Culture 21-10-2012 à 09:32
Ken Loach - DR
Le cinéaste britannique s’est vu remettre le prix du Festival Lumière 2012 samedi soir, des mains d’Eric Cantona, son acteur dans le film Looking for Eric.
Canto ne fait pas seulement chanter et applaudir les supporters
britanniques, il fait aussi se lever les spectateurs de l’amphithéâtre
du centre de congrès. Il est 19h15 lorsque la musique de piano-bar qui
nous accompagnait s’estompe et laisse place à la première standing
ovation de la soirée – le "King" Ken Loach et son joueur entrent dans
la salle. Le réalisateur anglais, auteur entre autres de Kes, Land of
Freedom, Le Vent se lève (Palme d’or à Cannes) et plus récemment de La
Part des anges, a dédié sa vie au cinéma, comme l’évoque le directeur du
festival, Thierry Frémaux, qui parle de "l’incroyable homogénéité
entre le contenu de ses films et son comportement personnel". Eric
Cantona, lui, décrit un homme "humain, humble, à la hauteur des
convictions qu’il défend", se permettant même un premier parallèle
avec… le football, grande passion de Ken Loach : "comme Alex Ferguson
(l’entraîneur de Manchester United, NDLR), Ken Loach a fait ce qu’il y
avait de plus beau. Pourtant, il approche son prochain film comme si
c’était un enfant, et il parvient à transmettre cette passion, cette
énergie. C’est un vrai génie, un grand exemple".
Après la projection de Looking for Eric, œuvre, certes, un peu plus
mineure dans la filmographie loachienne, salué pourtant par une nouvelle
standing ovation, place est faite à Bertrand Tavernier – ou plutôt à
ses mots, le cinéaste étant retenu pour raisons de santé à Paris. Lus
par Thierry Frémaux, ils saluent "un artiste qui aura toujours été du
côté de la décence ordinaire".
Tant d’éloges et d’applaudissements, c’en est presque trop pour ce bon
vieux Ken, qui pourrait facilement passer pour un petit retraité
tranquille au milieu des paillettes, tant sa bonhomie, sa modestie et
même sa timidité transpirent lorsqu’il rejoint la scène. Visiblement ému
par cet hommage, il a de nouveau recours à la métaphore footballistique
pour saluer ses proches et ses acteurs : "Un match, ça ne se gagne pas
avec des individualités, mais en équipe". Le naturel revient vite au
galop quand, remerciant le cinéma français qui l’a toujours soutenu, il
exprime ses craintes de voir cette exception culturelle menacée par la
crise économique – l’occasion pour lui de pourfendre une Union
européenne "soumise à la culture du marché". Ken Loach a aussi une
pensée pour les cinéastes chinois et iraniens, soumis à la censure dans
leur pays, et plus globalement, pour tous les peuples écrasés dans le
monde – il citera notamment la Palestine.
"Se voir remettre un prix par Eric The King, il n’y a rien de mieux" :
le fan de foot reprend le dessus et savoure, la soirée n’aurait pas pu
mieux se dérouler. La preuve : son équipe de foot, dont il suit tous les
matches, même à plusieurs milliers de kilomètres de distance, le Bath
FC, quelques heures plus tôt, a gagné.
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