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Les missions locales sont dans l’impasse, les demandeurs aussi

Manque de financements, de personnels, de réactivité parfois et, souvent, de solutions : tous les facteurs sont réunis pour que les Missions locales ne puissent pas fournir un service de qualité. Alors, faut-il les supprimer ou, au contraire, les soutenir ? Pire, seraient-elles victimes d’une mort programmée ?

L’année passée, les syndicats montaient vivement au créneau pour défendre les intérêts des missions locales. La mobilisation demeure, mais une subvention plus importante de la Région a permis de désamorcer la bombe à l’approche des élections régionales. C’est d’ailleurs Jacky Darne, le président du groupe socialiste au Grand Lyon, et « patron » de l’union régionale des missions locales de Rhône-Alpes, qui en a fait la demande expresse. Il reste que les fonds débloqués ne suffisent pas. « Nous sollicitons la participation de l’Etat. Nous sommes en attente de réponse » explique-t-il. Soit, mais les missions locales ne sont pas franchement la priorité du gouvernement.

Des dirigeants muselés

Annie (1) dirige une mission locale à Lyon. Après de longues tractations, elle accepte de témoigner, sous couvert d’anonymat : « nous sommes dans une impasse. L’Etat et la région se renvoient indéfiniment la balle face à nos revendications, alors on fait avec les moyens du bord ! Pendant ce temps, la charge de travail s’intensifie et la pression aussi. Nous avons de plus en plus de mal à assumer notre mission de service public ». Le lendemain, Annie demandera que ses propos ne soient pas retranscrits par peur de représailles… idem d’un proche du « dossier » qui fera tout pour prouver que la situation des Missions locales est au beau fixe. Le fait qu’elles soient chapotées par des élus politiques aurait un lien ? En tout cas, cette conception du service social (et du socialisme ?) semble étrange.

« C’est le système qui organise l’assistanat ! »

Ahmed (1) vient de terminer un Master en Informatique. Après cinq années d’études, ce résident du quartier du Mas-du-taureau à Vaulx-en-Velin est en recherche d’emploi. Etant persuadé qu’il ne trouverait pas d’emploi dans sa branche sans une aide externe, en raison de ses origines et de son lieu de résidence, il s’est adressé à la Mission locale. A l’issue du premier entretien, son interlocuteur lui propose pléthore d’aides comme une mutuelle santé à moindre coût, un abonnement aux transports en communs et d’autres bons plans. En revanche, rien sur l’emploi, la raison première qui a motivé Ahmed à pousser la porte de la Mission locale. « Le conseiller m’a demandé de repasser dans l’après-midi pour m’aider dans la rédaction d’un CV et d’une lettre de motivation ! s’étonne-t-il. Je savais que la Mission locale ne servait pas à grand-chose, mais à ce point… Je comprends mieux pourquoi on parle d’assistanat, c’est le système qui l’organise ! » En effet, Ahmed a 25 ans et ne souhaite qu’une chose : travailler. Il pensait trouver un service cohérent auprès de la Mission locale, certes pour « les défavorisés » selon son expression, mais cela n’a fait qu’amplifier sa peur en l’avenir.

Abdelwahid Djaballah

(1) Prénoms d’emprunt



Tags : missions | locales |

Commentaires 3

Déposé le 05/10/2009 à 12h16  
Par Abdelwahid Djaballah Citer

Monsieur, Votre colère est compréhensible, de même que celle des Missions locales et des jeunes et des moins jeunes qui s'inquiètent de leur avenir. Toutes ces informations ont été vérifiées. Les difficultés financières ne datent pas d'aujourd'hui. C'est un problème que les syndicats dénoncent depuis un an, au moins. Malheureusement, aucun directeur ou directrice de Mission locale n'a souhaité témoigner à visage découvert? par peur de représailles. Ce qui soulève déjà un problème de fond : la liberté d'expression. Selon vous, « les Missions locales savent communiquer ». L'article ne met pas en doute la « Com' » des Missions locales ; comment expliquez-vous que ma demande d'informations sur la situation financière des Missions locales n'aie reçu aucune réponse concrète ? Par ailleurs, Jacky Darne lui-même affirme que les Missions locales manquent de moyens. Il a pu à son niveau débloquer une enveloppe pour mes Missions locales de la région, tout en demandant une aide supplémentaire de l'Etat. En attendant, on tricote avec des fonds issus de missions ponctuelles. La directrice qui a accepté de témoigner, très difficilement mais avec courage, m'a dévoilé son vécu : manque de conseillers, surcharge de travail, stress au travail, demandes pas toujours traitées dans les délais, ajoutées à cela les difficultés rencontrées par les Pôles emplois? Missions locales et demandeurs ont peur de l'avenir. Alors, comment fournir un service public de qualité dans ces conditions ? Comment sortir de l'impasse ? Merci pour vos critiques.

Déposé le 05/10/2009 à 09h35  
Par Michael Citer

Bonjour, Les Missions locales d'insertion ont été créées par ordonnance en mars 1982 à la suite du rapport de Bertrand Schwartz (septembre 1981), L'insertion professionnelle et sociale des jeunes. Plusieurs raisons font qu'elles n'ont pas toujours bien communiqué sur leurs travaux d'accompagnement. Parmi celles-ci : a) Au regard du nombre de jeunes qui fréquentent les structures dans un cadre d'appui particulier partagé avec ceux-ci, la communication au public n'est pas la première des préoccupations. Les structures savent accompagner les jeunes, ces derniers n'étant pas des étiquettes administratives mais des individus regardés dans leur globalité (approche systémique), « être avec », mais ne pas faire à sa place (non assistanat). Elles ?uvrent pour l'autonomie du jeune. b) En revanche, la communication est réalisée vers les acteurs de l'insertion et les financeurs. Vous pouvez également vous pencher sur les travaux réalisés, via le site de la Dares : http://www.travail-solidarite.gouv.fr/etudes-recherche-statistiques-dares/etudes-recherche/publications-dares/premieres-informations-premieres-syntheses/2009-17.1-jeunes-zus-accompagnes-par-missions-locales-2007-suivi-plus-intense-davantage-formations-mais-moindre-acces-emploi.html http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/2008.01-02.1.pdf c) Des missions locales savent aussi communiquer : cf. La voix du nord, Nord Eclair, Sud est... Ensuite, trois informations basiques qui pourraient vous servir : a) chaque individu met en place des stratégies pour vivre (voire survivre). Suivant son interlocuteur, il ne donnera pas la même version des faits : un jeune expliquera une version au conseiller en insertion sociale et professionnel de la ML, une autre à l'assistante sociale, une autre à pôle emploi (le tout n'étant pas de mettre « ses ?ufs dans le même panier »), enfin une autre au journaliste. b) La différence avec le journaliste, c'est qu'un conseiller travaille à partir du déclaratif. Un journaliste, il me semble, doit vérifier son information (http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9ontologie_du_journalisme) c) erreur de base : faire d'un cas une généralité. En conclusion : votre article est pétri de préjugés, de manipulation malsaine et est de loin plus « commériste » que journalistique. Il y a peut-être des choses intéressantes, mais comment les distinguer ? Un Auvergnat en colère Michael

Déposé le 01/10/2009 à 15h48  
Par clavay Citer

Inquiétant.

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