Qui était Marius Audin, le pionnier de l'imprimerie à Lyon ?

Qui était Marius Audin, le pionnier de l'imprimerie à Lyon ?

De la guerre de 14 aux années 80, l'imprimeur Marius Audin et ses deux fils ont joué un rôle considérable dans l'imprimerie lyonnais. A la tête d'une affaire particulièrement dynamique, ils ont apporté un certain nombre d'innovations qui ont contribué à faire entrer cette profession dans le XXe siècle. Passionnés d'art et d'histoire, les Audin ont eu une réelle influence sur la vie intellectuelle lyonnaise, surtout entre les deux guerres.

Les Audin travaillent dur et vivent très simplement. Ce sont des petits vignerons du Beaujolais, de Beaujeu plus précisément.

Marius naît en 1872. C'est le 9e d'une famille de 10 enfants. Il reçoit une bonne éducation primaire chez les frères maristes. Mais lorsqu'il atteint ses 14 ans, son père meurt et il doit travailler. D'abord comme commis chez un notaire de son village. Puis il décide rapidement de tenter sa chance à Lyon.

Marius a 20 ans et il devient commis du greffier du tribunal de commerce. A cette époque, le président du tribunal Alexandre Rey est un grand imprimeur lyonnais. Il remarque ce jeune homme sérieux et travailleur. Et en 1906, il lui fait obtenir le poste de directeur de la Gazette judiciaire, un journal d'annonces légales. Puis en 1910, Marius Audin devient directeur des Petites Affiches.

Sa vie change. D'abord grâce à des revenus confortables de 800 francs par mois. Mais aussi parce qu'il se fait des relations et dispose de temps libre pour se consacrer à ses loisirs.

Passionné de botanique depuis son plus jeune âge, Marius Audin décide d'établir une bibliographie botanique de la région en se lançant dans un énorme travail de recherche pour répertorier l'ensemble des articles et ouvrages parus sur ce sujet. Il attrape alors le virus des livres.

Le conservateur de la bibliothèque municipale de Lyon, Richard Cantinelli, le lance sur une bibliographie iconographique de la capitale des Gaules. Un travail colossal dont l'objectif est de répertorier l'ensemble des documents, livres et illustrations sur les monuments et sites de Lyon !

Marius Audin, avec l'aide de son ami Etienne Vial, consacrera aussi plusieurs années à écrire un érudit lyonnais, un dictionnaire des artistes et ouvriers d'arts avec des centaines de milliers de références : peintres, sculpteurs, graveurs, horlogers, architectes, ébénistes...

Ce travail lui permet de rencontrer de nombreux acteurs du monde culturel, et il en devient un à son tour. Marius Audin organise alors des expositions, ouvre une galerie d'art, un cercle littéraire rue Gasparin...

Une déconvenue professionnelle qui mène à l'entreprise de sa vie

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il n'est pas appelé sous les drapeaux car il a déjà 42 ans. Mais ses deux fils sont mobilisés. Après le conflit, les Petites Affiches sont absorbées par le Tout Lyon et Marius perd son emploi. Et comme une catastrophe n'arrive jamais seul, il n'a plus un sou de côté car il avait placé toutes ses économies dans les emprunts russes !

Avec un prêt de son oncle, il décide de racheter l'imprimerie Decléris, située alors rue Davout, désormais rue Marius Audin près du quai Augagneur. Une petite entreprise, avec un seul employé.

Mais le quadragénaire développe son affaire en mettant en pratique ses idées révolutionnaires aussi bien en typographie que pour la mise en page.

En 1920, coup dur avec le retrait de son oncle de l'imprimerie. Marius Audin doit rapidement trouver des fonds. Il entend parler de Laurent Vibert, un riche industriel, propriétaire des pétroles Hahn, et un grand mécène.

Lors de leur rencontre, Marius Audin fond en larmes avant même d'avoir pu parler. Emu et convaincu du personnage exceptionnel qu'il a en face de lui, Laurent Vibert lui prête de l'argent, et lui amène un grand nombre de clients.

Une belle relation naît entre les deux hommes. Chaque jour en quittant son hôtel particulier du boulevard des Belges pour se rendre à son usine de l'avenue Berthelot, Laurent Vibert passe à l'imprimerie. Un rituel qu'il entretiendra jusqu'à sa mort.

Audin, père et fils

Grâce à ce reflux, l'imprimerie se redresse et compte jusqu'à une vingtaine d'employés. Les deux fils Audin sont embauchés : Maurice s'occupe du commerce et de la gestion, son petit frère Amable est en charge de la fabrication.

Le père et ses fils forment un trio indissociable dont tout Lyon parle. D'autant que Marius, en plus de la gestion de son entreprise, multiplie les projets fous. Par exemple, il a signé un livre sur l'histoire du temple protestant de la Loge du Change. L'ouvrage compte un chapitre par siècle, et chaque chapitre est rédigé et imprimé dans le style dudit siècle : mise en page, caractères, qualité et couleur du papier...

Personnage entier, impulsif, il s'achète une voiture pour faire les allers-retours avec le Beaujolais lorsqu'il crée un musée sur les arts et traditions populaires à Beaujeu. Sauf qu'il conduit comme un fou, jusqu'au jour où il provoque un accident dans lequel sa femme est blessée.

Marius Audin reçoit beaucoup chez lui : Justin Godard, Albert Camus, Henri Bosco, le poète Louis Pize, le conservateur du Musée des Beaux-Arts Henri Focillon, l'historien Jean Tricou ou encore la peintre Henriette Morel.

Marius et ses fils ont contribué à faire sortir l'imprimerie du XIXe siècle. La mise en page des Audin est un chef d’œuvre : équilibre des lignes, agencement des titres et des sous-titres... Au premier coup d’œil, on reconnaissait tout de suite un ouvrage sorti de leurs presses. Et en 1922, Marius était parti à Turin pour acheter des caractères introuvables en France, qu'on a longtemps appelé les caractères Audin.

Leurs beaux livres d'art, destinés à un public de mécènes, n'étaient tirés qu'à quelques centaines d'exemplaires. Mais les tirages étaient bien plus élevés pour les romans.

L'imprimerie de la rue Davout est prospère mais les Audin ne roulent pas sur l'or. D'autant qu'il leur arrive souvent de travailler sur un ouvrage gratuitement, si l'auteur a peu de moyens ou si le sujet les passionne. Dans les années 50 par exemple, ils imprimaient gratuitement affiches et programmes du Théâtre des Marronniers de Roger Planchon.

Entre les deux guerres, la période est faste. L'économie se porte bien avec plusieurs entreprises lyonnaises au faste international comme Berliet, Visseaux ou Zénith. Et cinq quotidiens indépendants paraissent à Lyon : Le Progrès, Lyon républicain, le Nouvelliste, le Salut public et l'Express.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Audin continuent à travailler. Marius est arrêté par la Gestapo parce qu'il avait accepté de servir de boîte aux lettres pour un imprimeur belge en exil à Lyon. Son fils Amable tient absolument à l'accompagner. Mais au bout de trois jours de détention, sentant qu'ils n'étaient pas dignes d'intérêt, Klaus Barbie ordonne leur libération.

L'afflux de réfugiés parisiens durant le conflit propose une intense activité intellectuelle à Lyon. Un bouillonnement auquel participe la famille d'imprimeurs.

Amable Audin notamment est passionné d'histoire des religions antiques et d'archéologie. En 1957, Edouard Herriot le nomme même directeur des fouilles de la Ville de Lyon, car les trouvailles se multiplient à Fourvière. La mise au jour de l'amphithéâtre ? On la doit à Amable, qui sera personnellement remercié par le pape Jean-Paul II lors de sa venue à Lyon en 1986. Le fils Audin est aussi à l'origine de la construction du musée gallo-romain, inauguré en 1975.

Pas politiciens pour un sou, les Audin avaient toutefois le respect des maires lyonnais, notamment Louis Pradel. Sauf Marius Audin qui s'est brouillé avec Edouard Herriot, ce dernier interviendra tout de même à trois reprises pour bloquer sa Légion d'honneur !

A la mort de sa femme en 1944, Marius se replie sur son travail. Il se consacre aux 10 000 fiches de son Glossaire du patois beaujolais jusqu'à son dernier souffle. Il meurt en 1951.

Son fils Maurice décède en 1975. Quant à Amable, toujours à la tête de l'imprimerie tout en étant conservateur du musée gallo-romain, il s'éteint en 1990. Il avait préalablement revendu l'entreprise familiale à l'imprimeur Tixier, car ses filles et celles de Maurice ne pouvaient prendre la suite.

Leur imprimerie aura été un vrai foyer de la vie culturelle et intellectuelle lyonnaise. On doit aux Audin l'édition de nombreux ouvrages et la création de trois musées.

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Marius Audin

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