05-05-2008

Le blog de Philippe Brunet-Lecomte

Les Hospices civils de Lyon sont au bord de la faillite. C’est ce qu’affirme un audit qui va être rendu public cette semaine. Pour ceux qui ne le savent pas, les HCL c’est tout simplement l’ensemble des hôpitaux publics de la région lyonnaise.

Un véritable monstre avec pas moins de 20 000 salariés pour un budget d’environ 1,5 milliard d’euros. Ce n’est pas le premier audit qui a été réalisé sur les HCL. Déjà il y a dix ans, plusieurs experts avaient tiré la sonnette d’alarme en estimant qu’il fallait réagir en urgence pour éviter la catastrophe. Bien entendu, depuis, personne n’a bougé le petit doigt. Comme si tout le monde s’en foutait. Résultat, aujourd’hui, la catastrophe annoncée est là. Elle tient en quelques chiffres. Depuis 15 ans, le budget des Hospices civils de Lyon a augmenté de 45% alors que les HCL soignent 12% des malades en moins. En moins, vous avez bien lu. Alors qu’on nous claironne à longueur de journée qu’il faut faire des économies si on ne veut pas faire exploser notre système de santé, aux HCL on continue à embaucher et à jeter l’argent par les fenêtres. Incroyable non ? Mais le plus incroyable c’est que tous ces chiffres, on n’en est pas vraiment sûr. Il parait même que c’est sans doute bien pire. Pourtant les chiffres officiels sont déjà inquiétants. Car les HCL avouent officiellement un déficit de 70 millions d’euros, mais il semble qu’il faut mieux compter le double. Alors que la dette dépasse les 500 millions d’euros. En fait, aux Hospices, c’est tellement la pagaille, qu’on est même incapable de dresser un état fiable de la situation.

Mais le plus inquiétant, ce sont les perpectives. Chaque année, le déficit va encore s’aggraver. Ce qui va logiquement gonfler la dette. Et à l’horizon 2012, c’est-à-dire dans quatre ans, cette dette des HCL devrait frôler 1,5 milliard d’euros. C’est-à-dire autant que le budget annuel de cette institution qui perdra alors 500 millions d’euros par an.
On pourrait aligner à l’infini les chiffres noirs du système de santé dans l’agglomération lyonnaise. Mais on a compris que c’est grave, très grave. Et pourtant personne ne s’affole. Comme si de toute façon, on se disait que le système de santé est forcement en déficit. Et que de toute façon, personne n’osera remettre en cause ce fameux système.
Pourtant, tout est prêt au contraire pour que ça explose. Et une fois de plus, les premiers touchés ce seront les plus vulnérables, c’est-à-dire les plus pauvres.

Alors comment expliquer que personne ne réagisse aux Hospices civils de Lyon ? En fait, personne ne réagit parce que l’inertie est une véritable culture au sein de cette institution. On ne bouge pas pour éviter de faire des vagues. En fermant les yeux pour éviter de voir l’inévitable tsunami qui est annoncé.
Et tout le monde est complice. De la base au sommet. Les syndicats bien sûr mais aussi les directeurs des HCL qui sont se succédé depuis des années, sans oublier les grands profs de médecine. Mais aussi les élus lyonnais, de gauche comme de droite qui se défilent face à un problème où, effectivement, ils n’ont que des coups à prendre. Parmi eux, le maire de Lyon Gérard Collomb qui est président des Hospices civils de Lyon. Certes, son pouvoir est bien limité car c’est un président “pot de fleurs” vu que le directeur des HCL est nommé par le gouvernement et que c’est lui qui a le pouvoir, le vrai, le pouvoir de gestion.

Pourtant, Collomb devrait se mouiller dans cette affaire. Et tenir un discours clair, responsable. Comme il a su le faire pendant les élections municipales en refusant les discours sectaires et démagogues. Car le problème des HCL, c’est d’abord un problème de volonté politique. Rien ne bouge car personne n’a le courage de dire : stop, ça suffit, on va dans le mur. Si on veut préserver le système, il faut réorganiser ce système, combattre les gaspillages, les irresponsabilités... Aujourd’hui, tout le monde est prêt à entendre ce discours que personne n’ose tenir. Seul le maire de Lyon qui, aujourd’hui, vient d’être élu triomphalement peut interpeller le gouvernement, les syndicats, les médecins... Et taper du poing sur la table.

 

Commentaire

Réponse à Mr Brunet Lecomte

Monsieur Brunet LEcomte, Je fais partie des médecins des HCL et je vous trouve insultant. Nos malades réclament et méritent les meilleurs soins, les dernières technologies et les meilleurs traitements, souvent honéreux, pour la maladie dont ils souffrent. Devons nous, pour couter moins cher, ne pas leur faire bénéficier des dernières avancées, aussi couteuses soient elles? L'accepteriez vous pour vous? Les cliniques privées sélectionnent leurs malades: valides, autonomes, ils retourneront rapidement chez eux et auront rapporté un maximum d'argent. En revanche, si vous vivez seul, êtes peu autonome, avez des problèmes sociaux, une maladie qui vous diminue et vous fatigue, si vous êtes en fin de vie pour une pathologie cancéreuse, ou si vous n'avez pas de mutuelle, ne comptez pas sur le privé pour vous prendre en charge: vous allez couter plus que vous ne rapporterez. Les HCL prennent en charge TOUS les malades. Devons nous, pour faire des économies, sélectionner nos malades? Proposez vous des solutions pour toutes ces personnes âgées malades qui remplissent nos services parce que rien ne leur est proposé dans les suites de l'hospitalisation? Pour les patients seuls en fin de vie qui ne seront accompagnés que par des infirmiers dévoués et des médecins qui n'auront pensé qu'aux soins supportifs qu'ils apportent et pas à ce que le malade va couter ou ne pas rapporter, que proposez vous? Le problème n'est pas le "déficit" des HCL, il est ailleurs: Quel doit être le budget de la santé , pour que la France continue de pouvoir faire bénéficier des meilleures techniques et traitements pour TOUS les malades? Les patients seront les premiers à souffrir des économies qu'on nous demande. Quels sont les patients qui "coutent" chers (en fait, qui rapportent peu d'argent aux HCL): les personnes grabataires, les patients en fin de vie, les patients âgés qu'on abandonne à la porte des urgences quand les familles ne peuvent plus assumer, les personnes seules et sans revenus qui ont du mal à rentrer chez eux après un traitement fatiguant . Venez , Mr Brunet Lecomte, dire à mes patients que, par soucis d'économies, je dois les mettre dehors. Venez voir le quotidien d'un service de médecine, ou d'un service d'urgence, venez rencontrer les chefs de service pour comprendre leurs difficultés quotidiennes. Chaque médecin des HCL travaille au moins 50 heures par semaine, payé 2 fois moins que dans le privé. Venez nous dire en face que nous sommes responsables du déficit des HCL. Nous vous attendons. Ne parler pas d'un quotidien que vous ne connaissez pas. Je vous trouve insultant , insultant pour tout le personnel qui tente d' accompagner les malades avec le peu de moyens qui leurs sont donnés.

dégoutée

30 ans d'HCL, j'ai vu se dégrader la situation et la souffrance des agents s'amplifier. Pour tous les mauvais de ce forum, soyez contents gloire au privé qui fructifie avec vos bourses pleines, fermez les yeux ne regardez pas la misère de ceux qui n'ont pas vos moyens.

doc

Il est curieux de constater que le déficit des HCL se construit depuis plusieurs années et que le directeur précédent a été nommé il y a quelques mois comme directeur général de l'Assistance Publique - Hopitaux de Paris, c'est-à-dire au plus haut poste disponible dans la hiérarchie avant le ministère !!! On aurait plutôt du le pendre par les c....

François

HCL un des plus gros propiétaires immobiliers de Lyon en appartements, commerces. C'est un moyen de rembouser la dette, sans oublier de réorganiser pour ne pas se retrouver avec les mêmes difficultés dans quelques années.

VP

Il faudrait surtout un vrai patron pour que ça bouge. Moi ça fait 17 ans que je bosse aux HCL, des directeurs j'en ai vu passer. Autant que les audits ! Mais jamais on a eu droit à un type qui avait le courage de nous dire la vérité, de proposer un vrai plan de réorganisation et surtout de tenir tête aux différents loobies qui paralysent l'instituition en défendant leurs privilèges, notamment les médecins.

Réponse de Jul à Tom

Pour remobiliser les HCL, une seule solution : faire exploser les HCL. Cette machine est trop énorme pour être gérable. 20 000 salariés et 1,5 millards de budget, vous vous rendez-compte ? Comment vous voulez imposer une culture de la responsabilité ? Moi je comprend que tout le monde soit démobilisé.

Tom

Il faut arrêter de flinguer les HCL. C'est vrai qu'il y a des problèmes et que les élus doivent réagir. mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit de notre santé et qu'il fait trouver une solution. Et la seule solution efficace, c'est d'associer l'ensemble des personnels. Car il faut remobilsier cette grosse machine.

Jul

Vous connaisez le taux d'abentésirme aux Hospices de Lyon ? Il parait que c'est un record. Mais que le chiffre est soigneusement tenu secret !

Marco

Quand j'entends dire que ceux qui travaillent aux HCL sont surchargés de travail, qu'ils ne peuvent pas prendre leurs congés, qu'ils sont stressés.... Je me mare. Et croyez-moi, je suis bien placé pour me marrer car j'ai la moitié de ma famille qui travaille aux HCL. Et tous avouent que c'est une sacrée planque. Bien sur, certains sont consciencieux et font bien leur boulot. Quelques médecins, notamment aux urgences, quelques infirmières... Mais dans l'ensemble, c'est la glanderie organisée.

Julie

D'accord avec PBL sur l'analyse. Il faut réagir sur le problème des HCL car le système est déjà en train d'exploser. Comme il n'y a plus d'argent pour investir, les locaux se dégradent, les gens compétents fuient vers le privé : médecins, infirmières, kinés... Mais les élus laissent faire car ils ne veulent pas affronter l'opinion publique qui sur le problème de santé a encore une seule culture, celle du toujours plus. Alors qu'il faut s'attaquer aux mauvaises habitudes et notamment au gaspillages.
1 2
 

Publicité ▼