Laurence Ferrari prend en main ce lundi 25 août le fameux JT de TF1 qui, chaque soir, réunit huit millions de Français. Et il faut donc saluer la performance de cette jeune femme qui a été formée et a fait ses débuts à Lyon. Car elle se retrouve à 42 ans, à un poste stratégique dans le PAF.
Ce qui va lui permettre d’exercer une responsabilité décisive sur l’opinion, et notamment dans la sphère politique.
On ne va pas ergoter ici sur la formation assez “light” de cette Savoyarde originaire d’Aix-les-Bains qui, dans les années 80, après avoir échoué en médecine, s’est contentée de faire l’EFAP, une école d’attachés de presse lyonnaise dont le niveau a d’ailleurs beaucoup progressé depuis. Car cela signifie qu’on peut, sans passer par Sciences Po et une école de journalisme, s’imposer dans cette galaxie médiatique où la concurrence est sévère. D’ailleurs, après quelques stages, elle a réussi à se faufiler entre le Figaro, Europe 1, LCI, Canal +... Démontrant ainsi qu’elle avait un vrai savoir-faire pour s’imposer. Malgré les pièges.
On ne va pas non plus souligner ici que son père a été un notable influent de la droite régionale. Car on peut très bien s’affranchir d’une culture familiale et de ses pesanteurs. Bref, cette irrésistible ascension est plutôt un bon signe. Et on lui souhaite bonne chance car la pression est énorme. Et dans les semaines qui viennent, tout le monde va être à l’affût. D’autant plus qu’elle remplace une figure de l’info, Patrick Poivre d’Arvor, qui a tenu le choc pendant plus de 20 ans.
On signalera simplement au passage que Laurence Ferrari inaugure sa prise de fonction, en faisant un procès à Lyon Mag. Car elle nous reproche d’avoir interviewé son père dans notre numéro d’été. Une interview où Gratien Ferrari se lâche en racontant la jeunesse de sa fille, ses qualités, ses travers, ses rêves, ses obsessions... Il s’en prend également à la rumeur Sarkozy qu’il dénonce avec vigueur. Mais il raconte aussi certaines anecdotes, mais également un drame qui a marqué son enfance. Interview sobre, intime certes, mais sans déballage. Le regard d’un père sur sa fille à la fois admiratif mais aussi réaliste car cet homme de 73 ans, n’est pas dupe du système. Bref au final, c’est un témoignage vivant et pertinent sur la personnalité de Laurence Ferrari. D’autant plus que dans les interviews qu’elle a accordées aux médias pour faire la promotion de son arrivée au “JT”, elle donne une image d’elle-même très “clean”, très lisse, très convenue au fond. Bien entendu toute cette littérature a été lue, relue et censurée par l’intéressée. Du coup, c’est très cadré et surtout très plat car elle enfile les banalités pour se vendre toujours sous le meilleur angle. Une jeune femme fraîche, travailleuse, optimiste... Un peu caricaturale mais c’est la loi du genre, malheureusement.
Reste à savoir si tous les médias doivent se plier à cette règle imposée par toutes les grandes stars du système médiatique qui maîtrisent et contrôlent tout ce qu’on publie sur eux.
Exemple, dans une interview au Progrès ce week-end, Ferrari explique que son objectif c’est de “faire un bon journal”, que “Lyon est une ville sympathique”.... Et elle élude tout : les pressions politiques autour de sa nomination, l’éviction brutale de PPDA... Bref, on n’apprend rien. Et bien entendu ce n’est pas le style de Lyon Mag d’en rester à ce genre de promo langue de bois. D’où l’interview du père.
Et même si un certain nombre de magazines people ont repris cette interview en se saisissant de quelques mots ou de quelques phrases pour tenter de faire du scandale, Lyon Mag est resté soft, en ne déviant pas de son objectif : éclairer de façon pertinente la personnalité de cette nouvelle star.
Et pourtant Laurence Ferrari qui sculpte son image avec application n’a pas hésité à nous attaquer en accusant Lyon Mag d’avoir porté atteinte à sa vie privée. D’ailleurs, elle s’est fait une spécialité : réclamer des sommes considérables. Elle figure même en tête du palmarès de ces personnalités qui gagnent beaucoup de fric avec ça, tout en usant et abusant du système. Pas très sérieux. Mais au fond c’est son droit. Pas très élégant non plus de s’acharner sur Lyon Mag qui traverse une passe difficile. Mais là encore c’est le jeu.
Et on ne va pas en faire une histoire car on en a vu d’autres. Et on se sent bien armés pour résister à ses arguments un peu légers car il faudra qu’elle explique quelle est la frontière entre sa vie publique et sa vie privée. Et si cette vie privée qu’elle invoque, ce n’est pas tout simplement la partie de sa vie qu’elle a décidé de ne pas rendre publique pour bien cadrer son image. Vaste débat. Même s’il faut reconnaître qu’il y a une frontière et des règles. Car on ne peut pas dire n’importe quoi. Ce n’est pas en tout cas ce qu’a fait Lyon Mag qui a refusé systématiquement de revendre cette interview et les photos que nous avait données son père aux magazines à scandale. D’autant plus que dans la présentation de cette interview, tout le monde peut constater en feuilletant le dernier Lyon Mag, qu’on a joué d’abord et avant tout la carte de l’info. Sans en rajouter.
Voilà pourquoi, alors que Laurence Ferrari prend les rênes du JT de TF1, on peut se demander si cette jeune femme a bien réfléchi au rôle qu’elle allait jouer du haut de cette tribune médiatique que TF1vient de lui confier. Car quand on assume ce genre de responsabilités, il ne suffit pas de travailler son look, son style, son maquillage... II faut aussi se poser une question essentielle : informer les Français, c’est d’abord une démarche journalistique avec des exigences, des priorités, des enjeux... Pas simplement une course à l’audience et à l’image. Sinon, elle risque de rester la simple animatrice d’un grand spectacle. C’est déjà un risque qui menace TF1. Reste à savoir si la belle Ferrari ne va pas consacrer ce dérapage, sinon l’aggraver.
Car malgré son talent, elle peut devenir une marionnette blonde, facile à manipuler en coulisses. Alors que cette fonction exige de l’épaisseur, de la rigueur et une vraie indépendance d’esprit. On sera tous derrière nos écrans à 20 h pour le vérifier. Vigilants mais inquiets, au fond. Car ce système paillette est impitoyable. Et il faut savoir lui résister.









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