Un procès hors norme s’ouvre ce jeudi 11 juin à Lyon. Un homme de 39 ans, garde du corps de profession, est jugé devant la cour criminelle du Rhône pour des faits présumés de viols sous soumission chimique commis sur sa compagne, filmée à son insu pendant plusieurs années.
L’affaire présente un élément particulièrement troublant : l’accusé avait échangé en ligne avec Dominique Pelicot, condamné dans le vaste dossier des viols de Mazan, au sujet de techniques visant à endormir une femme avant des agressions sexuelles.
L’enquête lyonnaise trouve son origine dans l’interpellation de Dominique Pelicot en septembre 2020 à Carpentras.
En analysant son téléphone, les enquêteurs découvrent des conversations avec un homme vivant à Lyon, évoquant la possibilité de droguer son épouse afin de l’agresser sexuellement.
Ce n’est pourtant qu’en juin 2023 que le suspect est placé en garde à vue.
Lors des perquisitions, les enquêteurs retrouvent dans son téléphone de nombreuses images et vidéos de sa compagne nue, filmée dans leur chambre à l’aide d’une caméra dissimulée, selon les éléments du dossier. Certaines séquences montreraient la victime inconsciente pendant des actes sexuels.
La femme, compagne du mis en cause depuis 2015 et mère de leur enfant, a expliqué aux enquêteurs avoir souffert durant plusieurs années d’une fatigue inhabituelle, de vertiges et de pertes de mémoire inexpliquées.
Entre 2020 et 2023, elle dit avoir connu plusieurs "trous noirs" après s’être endormie, sans comprendre l’origine de son état.
Des médicaments sédatifs puissants ont par ailleurs été retrouvés dans un coffre-fort auquel elle n’avait pas accès.
Un "jeu sexuel" selon la défense
Au début de la procédure, l’accusé avait reconnu certains faits devant le juge d’instruction, admettant un viol et une agression sexuelle après avoir administré un somnifère à sa compagne. Il est ensuite revenu sur ses déclarations.
Aujourd’hui, le trentenaire nie toute infraction et affirme qu’il s’agissait d’un "jeu sexuel" consenti au sein du couple.
Mais les magistrats instructeurs ont retenu une tout autre analyse. Selon eux, "l’endormissement profond" de la victime "exclut toute forme de consentement".
Une vidéo, en particulier, aurait retenu l’attention des enquêteurs : on y verrait l’accusé interrompre brusquement ses actes lorsque la victime semble reprendre brièvement conscience.
L’homme est aussi accusé d’avoir créé de faux profils au nom de sa compagne sur le site Coco, aujourd’hui fermé, afin d’y diffuser des images intimes et de proposer des rencontres sexuelles à son insu.
La victime a indiqué que plusieurs hommes se seraient présentés sur son lieu de travail, pensant avoir rendez-vous avec elle.
Enfin, des contenus pédopornographiques ont été retrouvés chez le prévenu.
Le verdict est attendu vendredi en fin de journée. L’accusé encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.