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Lucie Briatte - LyonMag

Lyon : Lucie Briatte aime la politique passionnément, un peu, plus du tout

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La question paraît simple, elle n’en est pas moins intéressante.

Pourquoi Lucie Briatte, adjointe aux espaces verts du 3e arrondissement de Lyon, a-t-elle décidé d’arrêter la politique avant ses 34 ans ? Intéressante, car la théorie standard en science po enseigne que les élus choisissent plutôt de renoncer à leurs mandats après leur décès que dans la trentaine.  Et que par ailleurs, pour le milieu politique, une femme, jeune et non fonctionnaire, coche beaucoup de cases pour redorer le blason d’une activité souvent décriée.

 

La place de Lucie Briatte sur une liste aux municipales de mars prochain paraissait donc assurée. C’est aussi une question apparemment simple, car avec deux enfants de moins de trois ans, un mari soignant très occupé et un travail d’orthophoniste en libéral dans le secteur de Vienne, on ne devrait pas à avoir à chercher beaucoup pour expliquer pourquoi l’adjointe arrête. "Quand on a deux enfants petits et un travail, on peut aussi avoir un temps pour en profiter", abonde par exemple Thierry Philip, ancien maire du 3e où Lucie Briatte a pris en 2014 la responsabilité du Handicap, de l’Economie sociale et solidaire et des Espaces verts.

 

Bien sûr, au téléphone avec elle, la conversation est un peu hachée, entrecoupée de quelques remarques fermes mais calmes à l’intention de l’aînée (2 ans 1/2), qui a l’air de vouloir introduire dans la bouche de la seconde (9 mois) des Legos géants qui ne se déglutissent pas si facilement. Et certes, Lucie Briatte estime n’"être indispensable qu’à ces deux-là" dont elle entend continuer à profiter en s’organisant pour cela ( 6 mois de congé maternité déjà pris pour chacune, demi-journée bloquée avec la dernière, etc). Officiellement, la difficulté d’organiser cette nouvelle vie est donc la cause de l’arrêt de la politique.

Dans le détail, on imagine en effet plusieurs agendas, avec des codes couleurs complexes qu’elle-même a peut-être du mal à comprendre, alors que déjà la comptabilité de son activité de libérale est sa bête noire.

 

Partage simpliste

 

En vérité, les choses sont plus complexes."Ne donnez surtout pas de moi l’image d’une ménagère de 30 ans enfermée dans sa vie familiale, ce serait tellement éloigné de la réalité", exige Lucie Briatte. De fait l’organisation de la vie est rodée, mais déjà maîtrisée. Et le mardi, qui est actuellement le jour dévolu à la politique, sera consacré à son cabinet d’orthophonie quand viendra la fin du mandat. "Il y a une pression énorme. Les parents attendent désespérément une place pour un bilan orthophonique et d’obtenir un AVS pour leur enfant", explique la jeune femme.

 

C’est plutôt cette pression-là dont il n’est pas facile de se défaire. Le 5 décembre dernier, pour manifester contre la réforme des retraites, il fallait annuler des rendez-vous de petits patients pris pour certains des mois à l’avance.  Impossible. Participer à cette manifestation était pourtant essentiel pour cette fille de prof de lettres classiques et modernes qui se sent toujours aussi "révoltée par l’injustice". Dans son entourage politique, on se souvient de la Lucie Briatte responsable fédérale des Mouvements des Jeunes Socialistes (MJS)  Rhône qui ""couvait" ses militants, les entassant dans sa Clio pour les amener de meeting en meeting".

 

Le travail

 

Faut-il alors penser que l’abandon de la politique se fait au profit des patients de l’orthophoniste ? Certes, à court terme, les mardis en mairie seront remplacés par des rendez-vous en cabinet, mais c’est surtout par sens du devoir que ce transfert se fait. Car, dans la réalité, cette même réforme des retraites, dont elle prévoit qu’elle va laminer les revenus de la sienne, "a été un déclic" pour réfléchir à son avenir professionnel à plus long terme. Ce qui conduit à un travail sur le CV, des efforts de réflexivité et une discussion acharnée avec la conseillère qui ne comprend pas que Lucie Briatte hésite à inclure à son profil son expérience d’élue. Ce qui démontre aussi qu’arrêter la politique ne se fait pas simplement au profit de son activité libérale.

La politique ?

 

Les 6 dernières années en politique, Lucie Briatte les a passées en mairie. Les 6 d’avant, à militer au MJS. La rupture entre ces deux mondes a dû être rude. A ce propos, difficile d’obtenir plus qu’un pudique "les codes ne sont pas les mêmes, ça a été un peu difficile au début". On se contentera d’écouter les traces laissées par la période 2012-2017: "En 2012 j’ai fait la campagne à fond pour François Hollande alors que ce n’était pas mon candidat de base. Et en 2017, alors que Benoît Hamon était alors désigné comme le candidat du parti, presque plus personne n’a fait sa campagne".

 

Et bien sûr, les choses ne se sont pas arrangées avec l’arrivée de LREM. "Beaucoup de gens avec qui je militais depuis des années sont partis à LREM". Un chemin qu’il lui a été impossible à parcourir : "Je n’en veux pas, ou peut-être plus, à ceux et celles qui ont fait ce choix, mais je ne regrette pas le mien : les électeurs m’ont élue avec l’étiquette PS, je ne voulais pas en changer en cours de mandat".

Thierry Philip rappelle les circonstances aggravantes pour la période la plus récente : "Dans une équipe qui fonctionnait très bien quand nous avons été élus, il y a maintenant au sein de LREM, les pro-Collomb et les pro-Kimelfeld".

 

Problèmes d’ego

 

Autre problème - qui n’est pas recommandé en politique – une difficulté à ne pas prendre toute la lumière: "Je défends toujours mon travail car à travers lui, car c’est aussi celui des habitants et des services municipaux pour lesquels j’ai vraiment beaucoup de respect. Donc que je ne sois pas sur une photo ou citée personnellement, je m’en fous, tant que les projets se font".

 

Autre facette à ce problème d’ego, la fameuse phrase "nul n’est irremplaçable" qu’elle cite à propos des patients de la Croix-Rousse qu’elle a dû confier ("non sans verser quelques larmes") à d’autres lorsqu’elle est partie exercer l’orthophonie en Isère et qu’elle répète à propos de ses électeurs du 3e qu’elle va laisser entre les mains d’autres élus. Catherine Panassier – actuelle maire du 3e - confirme "les regrets énormes" qu’elle a de voir partir, celle qui "est dans la volonté d’agir, pas dans l’ego surdimensionné". Se penser irremplaçable (tout en assurant préparer la relève) est pourtant très recommandé quand on est une politique.

 

Par respect pour ses électeurs, Lucie terminera son mandat. Thierry Philip se souvient de sa suppléante aux cantonales de 2011: "à l’issue du premier tour, on était quasiment battu, mais Lucie a fait tous les escaliers de tous les immeubles pour aller chercher les voix une à une". Ils ont gagné de 232 voix après un retard équivalent à l’issue du premier tour contre Lionel Lassagne. Elle est fière d’être sur la liste qui l’a emporté en 2014.

 

Et maintenant ?

 

Un projet de rédaction de livre, une envie de travailler un jour en centre de rééducation par exemple, peut-être de l’enseignement ou de la formation en plus de son activité libérale à plus court terme. "Selon les occasions qui se présenteront". Mais plus de travail d’élue sur de l’ameublement du parc Sisley ("un souvenir un peu difficile" dit-elle, une des réunions publiques sur cet espace vert en tête).

 

"Elle replongera dans 10 ans, vous verrez", pronostique Thierry Philip. Peut-être, mais il n’y a pas d’élections prévues à Lyon en 2030. Et un retour de flamme 10 ans après une rupture, c’est un peu trop fleur bleue pour quelqu’un entré en politique par le rose.

 

@lemediapol



Tags : Lucie Briatte |

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