07-10-2008

Le blog de Philippe Brunet-Lecomte

Au nom de la FPMR, Fédération de la presse magazine régionale dont il est secrétaire général, Philippe Brunet-Lecomte, directeur de Lyon Mag, vient d’adresser à Nicolas Sarkozy, dans le cadre des Assises de la presse écrite qui ont été lancées jeudi 2 octobre 2008 à l’Elysée, dix propositions concrètes. Voici le texte intégral qui a été adressé au président de la République.

10 propositions pour redynamiser la presse écrite

Voici 10 propositions pour recentrer le débat sur trois réalités majeures de la presse écrite en France : les régions, les petites entreprises et la responsabilisation des journalistes. Car l’essentiel de la presse écrite est ancrée en région, ne serait-ce qu’en terme d’audience. De plus, les petites structures jouent un rôle essentiel en terme de dynamique et d’innovation. Enfin, il ne faut pas oublier que le moteur de cette presse écrite, c’est le contenu produit par les journalistes qui sont de moins en moins associés aux stratégies rédactionnelles.
Ce qui explique en partie la crise actuelle. Et l’incapacité de la presse écrite à proposer des solutions concrètes pour impulser une dynamique nouvelle. 

1. Rendre le pouvoir aux journalistes en les responsabilisant
- former les journalistes à la gestion, à la stratégie, au marketing... Notamment les cadres des rédactions. En encourageant la création d’écoles spécifiques pour qu’ils deviennent des journalistes entrepreneurs, soit créateurs d’entreprise soit gestionnaires actifs des entreprises où ils travaillent en étant étroitement associés aux stratégies des entreprises de presse.

- élaborer un nouveau statut des entreprises de presse qui facilitent l’émergence des journalistes à des postes décisionnaires (gestion, stratégie...), quitte à imposer des quotas.

- inciter les journalistes à créer des entreprises de presse, notamment en région, en développant des fonds d’investissements spécifiques qui puissent également accompagner ces créations de conseils et d’assistance.

2. Protéger et développer  les petites structures
- encourager la fédération de ces petites entreprises de presse pour qu’elles puissent mutualiser certaines charges et certains investissements afin d’alléger leurs coûts : impression, papier, régie publicitaire, recherche-développement... A travers la création de GIE.

- créer des laboratoires de l’innovation en région pour développer de nouveaux concepts adaptés aux attentes du public avec obligations de résultats. Labos qui procéderont d’abord à un état des lieux territorial et qui seront cofinancés par les grands groupes de presse et qui pourraient bénéficier d’aides publiques sur des projets précis.

- développer une syndicalisation des entreprises de presse non plus seulement par périodicité (quotidien, hebdo...) ou la nature des supports (papier, télé, radio...) pour privilégier une logique régionale.

- associer les grands groupes de presse régionaux et nationaux à cette dynamique pour qu’ils aident et encouragent ces initiatives sans les phagocyter. Mais aussi les groupes audiovisuels et de gratuits qui puisent largement dans les contenus de la presse écrite. 

3. Remettre les régions au centre d’une nouvelle dynamique presse
- rétablir un vrai pluralisme et une vraie concurrence dans les régions où des grands groupes ont une position de quasi monopole, ce qui bloque toute innovation. Et ce qui est préjudiciable à ces grands groupes qui, vu leur lourdeur, ont une faible réactivité notamment face à la crise. Mais aussi ce qui stérilise les contenus.
C’est un élément essentiel pour la presse qui est avant tout régionale en terme d’audience et de diffusion mais également pour la décentralisation elle-même qui souffre de cette pauvreté médiatique en région, à la différence, par exemple des Etats-Unis.

- imposer la transparence des budgets publicitaires des collectivités locales en créant des règles simples justifiant ces investissements publicitaires sur la base de l’audience et non des contenus. Tout en protégeant les start-up. Au nom d’une gestion saine de l’argent public. Un principe qui doit également s’appliquer pour les budgets nationaux des grandes administrations.

- encourager l’implantation des “élites” journalistiques en région pour éviter cet “exode” à Paris où seule une minorité s’impose dans un univers ultra-concurrentiel alors que les autres se stérilisent dans des galères avant de se reconvertir dans d’autres secteurs d’activité. Ce qui prive les régions d’un certain nombre de “cerveaux”. Pour cela il faudra développer des “passerelles” professionnelles Paris-Régions.

 

Commentaire

Ditirambik

Il faudrait monter une association ou lancer une pétition en ligne ...

la Mouche du Coche

Jamais une collectivité locale n'adoptera spontanément une charte éthique, en tout cas pas les élus exécutifs à Lyon et ailleurs qui usent et abusent de l'argent public pour tenter de domestiquer la presse: si tu es sage, je te confie des recettes publicitaires, sinon tu es mort ou va trouver de l'argent ailleurs. Cette charte ne sera viable que si elle est imposée par la presse elle même aux collectivités. A Lyon ce n'est pas gagné ...

Battling's Friend

Intéressant échange entre PH.B.L et le libéral de combat. Juste une petite réaction, il est vrai que la publicité des collectivités territoriales et du monde public en général est très importante pour des journaux locaux. Pourquoi le secteur public (toutes collectivités confondues) ne se dote pas d'une charte éthique, afin d'être transparents et prendre des publicité en fonction du tirage et du lectorat concerné. Cela nous éviterait le clientélisme, la suspicion (qui peut être légitime) quand on voit des articles "lèche botte" (oui, c'est triste, mais ça arrive .. même à Lyon Mag..) envers les puissants.

Libéral de combat

Merci Ulker de dénoncer les freins archaïques bloqués à mort par certaines corporations. Pour ce qui concerne le sauvetage des banques par l'impôt, j'y suis farouchement hostile car, faute de véritable sanction, elles recommenceront. tout le monde a déjà oublié qu'en 2007 déjà, les banques centrales, pour prévenir une crise, avaient injecté énormément de liquidités dans le système bancaire. Ce sauvetage temporaire n'a fait qu'amplifier la crise que nous connaissons. J'étais déjà personnellement opposé à cette injection pour les mêmes raisons. Le marché est le moins mauvais des systèmes. A la condition toutefois que ceux qui prennent des risques inconsidérés paient la note le moment venu. N'importe quelle entreprise doit pouvoir faire faillite. Que l'Etat prenne sur lui de garantir un certain montant de dépôts ou que des assureurs s'en chargent pourquoi pas. En revanche que l'Etat soutienne artificiellement des acteurs économiques qui viennent de prouver leur inefficacité, voire leur nocivité, voilà qui est profondément immoral. Et qui ne me dit rien qui vaille pour l'avenir. Quant à ce brave PBL, je viens de voir son edito consacré à Charles Millon. C'est pathétique. Pour autant s'acharner, ce garçon doit avoir quelques comptes à régler, avec lui-même probablement...

Le Cors@ire

Fut un temps où les Journalistes bénéficiaient de la "liberté de la plume". Fut un temps où les patrons de journaux géraient les ventes sans intervenir dans la Rédaction. Fut un temps où les groupes de Presse étaient indépendants du pouvoir. Fut un temps où les patrons de presse défendaient coûte que coûte leur ligne éditoriale. Fut un temps où journalisme rimait avec indépendance. Fut un temps ou le Journaliste rapportait, écrivait et ou le financier lui apportait les moyens de le faire. Désormais le Journaliste se devrait d'être rédacteur, rapporteur, gestionnaire, globalisé au sein de grands groupes dont l'objectif est de faire leur propre promotion sans jamais heurter le pouvoir ? Autant rattacher immédiatement les Journalistes au Service Marketing et Communication des Grands Groupes Industriels ! Cette Presse je n'en veux pas ! Voyez ce qui est arrivé au patron de Paris Match lorsqu'il a osé publier des photos de Cécilia A... ex-S... en compagnie de Richard A..

Ulker

Libéral de combat ne doit pas oublier les charges particulières qui pèsent encore sur les journaux du XXIe siècle à cause d'un système dépassé : fabrication hors de prix pour les quotidiens (salaires et avantages accordés à la CGT du livre), prélèvement très lourd des messageries pour la mise en kiosque (40%?!), loi sur la presse qui a presque 130 ans d'âge (la France est régulièrement condamnée par la cour européenne des droits de l'homme), etc... Bref, il faudrait totalement remettre à plat ce système qui n'a rien de libéral et qui n'encourage vraiment pas à libre entreprise ! En tout cas, c'est courageux de prendre ce pseudo de libéral par les temps qui courent où tous les "libéraux" demandent à ce qu'on nationalise leurs banques...

Pierre69

Je ne vois en quoi ce qu'évoque Libéral de combat peut être aussi rapidement étiqueté "ultra libéral tendance millionniste"; commencer par cela peut apparaitre comme une forme plutôt agressive et peu ouverte à entendre les arguments développés... ce sont les vieux réflexes de la bonne vieille politique politicienne; j'espère que c'est plus une réponse passionnelle et moins celle d'un partisan d'un nouveau courant centriste qui se veut laver plus blanc que les autres...

la Mouche du Coche

Je suis libéral mais il faut convenir que si on appliquait à la presse les régles du libéralisme aucun organe de presse local (mais aussi national car même des groupes privés comme les Echos bénéficient d'aides indirectes de l'Etat que personne ne songe à contester) ne survivrait. Au revoir dans ce cas Lyon Mag, Lyon Capitale, la Tribune de Lyon, le Progrès. Fini le pluralisme et l'information serait alors livrée aux gratuits qui recopient les dépêches de l'AFP. Le modèle économique de la presse n'est structurellement pas viable pour de nombreuses raisons. La question n'est donc pas de savoir si ces aides doivent exister mais d'assurer une transparence totale dans leur attribution pour éviter la situation actuelle où aucun critère objectif n'a été défini de telle sorte que c'est le pouvoir du prince local qui décide. La dépêche du Midi dans la région toulousaine est entièrement entre les mains de son directeur, président, propriétaire et ... président du Conseil Général Jean-Michel Baylet, situation qu'on ne voit qu'en France. Sur ce modèle, Latouche pourrait se présenter aux élections. Mais l'opacité actuelle arrange certains, les services entre amis n'ayant pas vocation à être connus du grand public et ne changeons rien ...

Réponse de Ph.B.L. à Libéral de combat

A cet internaute ultra-libéral tendance milloniste, je répondrai 2 choses. D'abord que l'imipôt des citoyens peut très bien servir à soutenir des journaux, qui comme chacun sait sont un élément essentiel à la démocratie. Quant aux "subventions" que touchent Lyon Mag de la municipalité à travers les budgets pub, c'est un mensonge que répète Amaury Nardone depuis des années. D'ailleurs le maire de Lyon est transparent puisque les chiffres sont publics et Lyon Mag est loin d'être privilégié. Au contraire, surtout si on se réfère à l'audience.

Libéral de combat

De l'aide, de l'aide et encore de l'aide... Mais pourquoi les journalistes ne se formeraient-ils pas tout seul ou, regroupés dans un ordre à l'image de ceux des avocats ou d'autres professions, ne se syndiqueraient-ils pas pour financer les besoins de leur profession et faire appliquer leur déontologie (que personne n'a d'ailleurs vu car elle n'est pas écrite). La transparence des budgets pubs est une excellente idée. Les Lyonnais auraient ainsi su que le financement de feue la nuit de la mode par la Ville de Lyon servait principalement à acheter des pages de pubs dans les organes de presse du Groupe Lyon Mag, attributaire de la subvention ... Non PBL, ça n'est pas plus d'aide qui vous rendra plus indépendant, au contraire. regardez le Canard enchainé, il n'y a pas plus libre et pas plus bénéficiaire ! La presse n'est pas là pour le plaisir des journalistes, mais pour la satisfaction d'un lectorat. Si certains organes de presse n'ont pas ou plus suffisamment de lecteurs, ils doivent fermer, pas vivre sur nos impôts. A bon entendeur.
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