18-02-2008

Le blog de Philippe Brunet-Lecomte

Faut-il que chaque enfant dans son école parraine la mémoire d’un enfant juif victime de la Shoah ? Dans une ville comme Lyon, capitale de la résistance, mais aussi de la collaboration, cette question continue à soulever les passions. A juste titre. Car la décision que vient de prendre Nicolas Sarkozy touche au cœur d’une problématique sensible : celle de l’histoire et plus profondément de la mémoire.

Une fois de plus Sarkozy l’intuitif a une bonne idée. Mais c’est une fois de plus la méthode qui, au fond, pervertit cette idée. La bonne idée, c’est de mieux sensibiliser la jeunesse à l’horreur nazie. En revanche la méthode Sarkozy est perverse car, comme d’habitude, il parle avant de réfléchir. Parler pour faire sensation, parler pour provoquer la polémique... Parler pour exister. Ce qui peut se comprendre de la part d’un saltimbanque. Mais c’est un peu court pour un président de la République. Surtout sur un sujet aussi grave.
D’ailleurs, cette décision est au fond très “bling-bling”. Car elle révèle une volonté de “peopliser” l’histoire en choisissant de mettre en scène la Shoah à travers des petites victimes innocentes qu’on va en réalité transformer en marionnettes. Au lieu d’inciter les enfants à réfléchir, on va d’abord les émouvoir. Bien sûr qu’il faut savoir toucher le cœur des enfants pour éveiller leur curiosité, les ouvrir sur le monde, les inciter à apprendre... Mais il faut d’abord toucher leur esprit pour former leur conscience. Sinon la leçon sera vite oubliée. Car une émotion chasse l’autre, sans laisser d’autre trace qu’un petit frisson.
Un président de la République doit savoir que l’histoire n’est pas une série télé où des personnages formatés auraient une seule mission : faire de l’audimat. Même au nom d’une juste cause, ce serait une démarche dangereuse. Car l’histoire est un apprentissage, lourd, lent, douloureux... Voilà pourquoi la mémoire de la Shoah mérite une toute autre démarche. Car il faut toucher en profondeur cette jeunesse gavée d’images et de sensations. Au lieu de jouer avec sa sensiblerie.
Quand on a vécu, comme moi, le procès de Klaus Barbie dans les années 80, on connaît bien sûr la force des témoignages et des images qui ont suscité une immense émotion devant la cour d’assises. Mais on mesure aussi ce qui a fait la force de ce procès exceptionnel. Des semaines de réflexion, de méditation même. De Frossard à Wiesel, des grandes consciences sont venues parler. Pour montrer le chemin de la raison. Et ils sont venus dire l’essentiel sur cette horreur de l’histoire. Et l’essentiel est forcement complexe. Car comment comprendre que des hommes aient pu commettre le pire des crimes, le crime contre l’humanité ?
D’ailleurs, je me souviens d’un témoin qui un jour a interpellé Barbie dans le prétoire. Il n’a pas insulté l’officier SS. Au contraire, d’une voix douce, il a reconnu qu’il n’était qu’un petit “rouage” de la grande “machine nazie”. Mais un rouage indispensable pour faire fonctionner l’horreur. Et d’une voix ferme, il a ajouté : “Mais cette horreur a été possible car tu as abandonné ta conscience au siège du parti nazi”.
Conscience, c’était évidemment le mot clef de ce procès. Car les machines totalitaires se construisent sur une sorte d’inconscience collective. Et justement, sans conscience, il n’y a pas de mémoire solide. Mais seulement quelques images même terribles. Des images qui ne suffiront jamais à éviter que l’horreur se reproduise. Voilà pourquoi, il ne faut pas “peopliser” l’histoire. Mais au contraire engager une vraie démarche de mémoire qui aille à l’essentiel. Pour que les enfants aient une prise de conscience solide. Ce qui exige une démarche réfléchie et patiente, notamment à l’école. Car la conscience d’un enfant est sensible, fragile. Il faut la former en douceur et en profondeur.


 

Commentaire

charlyy

FOG garde la tête froide...??!! Je me marre. Si on parle du même, FOG, petit cavalier qui monte sur ses grands chevaux, et s'indigne à tout va? FOG, qui s'insulte avec son camarade de l'expresse pour des questions d'ego? FOG et ses manips de mauvais goût, genre blagues entre pote de jury littéraires? Menfin! N'allez pas me dire qu'il a le bon sens de ne pas jouer avec tout ça. C'est vrai qu'il est moins sarkofan que fan de pouvoir. Mais, surtout, éviter de le prendre comme exemple... Je pense que seules les gens les plus éloigné du pouvoir peuvent garder la tête froide. J'en fais partie. Et quand sarko dis "bougez-vous le cul" et projette de revaloriser le travail au détriment de l'assistanant, j'applaudis!! Quand il tarde à faire ce qu'il a promis, je grince des dents... Et quand il aspire à faire prendre conscience de l'horreur de l'histoire au travers d'émotion, je suis scandalisé!!! Tellement dangereux, pas seulement pour la psychologie de l'enfant. Car, les émotions ne s'en vont pas. Elles restent.Et sont profondément étrangères à la Raison. Incontrolables. Trop dangereux...

Réponse de Lyon Mag à Black

Ce n'est pas une rumeur mais c'est une info publié par le dernier Lyon Mag dans ses pages confidentielles. Et recopiée mot à mot dans le dernier Lyon Capitale ! En fait, Angel tente aujourd'hui de convaincre un certain nombre de décideurs lyonnais que "la seule solution" pour Lyon Mag c'est Latouche. Pas très étonnant vu la sensibilité très droitiste des deux. Le pdg du groupe Fiducial ayant un discours limite FN, alors qu'Angel connait bien cette nébuleuse extrémiste avec lequel il a longtemps "collaboré" et avec laquelle il garde des liens étroits. En plus comme son hebdo de potins fait un bide, ça lui permettrait de se reconvertir. Mais rassurez-vous, le risque est très mince. Car Latouche s'est déjà pris plusieurs claques judiciaires. Et ses chances de rafler Lyon Mag sont quasi nulles à moins d'une grosse manipulation politico-judiciares. De plus, même si Latouche gagnait, toute la rédaction claquerait la porte immédiatement. Avant même qu'Angel débarque !

Black

La dernière rumeur qui courre à Lyon : Gérard Angel, va être nommé rédacteur en chef de Lyon Mag, si Christian Latouche réussit à prendre le contrôle de votre magazine. Est-ce que c'est vrai ? Parce que j'imagine que la rédaction de Lyon Mag ne doit pas être emballé par la perspective d'être dirigé par un ancien de Minute (hebdo d'extrême droite) qui en plus est un spécialistes des ragots et potins !

zaza

C'est le grand retour de l'ordre moral et ça ne vient pas de là où ça vient d'habitude!non là ça vient de Marianne,Libé,Lyonmag,Lyonpeople,Villepin,Montebourg, des vrais pudibonds tout propre sur eux. Pas de cul,pas de rollex, pas de scandale,que du bon vieil ordre républicain à l'ancienne,type congrès de VRP qui va aux putes le soir après les discours et les remises de médaille.La meute est lachée et tire sur tout . Un geste pour la mémoire des enfants d'Izieux ? saligo d'impulsif récupérateur .Le sarko doit se gondoler en voyant le barouf .Imaginez une seconde que la meme idée (pas géniale c'est vrai) soit proposée par une assoc, un syndicat d'enseignant, un François Hollande, ils sont où tous les cris? Lisez tous le dernier éditorial de FOG dans Le Point,le seul journaliste qui garde la tete froide sans etre sarkomaniaquemais qui connait assez bien la vie pour éviter de jouer trop avec tout ça.Les petits père la morale et les héros de la République,c'est un peu comme l'ancien dircab de Boutin qui hurlait avant sur ceux qui profitent des HLM de Paris.Riend de pire que les saintenitouches...

Bertrand F

Je vous recommande la lecture de l’éditorial de PBL dans le dernier Lyon Mag. Je n’ai jamais lu un truc aussi juste et aussi drôle sur Aulas. Ceux qui ont loupé ça, n’hésitez pas, ça vaut le coup ! D’ailleurs Lyon Mag devrait mettre en ligne cet édito car c’est au fond une dénonciation très pertinente du système lyonnais où le patron de l’OL a réussi à imposer ses exigences (parfois incroyables) sans que personne ose lui tenir tête.

E.H.

Je suis enseignante et j’avoue que je ne suis pas toujours d’accord avec les blogs de Philippe Brunet-Lecomte qui est un peu trop provocateur, à mon goût. Mais sur le projet de Nicolas Sarkozy, je suis 100% d’accord avec lui. D’autant plus que sa reflexion va bien au delà de la simple polémique politique car elle met en perpective le rôle que doivent jouer les enseignants dans la formation des enfants.

william P

Entre la mairie du 1er arrondissement et l'Eglise de Scientologie, le pacte tacite de non agression va-t-il jusqu'à l'entente cordiale ?
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