13-10-2008

Chirurgie esthétique : “Il faut être vigilant”

Alors qu’un patient a été victime d’une septicémie suite à une greffe de cheveux à la Clinique de médecine capillaire du 2e arrondissement, réaction de Jean-Louis Foyatier, président de la société Rhône-Alpes de chirurgie esthétique.

Ce scandale vous étonne ?
Jean-Louis Foyatier : Pas du tout. Parce que ça fait longtemps qu’on essaie d’attirer l’attention des autorités sanitaires sur cet établissement qui n’est pas accrédité pour la chirurgie esthétique. De plus, le médecin concerné n’était pas inscrit à l’Ordre du Rhône mais de l’Isère, ce qui est pourtant obligatoire pour pratiquer à Lyon. Enfin, il n’était ni dermatologue, ni chirurgien, mais seulement généraliste. Résultat, ça fait des années qu’on voit passer des patients mécontents... Sans réussir à obtenir une plainte. Car ces patients étaient souvent remboursés.
Une micro-greffe des cheveux, c’est vraiment risqué ?
D’abord, il s’agit d’une vraie intervention chirurgicale, contrairement à ce que le terme micro-greffe laisse penser. En fait, soit on retire les cheveux un par un de l’arrière de la tête en faisant des trous, soit on découpe une bande de cheveux, mais dans les deux cas, cette opération dure plusieurs heures. Avec des risques d’infection virale si le matériel n’est pas stérilisé correctement : hépatites, Creutzfeld-Jakob, ou même HIV. Des infections qui peuvent se révéler des semaines, voire des mois plus tard. D’où la décision de la Préfecture de prévenir tous les patients de cette clinique qui sont plusieurs centaines.
Pourquoi les autorités n’ont pas réagi plus tôt ?
Parce qu’il y a un flou juridique autour de la greffe capillaire qui n’est pas explicitement citée par la loi de 2005 dans la liste des opérations qui doivent être réalisées dans un établissement agréé, contrairement à la liposuccion, la chirurgie du sein et les liftings. Donc on a parfois du mal à s’y retrouver. Mais surtout, les administrations n’aiment pas les scandales ! Malheureusement là, il y a eu un accident grave. Donc ils ont été obligés de réagir. Surtout dans un contexte délicat avec l’affaire du Dr Maure à Marseille qui a beaucoup choqué les gens.
Vous pensez que c’est le début du grand ménage ?
Non, il va rester des brebis galeuses. Car ce secteur est rémunérateur. D’ailleurs, à Lyon, des médecins généralistes proposent encore le botox ou des greffes de cheveux alors que c’est illégal. Nous, on essaie de faire le ménage. Mais c’est difficile.
Comment repérer un bon professionnel ?
Il faut d’abord s’adresser au Conseil de l’ordre pour avoir les noms des chirurgiens-plasticiens car seuls ces spécialistes peuvent pratiquer ces interventions. Ensuite, il faut savoir si le cabinet a l’agrément délivré par la Préfecture. De plus, un bon professionnel va proposer un devis mais aussi un délai de réflexion. Enfin, il faut éviter de suivre les conseils de son coiffeur ou de son esthéticienne ! En fait, moi je suis souvent étonné de constater qu’on choisit son chirurgien en réfléchissant moins que quand on achète une voiture ! Alors qu’il faut être vigilant.

 

Commentaire

gudugudu

Monsieur, Suite aux informations concernant l'affaire de la septicémie secondaire à une micro greffe de cheveux sur Lyon, les associations et syndicats de médecine esthétique s'insurgent en faux devant les fausses affirmations relevées dans la presse grand public. En effet, de nombreuses réunions ont lieu au ministère de la santé, autorisant les actes de microgreffes de cheveux à être pratiquées dans des cabinets et centres de soins médicaux, la qualification en chirurgie plastique n'étant pas indispensable à la pratique de ces actes. Un arrêt de la cour d'appel de Lyon du printemps 2008 a confirmé ces faits. Les Syndicats et Associations de médecine Esthétique regrettent et déplorent le cas d'infection de Lyon, mais tiennent à préciser que la complication a été totalement jugulée et que le patient n'en conserve aucune séquelle. Ce communiqué a pour vocation d'éviter les dérapages et les commentaires abusifs, afin que la population soit clairement informée et que les allusions calomnieuses cessent. Depuis des années les associations et syndicats de medecine esthétique réclament un encadrement des structures ou se pratiquent les actes sous anesthésie locale. Rien, si ce n'est une loi restrictive sur les cliniques de chirurgie esthétique, et sur les qualifications des praticiens qui y exercent. Il faut que les structures ambulatoires aient également des règles de fonctionnement codifiées ce qui n'est pas le cas à ce jour. Seules des interdictions naissent permettant toujours aux moins scrupuleux de continuer leur activité. Il faut que le ministère arrête d'interdire, mais encadre pour la sécurité des patients, il est illogique de faire en bloc opératoire hospitalier une greffe de cheveux qui se fait sous anesthésie locale dans tous les pays du monde. Les frais sont inadaptés à une anesthésie locale, comment imaginer un dentiste qui fait une anesthésie locale sans souci, et qu'un médecin ne puisse pas la pratiquer dans son cabinet?? Il faut un encadrement constructif pour la sécurité des patients, et non pas une évolution vers les interdictions multiples et variées. Nos syndicats n'arrêtent pas d'en informer le ministère de la santé, mais le dialogue est difficile, sous la pression du lobbying des chirurgiens plasticiens dont très peu pratiquent la greffe de cheveux. Dr Gérard BOUTBOUL Union des associations et Syndicats de Médecine Esthétique.
1
 

Publicité ▼