Déposé par Pangloss le 02/04/2010 à 13h30 Citer
Déposé par reflexion le 24/01/2010 à 13h38 Citer
Déposé par muslimine le 22/01/2010 à 16h02 Citer
Déposé par PHILIPPE le 21/01/2010 à 18h44 Citer
Déposé par Bernard le 10/01/2010 à 17h12 Citer
Déposé par ... le 15/12/2009 à 16h55 Citer
Déposé par jeanne le 01/11/2009 à 14h11 Citer
Déposé par ùuslima le 01/11/2009 à 14h10 Citer
Déposé par muslima le 01/11/2009 à 14h05 Citer
Déposé par samia le 21/10/2009 à 19h09 Citer
Déposé par julie le 11/10/2009 à 22h03 Citer
Déposé par bijou le 22/09/2009 à 13h38 Citer
Déposé par nono le 31/07/2009 à 22h06 Citer
Déposé par lili le 30/07/2009 à 00h18 Citer
Déposé par tina le 06/07/2009 à 12h20 Citer
Déposé par Sylvain le 05/07/2009 à 15h11 Citer
Déposé par malsi le 23/06/2009 à 20h53 Citer
Déposé par Muslim le 23/06/2009 à 10h19 Citer
Déposé par zézé le 21/06/2009 à 15h10 Citer
Déposé par les fascistes verts le 21/06/2009 à 11h15 Citer
Déposé par luc le 20/06/2009 à 23h25 Citer