Alors que les agents étaient à l’œuvre dans les écoles, malgré la chaleur, la direction du collège Jean Mermoz, dans le 8e arrondissement de Lyon, apprenait avec stupeur que le projet d’extension voté en 2023, comprenant notamment la création d’une cantine scolaire – le collège n’en bénéficie toujours pas – venait d’être enterré par la majorité de Bruno Bernard.
Pourtant, les riverains et les collégiens ont bien vu démarrer un chantier dans le bâtiment désaffecté appartenant à la Ville de Lyon, que la Métropole envisageait initialement d’acquérir dans le cadre du projet de réhabilitation-extension du collège.
Mais ce bâtiment, pourtant très vétuste, est finalement rénové pour un autre usage. La Ville de Lyon a signé un bail avec Habitat et Humanisme jusqu’en 2031 pour y accueillir une centaine de familles en situation de grande précarité.
Soyons clairs : il ne s’agit pas de s’opposer à l’accueil de personnes migrantes. Mon histoire personnelle me le rappelle chaque jour. La solidarité est nécessaire.
Mais est-ce vraiment aider ces familles que de les installer dans cet immeuble coincé entre une école maternelle, une école primaire et un collège, alors même que les besoins éducatifs du secteur sont immenses ?
Jean Mermoz est classé en REP et inscrit dans la dynamique de la Cité éducative du 8e. Depuis des années, enseignants, personnels éducatifs, associations et familles travaillent d’arrache-pied pour changer l’image du quartier et favoriser la mixité sociale.
Le parcours d’éducation artistique et culturelle, avec notamment une CHAAP qui bénéficie à près de 60 élèves, en est un exemple.
Cette dynamique, il faut la préserver.
Avec un IPS de 80, contre 125 à Georges Charpak et 144 aux Lazaristes, peut-on vraiment considérer que concentrer davantage de fragilités sociales à Mermoz est la meilleure réponse ? La question mérite d’être posée plutôt que d’imposer ce projet aux habitants sans concertation.
Car partout en France, les familles qui le peuvent cherchent à éviter les établissements publics les plus fragiles. La fuite vers le privé n’est pas une fatalité : elle dit aussi quelque chose de la confiance accordée à notre école publique.
Et à Mermoz, cette confiance est justement en train d’être mise à l’épreuve.
Les travaux de restructuration devaient commencer en 2025.
Le chantier est là. Mais pas celui qui était attendu. On devait construire une extension, rénover le collège et créer une cantine pour les élèves.
On rénove finalement le bâtiment… pour un autre projet.
C’est là que le symbole devient particulièrement cruel : car à force de renoncer aux équipements promis aux territoires les plus fragiles, ce n’est pas seulement un projet que l’on enterre.
On enterre la confiance. On enterre le contrat de confiance. On enterre le contrat social.
Et derrière l’abandon d’un chantier, c’est une véritable casse sociale qui risque de s’installer.
À Mermoz, la solidarité ne devrait pas conduire à choisir entre accueillir dignement des familles en difficulté et donner aux collégiens les équipements auxquels ils ont droit. Une politique sociale digne de ce nom doit être capable de faire les deux.
Signataires :
Anissa Djaadi Mezhoud, conseillère métropolitaine SUD-EST
Franck Lévy, conseiller municipal de Lyon
Eric Desbos, conseiller du 8e arrondissement
Hakim Belabaq, conseiller du 8e arrondissement