Le tribunal de commerce vient de prendre deux décisions incompréhensibles contre Lyon Mag. Rien de déterminant, au fond, dans le combat que nous livre depuis six mois Christian Latouche, le pdg de Fiducial, pour prendre le contrôle de notre magazine. Mais c’est un signe.
Car jusque là, on n’avait pas trop à se plaindre. Les décisions de ce tribunal étaient assez équilibrées, même si elles ne nous étaient pas toujours favorables. Mais depuis quelques semaines, on sent bien que le vent a tourné. Car Latouche a réalisé en coulisse un véritable travail de sape pour “tuer” Lyon Mag. Et pour lui, tous les moyens sont bons.
D’ailleurs ces deux décisions sont assez loufoques. La première : on avait attaqué Latouche pour abus de minorité. C'était le minimum vue la pagaille qu’il a semée à Lyon Mag en profitant de son statut d’actionnaire minoritaire. Le tribunal vient de nous débouter. Ce qui peut se comprendre. Car cette affaire est assez complexe et que les magistrats du tribunal de commerce ne sont pas des juristes mais des patrons de base, comme moi. D’ailleurs, on a immédiatement fait appel, ce qui permettra à cette affaire d’être rejugée par des magistrats professionnels. Mais ce qui est stupéfiant dans cette décision, ce sont les raisons invoquées par ces trois “juges” qui considèrent que Latouche est un ange. Un ange qui veut sauver Lyon Mag de la faillite tout en préservant son indépendance. Alors qu’il a toujours refusé de signer une charte qui protège notre indépendance et qu’aujourd’hui, il fait tout pour nous couler !
D’ailleurs, pour appuyer ce “jugement”, pas un seul témoignage, pas un document, pas la moindre preuve. Bref, difficile de ne pas croire que Latouche est passé par là. Et on a quelques “billes” pour s’interroger.
L’autre décision est encore plus incroyable. Latouche qui tous les jours imagine un nouveau truc pervers pour nous flinguer, a décidé d’engager une procédure pour se faire nommer “contrôleur” de Lyon Mag. En profitant de la sauvegarde que nous a accordée le tribunal de commerce et qui prévoit qu’un créancier peut être nommé contrôleur à condition qu’il ne soit pas en conflit avec l’entreprise en question, ni actionnaire de cette même entreprise. Ce qui est le cas de Latouche. Une évidence que notre avocat Me Ribeyre a démontré facilement. Pourtant, ça n’a pas empêché le juge commissaire désigné par le tribunal de nommer Latouche contrôleur ! Bien entendu, on a immédiatement engagé un recours contre cette décision qui viole ouvertement la loi.
Mais qui est ce juge commissaire ? Yves Chavent, qui est chargé par le tribunal de suivre notre dossier depuis quatre mois. Et je dois avouer que ça m’a d’autant plus surpris que ce petit transporteur de Villefranche est un type plutôt prudent, attentif, carré... Tout à fait le profil pour gérer un dossier sensible comme Lyon Mag. Qu’est-ce qui a donc bien pu lui passer par la tête ? Quelques jours avant, il avait décidé de repousser cette demande absurde de Latouche. Mais au dernier moment, il a changé d’avis. Il faut dire que les pressions du pdg de Fiducial sont fortes, très fortes. Y-a-t-il eu des menaces contre ce petit patron ? On finira bien par savoir.
Une certitude, un juge du tribunal de commerce s’active en coulisse : Bernard Fleur, un des cadres dirigeants du groupe Fiducial. Un joli nom pour un personnage assez pitoyable. Et je ne dis pas ça en l’air. Car ce type, je l’ai rencontré à l’époque où Latouche n’avait pas encore déclaré la guerre à Lyon Mag. C’était au printemps 2007, dans le bureau du pdg de Fiducial. Fleur lui même m’a alors expliqué qu’au tribunal de commerce, il fallait avoir des appuis, des copains... Je me souviens encore de Latouche qui se marrait ! En fait, Fleur m’expliquait ça pour me dissuader de résister à un de nos fournisseurs qui exigeait une facture gonflée, limite fausse facture, en menaçant Lyon Mag de saisir justement le tribunal. C’est d’ailleurs comme ça que Latouche m’a proposé de me prêter de l’argent pour éviter ce procès. Le piège. Avec un peu de recul, je me rends compte que Latouche avait tout programmé. Passons. Et revenons aux pressions. Fleur a des copains influents au tribunal. Et il est partout. L’autre jour alors que j’allais entrer dans une salle d’audience, je l’ai vu s’éclipser discrètement. Et filer comme un lapin. Pour le seconder dans ce “travail”, il peut compter sur Me Genin, l’avocat de Latouche, proche de l’UMP et qui veut se faire passer pour un grand humaniste. Pas facile ! D’ailleurs quand on le voit débarquer avec son air de chien battu, Genin a toujours l’air accablé, l’oeil vague, le geste incertain. Il parle dur mais parfois on se demande s’il n’est pas obligé de boire un ou deux verres pour se convaincre qu’une fois de plus il n’a pas choisi le mauvais camp, comme avec Perben aux dernières municipales.
C’est peut-être ce qui le rend aussi féroce contre Lyon Mag. D’ailleurs Genin harcèle aussi tous ceux qui osent s’opposer à lui. Sa dernière manip : il a saisi le bâtonnier car notre administrateur judiciaire, Me Bauland, avait osé dénoncer les pressions de Latouche. Pourtant Bauland c’est pas le genre à faire des cadeaux à Lyon Mag. C’est lui qui nous surveille depuis qu’on est en sauvegarde et croyez-moi, c’est pas un facile. C’est le genre têtu, inflexible... Mais c’est un type honnête.
Le réseau de Latouche ne se résume pas à ce duo Fleur-Genin. D’ailleurs, plusieurs juges du tribunal de commerce ont pris contact avec Lyon Mag pour dénoncer ces pressions. L’un d’entre eux a même promis : “Si ça continue je démissionne et j’explique publiquement pourquoi”.
Du coup aujourd'hui, on s’interroge sur l’ancien président du tribunal de commerce, Philippe Grillot, qui était en poste quand toute l’affaire a commencé. Et pour cause, c’est lui qui a pris une décision essentielle en commettant une surprenante “erreur” que Latouche exploite pour nous harceler en justice et tenter de prendre le contrôle de Lyon Mag.
En fait, Grillot a refusé que Latouche exige le remboursement en 8 jours des 500 000 euros qu’il nous avait prêtés. Mais il a pris cette décision avec 12 heures de retard. Hasard ? En tout cas, cette “erreur” est aujourd’hui la clef de tout. On s’est donc renseigné sur Grillot. Et on a découvert que c’est un proche de l’UMP, un copain de Genin... Bizarre, non ? Pourtant je l’ai rencontré et je l’ai trouvé assez sympa, prudent. Simple apparence ? En tout cas, je sais aujourd’hui qu’il a communiqué une lettre confidentielle à Me Genin, concernant notre dossier. Et que Genin a eu l’imprudence de la brandir un jour, au cours d’une audience. Du coup, on a décidé de lui écrire pour lui demander des explications sur sa surprenante erreur. A mon avis, il ne répondra jamais. Bien sur on pourrait l’attaquer en justice. Mais ça prendrait 5 ans, minimum. Pour quel résultat ? On gagne rarement contre un président de tribunal !
Alors pourquoi déballer tout ça aujourd’hui ? Quand en décembre dernier, on a saisi le tribunal de commerce pour se défendre contre Latouche, tout le monde nous a dit : vous allez vous faire “flinguer” car ce tribunal, c’est magouilles et compagnie. D’ailleurs ça fait 15 ans que Lyon Mag existe et on a sorti un certain nombre de scandales qui mettaient en cause cette institution. En donnant la parole à ceux qui osent dire qu’une vraie réforme est nécessaire. Du coup, faire confiance au tribunal de commerce, c’était risqué pour Lyon Mag. Mais j’ai décidé de jouer le jeu. Et pendant quatre mois, j’ai fermé ma gueule. Mais aujourd’hui, je le sens, on risque de se faire étrangler par un système pervers. Voilà pourquoi j’ai décidé de parler.
Un dernier mot. Si on n’avait pas choisi Me Ribeyre comme avocat, je crois qu’on n’aurait pas tenu ces quatre mois. Pourtant je sais que Lyon Mag c’est pas son truc. Lui c’est plutôt un avocat qui défend les grands patrons lyonnais. Mais c’est un type brillant, drôle, décalé et qui aime les défis. Et je crois que pour lui, Lyon Mag, c’était un sacré défi ! Avant d’envoyer ce blog, je lui ai demandé son avis. Il m’a dit que je risquais de le payer cher. Mais je me demande si au fond, il n’était pas d’accord avec moi.
D’ailleurs si j’ai décidé de parler, c’est au nom de tous ces petits patrons que j’ai croisés au tribunal de commerce pendant ces quatre mois et qui n’ont pas la parole. Des patrons au bord de la faillite, souvent effrayés, honteux... Et qui ne comprennent pas pourquoi ils se retrouvent tout à coup à la rue, plantés par leurs banques pour quelques dizaines de milliers d’euros. Difficile à accepter avec l’affaire Kerviel. Difficile de comprendre ce système, ses injustices, ses combines... Et cette loi du silence.
Bien sûr, j’ai croisé des juges bien dans ce tribunal ce commerce. Compétents, honnêtes... Et il parait même que le nouveau président est un incorruptible. Mais franchement, aujourd’hui je commence vraiment à douter.
En revanche, je n’ai pas la haine contre le tribunal de commerce. D’ailleurs j’ai un arrière grand-père, Joseph Brunet-Lecomte, qui a été président de ce tribunal. C’était dans les années 1890. Un sacré bonhomme. Soyeux, catho convaincu, l’âme sociale... Et surtout un type droit. Intransigeant. Je crois qu’il aurait été fier que je m’insurge aujourd’hui. J’espère.
Inutile de dire qu’en fait le seul objectif du pdg de Fiducial, c’est de déstabiliser Lyon Mag avec toutes ses attaques et ses manœuvres. Pour nous empêcher de convaincre des investisseurs de financer notre plan de recadrage et sortir de notre sauvegarde. On était d’ailleurs à deux doigts de réussir mais Latouche a semé la panique.
Pourtant j’ai confiance, car je sais que l’équipe de Lyon Mag ne cédera pas face aux manipulations. Et même si le tribunal de commerce nous égorge, on fera exploser Lyon Mag pour relancer un nouveau Lyon Mag. Encore plus libre.
Voilà pourquoi il ne nous reste plus qu’une seule “arme” : parler. D’où cette lettre ouverte qui va être diffusée très largement et soutenue par une pétition.









Commentaire
donald
Chevalier Blanc
Réagir
Réponse de Lyon Mag à Jean DO
Jean. DO
marco lorezzi
Pierre69
Réponse de Lyon Mag à Marco
Max
marco lorezzi