19-11-2007

Le blog de Philippe Brunet-Lecomte

“Etre anti-Sarkozy ce n’est pas un programme municipal”. Pour une fois, je suis entièrement d’accord avec ce que vient de proclamer Michel Mercier, le patron du Modem à Lyon, qui dit clairement ce qu’il pense en abandonnant sa légendaire prudence. Dans le collimateur de Mercier : Azouz Begag, le candidat qui devrait normalement être désigné par les militants centristes pour représenter le Modem aux prochaines élections municipales à Lyon.

Mais le président du conseil général n’en veut pas car il le suspecte de n’avoir qu’un seul objectif : régler ses comptes avec Sarko. Effectivement, ça peut être une tentation pour Begag. Mais on se demande si Mercier est bien placé pour donner des leçons à Begag qui pourrait lui répondre sur le même ton qu’être ministre de Sarkozy, ce n’est pas non plus un programme municipal. Car, parait-il, le président du conseil général a un fantasme : entrer au gouvernement Fillon. Alors que Begag, lui au moins, a réglé ce problème après avoir été ministre de Villepin. Ce qui lui a permis de découvrir de près tous les “charmes” de Sarko.

Azouz Begag

On vous a bien dit que “normalement” Begag devrait être désigné par les militants centristes pour être le champion du Modem aux prochaines municipales. En fait, rien n’est moins sûr, vu que Mercier a décidé de lui barrer la route, coûte que coûte. Dans un premier temps, il a tout fait pour convaincre François Bayrou, le leader du Modem, de refuser ce jeu démocratique. En exigeant que ce soit lui et quelques notables qui choisissent le candidat. Mercier a été désavoué par Bayrou, mais visiblement, il n’a pas baissé les bras. Voilà pourquoi face à Begag, il pousse un inconnu mais qui est un de ses fidèles. Et il a mobilisé tous ses réseaux pour bloquer cette désignation qui est pourtant la seule solution pour que le Modem existe à Lyon. D’ailleurs un sondage réalisé par CSA pour Lyon Mag le donne largement devant tous les autres candidats. Il cartonne même chez les électeurs centristes qui le plébiscitent à 75% ! Et au premier tour des municipales, il ferait un joli score. Pourtant Mercier s’obstine. Il aurait même essayé en coulisse de monter une drôle de manip révélée par lyonmag.com en lançant un vrai faux candidat contre Begag !
D’ailleurs, au cours du débat organisé par Lyon Mag jeudi dernier avec Begag, les militants du Modem et notamment les jeunes, étaient très remontés contre Mercier. Et à mon avis si le président du conseil général continue, il va faire exploser le Modem. Vu que les centristes en ont marre de ses combines à deux balles. Azouz Begag n‘a pas hésité à expliquer pourquoi Mercier a peur de lui : “En fait, il estime que je suis incontrôlable. Ce qui est grave pour lui, car son objectif au fond, c’est de pouvoir tout contrôler”.

Philippe Genin, un des lieutenants de Dominique Perben le candidat UMP aux municipales à Lyon, vient de déclarer que l’alliance avec les millonistes lui posait un “problème”. Je ne sais pas si c’est vrai mais c’était dans le Progrès du week-end. En clair, l’ancien bâtonnier a un problème car il se voit mal sur les estrades aux cotés de Charles Millon ou de son “théoricien” Amaury Nardone. Et on le comprend car on peut être à droite sans pour autant se sentir proche de cette droite musclée. Rappelons que Millon et sa bande ont fait alliance avec le Front National en 1998 pour faire réélire leur champion à la tête du conseil régional. Et depuis, ils ne se sont jamais expliqué sur cette alliance, ni exprimé le moindre regret. D’ailleurs on soulignera au passage que Genin est le premier à protester contre cette alliance. Car à gauche comme à droite, c’est le silence. Consternant.

A propos de Genin, j’ai profité du week-end pour lire le bouquin qu’il vient de publier “Lyon pour la vie”. 150 pages étonnantes où il propose toute une série de projets pour Lyon. Parfois c’est intéressant notamment quand il suggère de casser cet horrible blockhaus devant la gare de Perrache, d’enterrer l’autoroute qui longe les quais du Rhône ou de déménager “la forteresse chimique” de Feyzin. D’ailleurs, tout le monde est d’accord, à droite comme à gauche. Le problème bien sûr c’est de financer ce genre de projet. Même son idée d’organiser les Jeux Olympiques à Lyon et Marseille en 2020 qui peut paraitre loufoque, mérite au minimum d’être étudiée. En revanche, ce “Lyon, pour la vie” vire parfois au naïf quand Genin nous explique qu’il veut refaire du 8 décembre une fête chrétienne ou quand il se lance dans de grandes tirades sur la poésie ou sur la nécessité de créer “un observatoire des luminosités souterraines”... Mais ce qui me gène le plus dans ce bouquin, c’est le style caricatural de Genin quand il se lance dans un éloge enflammé de Perben, sa stature extraordinaire, son expérience exceptionnelle... Tout en présentant Collomb comme un nul et un salaud qui n’a “rien fait pendant 7 ans”. Pas très crédible, ni convaincant. En attendant ce bouquin a le mérite d’exister. D’autant plus que c’est courageux d’écrire à une époque où plus personne ne lit. Espérons que du coté de Collomb, on aura droit aussi à un petit bouquin du même style. Car défendre un bilan, c’est bien, mais ça ne suffit pas. Car dans toute élection, il faut pouvoir rêver.

Encore un mot sur le quotidien économique Les Echos qui vient d’être raflé par Bernard Arnault, le patron de LVMH. C’est la loi du fric, estiment les cyniques en se moquant des journalistes qui se battent pour leur indépendance. Nous à Lyon Mag, on a tous signé une pétition de soutien à la rédaction des Echos, mais que faire de plus ? Une certitude, cette inconscience des “élites”, on finira par la payer cher car une démocratie est vulnérable sans une presse indépendante, donc crédible.

Allez à jeudi prochain. Et n’hésitez pas à réagir.

 

Commentaire

Charles V

Tout à fait d'accord avec Caton. Ces municipales sont une occasion unique pour le centrisme lyonnais de se ressaisir après des années et des années de dérive monarchique imposées par le roi Mercier. Il faut que les centristes se lèvent et qu'ils entrent en résistance contre les notables qui ont fait crever cette famille politique. En espérant que François Bayrou saura soutenir cette dynamique qu'il a lui-même fait naître aux présidentielles.

Caton de Lyon

Lors des dernières élections présidentielles, François Bayrou a su faire émerger un espace de liberté et de perspective politique au centre droit. Avec audace et parfois même courage, il a tenu un cap différent et divergeant d’une pensée unique d’un parti unique auquel il s’est – à plusieurs titres et avec raison – toujours opposé. Cette campagne forte, sans fleurets mouchetés, a étonné et détonné par rapport à un usage centriste généralement plus empreint de mollesse et des convenances et traditions de ce que fut le passé de l’UDF, un ventre politique mou presque comparable à celui de certain de ses notables qui persistent à …persister à la tenue de leurs rangs et leurs prébendes. Ces notables du passé – et dépassés aujourd’hui – ont été les fossoyeurs d’un grand courant politique français soit en disparaissant du paysage au fil des élections, soit pour les moins courageux d’entre eux, en accourant à la nouvelle UMP et en s’inféodant à leur nouveau suzerain Jacques Chirac (et oui, à l’époque, l’UMP c’était sensé être à lui et pour lui) puis Sarkozy – après tout, quand on s’est vassalisé, être accepté à la cour compte d’avantage que le souverain que l’on révère. Lâchés par quelques « pragmatiques » (convenez que le terme est poli en la circonstance) après le premier tour, François Bayrou a maintenu son cap et ne s’est pas quand à lui, rallié tel un partisan de la 25e heure à Sarkozy, considérant que l’élan suscité par sa candidature et ses positions avait installé un territoire politique nouveau et durable et méritait de persister, d’affirmer une différence entre UMP et PS. Le prix payé aux législatives fut lourd mais après tout, ne vaut-il pas mieux un temporaire « petit chez soi » qu’un long « grand chez les autres ». A Lyon, le score et l’audience de François Bayrou a été considérable. Sans doute cela tient-il à un terreau centriste encore fertile mais ne faut-il pas également y voir un trait de caractère et de fierté consubstantiels de l’esprit lyonnais ? Un trait de caractère qui procède d’indépendance, de distance voire même de mépris pour les démarches embrigadées et populistes d’un UMP qui se veut hégémonique et se montre arrogant au point de shooter, déplacer, remplacer tel ou tel des acteurs connus et reconnus de la vie politique locale pour faire le lit de quelque « gloire nationale » sur le retour ou Rastignac de banlieue (chic bien sûr). Devenue MODEM, l’UDF lyonnaise est désormais à un carrefour de son histoire et de son avenir. Soit elle persiste dans la ligne de son chef de file. Soit elle cède à d’éventuels calculs de survie et de « promotion canapé » de certains futurs ex-potentats locaux aux odeurs de naphtaline qui pourraient sauver leur siège ou s’offrir un strapontin se couchant à leur tour (au premier ou au second), au lit d’une alliance UMP-Villiéro-Milloniste dont ni le passé politique, ni les visions de l’avenir ne cadrent avec les projets que porte le Modem d’aujourd’hui, ni avec l’honneur et gloire de l’histoire de l’UDF dans cette région. De grâce, François (Bayrou), ne laisse le Centre à Lyon tomber dans une double compromission ; - celle d’un reniement de son héritage de courage tant jadis à la tête de cette région que par l’ampleur des suffrages qui te furent apportés sur l’agglomération lyonnaise, - celle d’une lourde hypothèque de son avenir en allant jouer – au premier ou au second tour des municipales – les « quatorzième » à table d’un funeste banquet « souveraino-perbeno-milloniste » qui n’aura rien de républicain. De grâce, celles et ceux du MODEM lyonnais qui sont fiers du passé des plus courageux de leurs aînés et confiants dans la force de leurs convictions pour l’avenir, ne vous laissez pas confisquer cette chance de faire bouger la politique en commençant par Lyon…quitte à débarquer ceux qui, animés d’autres arrières pensées, voudraient vous empêcher d’agir.

yena marre

pourquoi être anti sarko ne serait pas un programme? c'est ce qu'on a dit pendant la présidentielle alors les gens l'ont cru, ils ont fermé leur gueule quand ils auraient voulu dire ce qu'ils pensaient de cet homme détestable et imbu de lui même. Maintenant on est obligé de supporter ce monsieur + 140%.

Haut les Coeurs

Je souhaite que tu aies raison, Julie. Mais Mercier est prêt à tout, surtout si c'est énorme. Alors ne le laissons pas passer encore une fois!

Luc R-F

Que Begag soit un centriste qui penche à gauche (plutôt Collomb) ou à droite (comme Mercier), sa méthode tranche nettement avec les magouilleurs historiques de l'UDF (toujours comme Mercier), car il ne veut pas d'alliance. Pour Begag, le modem se bat pour lui, pas pour les autres en vue d'un petit maroquin.

Sésé

...parce qu'il n'a pas eu l'investiture rpr...

Jonathan

L'analyse de Sésé me parait cohérent mais je t'ajouterais un truc:en 1997,Begag était candidat aux législatives dans la 3e circonscription en tant que DVG!

romain blachier

llu le bouquin de genin comme vous le savez.A en ffet le mérite d'exister.Pour le reste, pas à l'hauteur de cet homme intelligent.

Réponse de Brunet-Lecomte à Laurent

Vous confondez indépendance et neutralité. Lyon Mag n'a jamais été neutre. Au contraire, on a toujours pris partie clairement en essayant de rester honnête. Mais on est indépendant puisque l'essentiel de notre capital reste contrôlé par les salariés. Et rassurez-vous on n'est pas financé par Collomb. Certes la mairie nous achète de la pub mais comme aux autres médias. D'ailleurs on n'a jamais hésité à le critiquer !

SéSé

Begag est un mec de droite, qui n'aime pas Sarko. Donc pour s'occuper pendant les 10 priochane années, il va faire un tour au modem et comme il à une notoriété, il est acceuilli à bras ouvert par bayrou!
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