Plus de trois heures en correctionnel. C’était mardi dernier. Un procès en diffamation contre Lyon Mag. Généralement, je n’y vais pas car avec plus d’une centaine de procès en diffamation (gagnés à 90%) depuis le lancement de Lyon Mag, je passerais ma vie au Palais de justice.
Mais cette fois, notre avocat, Me Bontems, a insisté. Il faut dire que l’affaire était assez exemplaire puisque cette fois, c’était un magistrat qui nous attaquait : le président de la cour d’assises de Grenoble, Jean-Pierre Béroud, qui a jugé Marc Cécillon, le fameux rugbyman, une star à la retraite en pleine dépression, que sa femme venait de quitter... Et qu’il a abattue un soir de beuverie. Bref, une affaire passionnelle. Mais il a pris 20 ans. Très sévère.
Comme toute la presse, Lyon Mag a critiqué ce procès et son principal instigateur, Béroud justement. Avec un article titré “Cécillon victime d’un magistrat controversé”. J’ai relu cet article d’Emmanuel Derville avant l’audience et je suis resté scotché. Pas de quoi casser trois pattes à un canard. Dans le genre, Lyon Mag a l’habitude de cogner beaucoup plus fort. En prenant beaucoup plus de risques.
Le sommet de cette critique, c’était de dire que ce magistrat n’avait pas cherché à mettre “en confiance” Cécillon pour qu’il s'explique, qu’il avait été “partial”... Et qu’à Grenoble, il était “controversé”. Le mot qu’il n’a pas digéré et qui était au centre de ce procès.
Et j’ai vite compris au début de cette audience qu’au fond, la vraie question qui était posée avec cette affaire était simple : un journaliste a-t-il le droit de juger un juge ? Pas facile de défendre ce droit devant des juges !
J’ai donc dû m’expliquer longuement devant cette 6ème chambre du tribunal correctionnel. Avec une impression forte : celle d’être condamné à l’avance. Normal. D’autant plus que Lyon Mag a une sale réputation chez les magistrats lyonnais qu’on a “bastonnés” régulièrement.
Vieux repris de justice avec un casier judiciaire digne d’un ennemi public n°1, je n’étais donc pas vraiment surpris. Mais ce procès m’intéressait car il posait une question essentielle qui interpelle tous ceux qui exercent un pouvoir. Juges bien sûr mais au-delà : élus, patrons, syndicalistes, religieux... Mais aussi journalistes. Est-il légitime de critiquer, même durement, toutes ces “autorités” ?
Il y a quelques années encore, je serais venu devant ce tribunal correctionnel, comme un rebelle. Révolté d’avoir à me justifier d’exercer un droit aussi fondamental. Alors que le rôle des médias est justement d’exercer un contre-pouvoir.
Mais avec les années et les procès, j’avoue que j’ai mûri. J’ai compris qu’il faut convaincre avant d’exiger. Un travail de longue haleine. Et j’espère que le message est passé devant cette 6ème chambre qui juge justement les affaires de presse à Lyon. D’ailleurs, le président Fernand Schir a eu le mérite de favoriser un vrai débat. Et notre adversaire Béroud m’a paru sincère. Touché, je le crois, par cet article de Lyon Mag. En revanche, il a éludé la plupart des questions que posait notre avocat. Pourquoi il n’a pas attaqué les autres médias ? Comment estime-t-il son préjudice à 20 000 euros ? Les médias ont-ils le droit de critiquer les juges ? Pas de réponses non plus, si ce n’est pour dire que cette critique doit rester ultra-light. Mais, au fond, en écoutant ce magistrat j’ai compris qu’affronter la critique, ce n’était pas dans sa culture. Comme le procureur qui siégeait à cette audience mais qui, lui, n’a pas fait l’effort de participer à ce débat en exigeant de façon mécanique “une condamnation lourde”.
Décision : le 9 septembre prochain. Sans illusion. Il faudra sans doute beaucoup de procès comme celui-là pour faire évoluer les mentalités. Et ce n’est pas gagné. Car il faut faire admettre à tous ceux qui exercent un pouvoir que ce pouvoir puisse être remis en cause.









Commentaire
Christian.M
Réponse de Ph. Brunet-Lecomte à Libertan
ibrastar
Libertan