Leurs visages sont toujours visibles sur un mur du quai Maréchal-Joffre, dans le 2e arrondissement de Lyon. Un hommage à Iris Pichène et Warren Bistoquet, deux adolescents amoureux dont la vie s'est brutalement arrêtée le 22 août 2022.
Ce jeudi, l'accident mortel sera au cœur d'un procès devant le tribunal correctionnel de Lyon. L'ambulancier impliqué, aujourd'hui âgé de 36 ans, doit répondre d'homicide routier et de violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence. Cyril P. risque jusqu'à 5 ans de prison.
Une ambulance en intervention percute les deux adolescents
Ce jour-là, vers 18 heures, Iris et Warren circulent sur une même trottinette électrique de location, dans la voie réservée aux bus du quai Maréchal-Joffre. Warren conduit, Iris se trouve devant lui.
Dans leur dos arrive une ambulance privée, missionnée par le Samu pour prendre en charge un patient victime d'une intoxication médicamenteuse à la clinique Champvert, avant son transfert vers l'hôpital Saint-Joseph Saint-Luc.
Le véhicule de secours circule rapidement et franchit plusieurs feux rouges, comme le montreront les images de vidéoprotection.
Arrivé sur le quai, l'ambulancier emprunte la voie des bus où se trouvent les adolescents.
Selon l'enquête, Warren remarque l'arrivée du véhicule, tourne la tête et effectue un écart vers la gauche. Le conducteur affirme de son côté avoir ralenti et s'être déporté pour dépasser la trottinette.
Mais l'ambulance percute les deux adolescents par l'arrière, les projetant au sol.
Malgré l'intervention des secours et de plusieurs témoins, Iris et Warren décèdent sur place.
Un accident qui n'a pas été filmé
Si les enquêteurs ont pu exploiter des images du trajet de l'ambulance, aucune caméra n'a directement enregistré le moment de la collision.
L'instruction a donc dû reconstituer les trajectoires, les vitesses et les circonstances exactes de l'accident.
La question du comportement de l'ambulancier sera centrale lors du procès, les véhicules de secours pouvant bénéficier de certaines dérogations au Code de la route sans pour autant être autorisés à mettre en danger les autres usagers. Déjà condamné pour vitesse excessive, il avait perdu son permis. Au moment des faits, il roulait avec un papier rose sous statut probatoire, ce qui aurait dû l'éloigner du volant de son ambulance.
Laissé libre durant la procédure, le conducteur fait depuis le drame l'objet de plusieurs interdictions. Il ne peut notamment plus conduire de véhicule à moteur ni entrer en contact avec les salariés de la société des Ambulances Lyonnaises.
Quatre ans après la disparition des deux adolescents, l'audience de ce jeudi devra examiner les responsabilités pénales dans cette collision mortelle.