Près de 20 morts et 90 blessés : le jour où la raffinerie de Feyzin explosa

Près de 20 morts et 90 blessés : le jour où la raffinerie de Feyzin explosa
DR BML

Aujourd'hui, quand on passe devant la raffinerie de Feyzin, difficile d'imaginer que tout a été rasé il y a bientôt 60 ans par une explosion meurtrière.

Le 4 janvier 1966 pourtant, une catastrophe s'abat sur le site industriel au sud de Lyon, marquant les esprits, sans toutefois remettre ensuite en cause le développement du couloir de la chimie.

En 1966, de nombreuses entreprises sont installées au sud de l'agglomération. Il y a Rhône Poulenc et Rhodia à Saint-Fons, Ugine Kulmann à Pierre-Bénite. Et depuis deux ans, une raffinerie a vu le jour à Feyzin, sur le passage de l'oléoduc qui achemine le pétrole de Marseille à Karlsruhe en Allemagne.

C'est une centaine d'employés qui y travaillent chaque jour, sur les trois grandes parties du site : une zone de fabrication avec des laboratoires et l'administration, une zone de stockage des produits finis et une zone consacrée au transport, à proximité de voies ferrées, des routes et du canal.

C'est sur la zone de stockage que l'incendie se déclare le 4 janvier. Vers 6h30 du matin, au cours d'un prélèvement de produits dans les grandes citernes, une fuite importante de propane s'échappe.

Le propane liquide se transforme rapidement en nappe de gaz qui se déplace jusqu'à l'autoroute et une départementale puisqu'aucun mur n'est construit à l'époque. Le passage d'une voiture enflamme le gaz, brûlant l'automobiliste qui décèdera deux jours plus tard. Robert Amouroux est la première victime de la catastrophe.

L'alerte aux pompiers de Lyon est donnée à 7h15. Quand ils arrivent sur place, les flammes dépassent déjà les 7 mètres de haut. Les efforts sont d'abord concentrés sur les citernes de la zone, arrosées d'eau pour éviter qu'elles ne s'embrasent à leur tour.

Une mer de flammes

Mais la situation empire, et à 8h, les flammes atteignent plus de 40 mètres de haut ! Un mur de feu qui fait un bruit tellement assourdissant que les pompiers ne s'entendent plus parler et communiquent entre eux par gestes.

Des renforts sont demandés à 8h30, puis une sphère explose, créant une mer de flammes sur un rayon de plus de 150 mètres. Des pompiers sont alors tués sur le coup, carbonisés. D'autres sont grièvement blessés, quand certains, terrorisés par cette vision infernale, se jettent dans l'eau glacée du canal pour échapper à la mort.

D'autres équipes de soldats du feu sont dépêchées sur des usines et secteurs voisins pour prévenir de la propagation de l'incendie. Dans le ciel de Feyzin, des morceaux de citernes sont projetés sur plus de 100 mètres.

A 11h30, l'ensemble des sphères est la proie des flammes, ce qui laisse présager d'une explosion colossale. Les pompiers battent en retraite et le préfet de l'Isère se décide à déclencher le plan Orsec, qui permet de solliciter l'appui des pompiers de Marseille. Ces derniers n'arriveront qu'à 18h.

Une citerne explose, puis une deuxième, puis cinq...

"J'ai compris qu'il y avait beaucoup de morts quand le commandant Henri Mongarny a fait l'appel en milieu d'après-midi, narrait à LyonMag le pompier Jean Meunier. Ne pas entendre des pompiers répondre à leur nom, c'était terrible et poignant. Je suis resté sur le site jusqu'à 23h. J'étais complètement vidé, un vrai zombie".

Si les pompiers lyonnais sont littéralement allés à l'abattoir, c'est parce qu'ils ne connaissaient pas bien la raffinerie. A l'époque, Feyzin était une commune iséroise, et ils n'avaient fait aucun repérage, ni aucune manoeuvre d'anticipation.

Sept soldats du feu sont morts à Feyzin ce jour-là : René Heyraud, Pierre Biesse, André Pannetier, Jean Lagier, Louis Jacquier, Paul Erard et Daniel Berthier.

Parmi les survivants, le colonel André Pierret, qui dirigeait une des compagnies de pompiers, sera grièvement brûlé aux jambes.

Le maire de Feyzin, Marcel Ramillier, a également joué un rôle. Plutôt que de s'enfermer dans sa mairie, l'élu est allé sur le terrain pour soutenir les pompiers. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a été blessé après une explosion.

Si Lyon a été épargnée par l'incident, car le vent du nord repoussait la grande fumée provoquée par l'incendie, les habitants de Feyzin eux avaient dû évacuer leur logement car les explosions avaient volatilisé les vitres des maisons. La ville était alors fantôme, désertée.

Le 5 janvier au matin, le feu était encore vivace, jusqu'à la maîtrise du sinistre vers 7h. "Ce jour-là, j'ai participé à la recherche des corps, se souvenait encore Jean Meunier. Un moment très difficile car les cadavres avaient été ratatinés par le feu. Des hommes de 1m80 dont les corps avaient été réduits à quelques dizaines de centimètres. Ça a été terrible, notamment pour identifier tous ces collègues".

Les pompiers de Paris arrivent à leur tour et permettent de relayer les troupes. Car il faudra encore trois jours pour venir à bout des derniers foyers.

Au total, le bilan est lourd : 18 morts, dont 11 pompiers (7 de Lyon, 4 de Vienne ndlr) et 7 employés et prestataires de la raffinerie et de Rhodiacéta, ainsi que 90 blessés dont 12 brûlés graves.

Et après ?

Dès le 8 janvier, une cérémonie est organisée pour rendre hommage aux soldats du feu décédés. Le maire Louis Pradel prononce un discours à l'Hôtel de Ville puis le cortège part de la mairie pour rejoindre la cathédrale Saint-Jean en passant par la place Bellecour. Sur son passage, des centaines de Lyonnais sont sidérés, entre émotion et silence pesant.

Quatre ans après la catastrophe de Feyzin, un procès au tribunal correctionnel de Vienne a entraîné la condamnation de deux directeurs de la raffinerie, Bernard Delapalme et Julien Berthelet, pour défaut de plan de sécurité suffisant. L'un a écopé d'un an de prison avec sursis et 2000 francs d'amende, le second à 6 mois avec sursis.

Quant au colonel Pierret, bouc-émissaire désigné pour son manque de prévoyance, il écopait d'une peine presque aussi lourde que l'un des directeurs : 1 an avec sursis et 1000 francs d'amende. "Pour mettre en place un plan d'action, il fallait connaître les lieux. Or, on ignorait tout de cette raffinerie qui n'était pas directement sous la responsabilité des pompiers de Lyon. D'ailleurs, en appel à Grenoble, les deux directeurs et le colonel ont été relaxés", le défendait Jean Meunier.

Robert Dechaumet, aide-opérateur, et Edmond Fossey, agent de sécurité, à l'origine de la fuite de propane qui tua l'automobiliste, écopaient de 15 jours de prison avec sursis.

Suite à l'accident, les mesures de sécurité ont été drastiquement renforcées avec des cuvettes de rétention, des systèmes d'extinction des feux commandés à distance. Mais aussi le feu vert au développement galopant du couloir de la chimie vers le sud. "Au fond, j'ai l'impression que l'essentiel, c'est que ces grands groupes chimiques continuent à gagner un maximum d'argent. J'ai l'impression que mes copains sont morts pour rien", concluait le pompier Jean Meunier.

Feyzin est intégrée au département du Rhône en 1969 pour permettre aux pompiers lyonnais d'intervenir sur la raffinerie plus facilement, sans avoir besoin de solliciter l'autorisation administrative de la préfecture iséroise.

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13 commentaires
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liber le 14/05/2024 à 23:38

Le couloir de la chimie s'est depuis étendu.
Qui pollue le plus???
les voitures ou ce couloir qui Rabat régulièrement ses fumées sur Lyon ???
Un vrai sujet tjrs laissé de côté par les municipalités successives
money is Money

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Bribri le 13/05/2024 à 21:09

J'ai 65 ans, et je me rappelle, nous habitions à 25 kms de Lyon, et ce matin là un énorme "champignon" dans le ciel, on se demandait ce que c'était, et après nous avons eu les informations à la radio.

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Troll? le 12/05/2024 à 18:44
Calahann a écrit le 11/05/2024 à 18h25

Exactement, c'est très scandaleux et je te rejoins 🤩.
Je t'offre un verre d'essence avec une paille pour te remercier 🙂

Troll?

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Fumistes le 12/05/2024 à 16:21
Ah mais ricain ? a écrit le 11/05/2024 à 22h58

Le bon vieux temps, quand on fumait a côté des sphères

Commentaire idiot, encore un qui n'a pas lu l'article.

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Jolie Môme le 12/05/2024 à 09:20

Quel courage ! Nous ne remercierons jamais assez nos pompiers .
Quand , je pense a tous ces crétins sans cerveau qui aujourd'hui s'en prennent à nos pompiers ! Quelle honte !! J.M

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Merci le 11/05/2024 à 23:46

Un grand merci à l’auteur de cet article qui rend notamment hommage aux soldats du feu. Un immense merci à eux également. Pensées à toutes les familles de victimes.

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Ah mais ricain ? le 11/05/2024 à 22:58

Le bon vieux temps, quand on fumait a côté des sphères

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bipbip. le 11/05/2024 à 22:18

c était en 66 ! les méthodes de sécurité étaient limitées… les pompiers n avaient pas les mêmes matériaux et matériels. je pense à tous ces morts chaque fois que je passe .

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QUE DU SURSIS le 11/05/2024 à 21:42
Prîno a écrit le 11/05/2024 à 16h46

Des peines très lourdes !!!mon voisin a pris plus,parce qu’il a fait pousser 4 plants de cannabis chez lui! Bon ok ,il s’appel Rachid,mais quand même,faut pas abuser !!

comme les responsables du tunnel du Mont-blanc,

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Louis26 le 11/05/2024 à 21:03

Je m'en rappelle en 1966, on voyait les flammes à 80 kms vers Valence. Les sphères de stockages avaient basculé, j'y pense chaque fois que j'y passe.

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Calahann le 11/05/2024 à 18:25
Scandaleux a écrit le 11/05/2024 à 17h17

Article commandé par les verts anti essence pour bien angoisser le peuple et forcer la vente des électriques.

Exactement, c'est très scandaleux et je te rejoins 🤩.
Je t'offre un verre d'essence avec une paille pour te remercier 🙂

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Scandaleux le 11/05/2024 à 17:17

Article commandé par les verts anti essence pour bien angoisser le peuple et forcer la vente des électriques.

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Prîno le 11/05/2024 à 16:46

Des peines très lourdes !!!mon voisin a pris plus,parce qu’il a fait pousser 4 plants de cannabis chez lui! Bon ok ,il s’appel Rachid,mais quand même,faut pas abuser !!

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