Lyon Mag est en danger. Car le 31 décembre prochain à minuit, quand l’année basculera, on risque de perdre notre indépendance. Cinq semaines de sursis. Mais on va se battre. Voilà pourquoi j’ai décidé de tout déballer sur la place publique. Tranquillement. En effet, depuis des mois, on se bat en silence. Alors que Lyon Mag est en train de vivre la crise la plus grave de son existence.
A l’origine de cette crise : un des actionnaires minoritaires de Lyon Mag qui cherche à prendre le contrôle de notre magazine. Il s‘agit de Christian Latouche, pdg du groupe Fiducial. Avec environ 10% de notre capital, ce patron lyonnais avait jusque là respecté notre indépendance tout en nous aidant à passer un cap difficile. Un sacré personnage, ce Latouche. Et une sacrée réussite. Alors qu’il est parti de rien, son groupe spécialisé dans l’expertise comptable emploie aujourd’hui 15 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros ! Visionnaire, limite génial. Assez réac mais anticonformiste. Un peu dingue aussi. En tout cas, il a accepté de faire partie d’un groupe de cinq chefs d’entreprises lyonnais qui contrôlent aujourd’hui environ 25% du capital de Lyon Mag, notamment Thierry Ehrmann du groupe Serveur et Roger Caille, le fondateur de Jet Services qui vient de mourir. Un groupe d’investisseurs pluriels dont les sensibilités politiques, les activités et les trajectoires sont très différentes mais qui ont toujours respecté l’indépendance de Lyon Mag avec lequel ils ne sont pas toujours d’accord, loin de là.
Mais depuis cet été, après avoir aidé Lyon Mag en lui prêtant une somme de 500 000 euros, le pdg de Fiducial a changé radicalement d’attitude en exigeant d’obtenir une “option de majorité”, c’est-à-dire le droit à tout moment de devenir l’actionnaire majoritaire de Lyon Mag. J’ai alors engagé des discussions au cours de l’été puis cet automne pour tenter de convaincre Christian Latouche. Des heures de tête à tête. Mais chaque fois que je tentais d’assouplir ses positions, il répliquait en durcissant le ton avec de nouvelles exigences, toujours plus inacceptables. Et en refusant de signer une charte qui préserve l’indépendance rédactionnelle de Lyon Mag.
Franchement, j’ai tout essayé. Et j’ai même été à la limite de baisser les bras et de signer.
Mais dans ce combat, je n’ai jamais été seul. Sinon, j’aurais craqué. J’ai d’abord été entouré d’une équipe de fidèles. Lionel Favrot, Samia Ziraoui, Thomas Nardone, Eric Soudan, Maud Guillot, Joanna Perraudin... Et bien sûr Géraldine Gacon. Des journalistes, des commerciaux, des infographistes... Ensemble, on a beaucoup appris, on a grandi, on a mûri. Chaque fois que j’ai été tenté de renoncer, j’ai pensé à eux. A cette formidable équipe, soudée et combative depuis bientôt 15 ans ! C’est ça la vraie force de Lyon Mag.
Et puis il y a les actionnaires et notamment le petit groupe de patrons lyonnais qui nous ont toujours soutenus. Dès le début de ce bras de fer avec Christian Latouche, ils m’ont encouragé à résister. En tête, Roger Caille. Un sacré personnage lui aussi. Le père de Lyon Mag. C’est lui qui nous a lancés avant de nous pousser à prendre notre indépendance. Je l’ai déjà raconté ici : quelques jours avant sa mort, j’ai eu un tête à tête avec lui. Il m’a écouté. En m’incitant à ne jamais céder sur l’essentiel. Et le jour de son enterrement, je me suis juré de me battre jusqu’au bout. Bizarrement, j’ai alors senti en moi une force incroyable.
Voilà pourquoi, un matin, j’ai écrit une lettre à Christian Latouche. C’était début novembre. Je n’ai pas eu besoin de réfléchir, ni de calculer. Car cette lettre je l’avais en moi depuis des semaines. Je lui ai dit simplement pourquoi je refusais de me soumettre à ses exigences, que je ne pouvais renier Lyon Mag et son indépendance. Une lettre au fond assez sympa où je le remerciais de ce qu’il avait fait pour nous jusque là et que j’ai conclue en laissant la porte ouverte pour un accord équitable. Mais une lettre ferme. Deux jours plus tard, Latouche me répondra par une lettre recommandée demandant de lui rembourser ses 500 000 euros dans un délai de... 8 jours ! Ce qu’il savait impossible car Lyon Mag qui vient de vivre trois années difficiles, est encore en convalescence. Et si ce remboursement n’intervenait pas, Latouche annonçait qu’il allait saisir mes actions pour se rembourser. Devenant ainsi majoritaire dans le capital de Lyon Mag !
Bref, un véritable chantage car lorsque Latouche avait prêté cet argent à Lyon Mag, il m’avait fait signer une sorte de caution. “Faites-lui confiance !“ me répétait son bras droit...
Quand j’ai reçu cette lettre, ce qui m’a le plus surpris, c’est ma sérénité. Je n’arrivais pas à détester Latouche. Ni même à lui en vouloir. Et même si je réalisais que j’étais piégé, je n’arrivais pas non plus à avoir peur. Mais je me sentais au contraire de plus en plus déterminé.
Du coup, j’ai décidé de saisir Philippe Grillot, le président du tribunal de commerce de Lyon, pour qu’il stoppe Latouche. En lui demandant de nous accorder un délai raisonnable pour le rembourser. J’ai hésité vu que Lyon Mag a beaucoup dénoncé les magouilles du tribunal de commerce. Mais je me suis dit qu’on n’avait pas le choix, qu’il fallait foncer.
Voilà comment mardi dernier à 8h, on s’est retrouvé dans le bureau du président du tribunal. Latouche n’est pas venu. Mais surprise, il avait envoyé un avocat pas tout à fait comme les autres : Me Genin, un proche de Dominique Perben, le candidat UMP aux municipales à Lyon qui déteste bien sûr Lyon Mag. Une belle provocation ! Mais pendant 1h30, on s’est expliqué. Genin a été correct. Le président attentif. J’ai essayé d’être convaincant. Car l’objectif, c’était de faire exploser ce délai de 8 jours pour au moins avoir le temps de préparer une riposte judiciaire et de réunir de l’argent. Pas facile, mais là encore, je me suis surpris. Car je suis arrivé au tribunal le cœur léger, convaincu de défendre une juste cause. En face, l’avocat de Latouche a tenté de faire croire que Lyon Mag était en faillite et qu’il fallait nommer un juge-enquêteur pour confirmer ça... Tout en exigeant qu’on lui rembourse ses 500 000 euros ! Etonnant.
Deux jours plus tard, c’est-à-dire jeudi, Grillot a rendu sa décision. En refusant cette enquête et en accordant un sursis jusqu’au 31 décembre à Lyon Mag pour rembourser cet argent en cinq mois. Décevant bien sûr car on s’attendait au minimum à trois ans, voire cinq. Mais je me suis dit que l’essentiel, c’était d’avoir obtenu cinq semaines pour trouver une solution. Bien sûr on a fait immédiatement appel tout en envoyant un message à Latouche pour qu’il accepte un médiateur qui nous sorte de cette impasse.
Voilà. Il reste quelques semaines pour trouver une solution. Et après avoir réfléchi ce week-end, j’ai décidé de rendre publique cette affaire. Pas pour jeter de l’huile sur le feu mais pour neutraliser la rumeur et mettre chacun en face de ses responsabilités. Notamment Christian Latouche mais aussi la justice lyonnaise. Pas question ici d’insulter cet actionnaire de Lyon Mag qui nous a aidés. Et qui nous a respectés jusque là. Je me suis même surpris à le défendre au cours d’une assemblée générale qui a réuni tous les collaborateurs de Lyon Mag. D’ailleurs je continue à croire que ce patron aime Lyon Mag. Il l’aime même un peu trop ! Et au fond, il est très surpris qu’on lui résiste. Car évidemment ce genre de patron n’a pas l’habitude qu’on lui résiste. De plus, pas sûr qu’il comprenne bien pourquoi les journalistes sont tellement attachés à leur indépendance. Pas sûr non plus qu’il ait compris que prendre le pouvoir à Lyon Mag contre Lyon Mag, c’est sans issue. Parce que Lyon Mag explosera, l’équipe, les lecteurs, les annonceurs aussi... Et ce sera, au fond, la fin de Lyon Mag.
Alors que faire ? Le noyau dur de Lyon Mag vient de créer une association des amis de Lyon Mag. Objectif : se mobiliser pour défendre notre indépendance et notre avenir. La première assemblée générale se tiendra à Lyon Mag le 13 décembre prochain, à 12h30. D’ailleurs à Lyon Mag, tout le monde est convaincu que cette affaire est politique. D’autant plus qu’on est à trois mois des municipales, que Christian Latouche est proche de l’UMP et qu’il a choisi un avocat qui préside le comité de soutien de Dominique Perben, le candidat UMP aux municipales à Lyon... Et que Lyon Mag se sent plus proche des valeurs du centre et de la gauche, entre Collomb et Begag.
Mais personnellement, j’avoue que ne suis pas totalement convaincu qu’il y ait une manipulation politique. Certains à Lyon Mag me traitent de naïf, mais au fond, je n’ose pas y croire car ce serait un scandale qui risquerait d’ailleurs de coûter cher à ses instigateurs. Mais si jamais j’ai la preuve de cette manip, alors je n’hésiterais pas à la dénoncer avec force. En tout cas, aujourd’hui mon seul objectif, c’est de trouver une solution sans céder sur l’essentiel. Pas de faire un scandale.
Cinq semaines. Le compte à rebours a commencé. J’ai bien conscience que ça va être dur, très dur. Mais j’ai confiance. D’autant plus que notre audit de cet été nous a donné une feuille de route solide pour les trois ans à venir avec un recadrage et un plan d’économie désormais bien engagés, avec la vente de nos deux magazines Lyon Foot et Lyon Générations, mais aussi un développement centré sur le net à travers le lancement de deux nouveaux sites. Ce qui va exiger des investissements importants : 1,5 million d’euros sur trois ans. Début janvier, on va donc réaliser une augmentation de capital qui sera décisive. Et ce n’était vraiment pas le moment de se payer ce genre de psychodrame. Mais au fond, cette affaire nous a réveillés. En nous montrant, comme dirait Roger Caille, qu’il ne faut jamais oublier l’essentiel.
20 000 Lyonnais achètent chaque mois Lyon Mag. Et plus de 200 000 le lisent. On comprend que ça excite certains. Mais ce qui fait la valeur de Lyon Mag, c’est son âme. Or Lyon Mag est prêt à tout, y compris à mourir. Mais pas à perdre son âme. Voilà pourquoi, je lance un appel à tous nos amis : lecteurs, partenaires, annonceurs, actionnaires... Et je lance aussi un appel à nos ennemis. Mais également à Christian Latouche lui-même. A tous, riches, pauvres, gauche, droite... Aidez-nous à traverser cette épreuve. Car Lyon Mag mérite de vivre et de vivre libre.









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