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OL-ASSE : les voisins ennemis

Le 99e derby du Rhône entre l’Olympique Lyonnais et l’Association Sportive de Saint-Etienne a lieu demain soir, à 21 heures, au stade de Gerland. Une rencontre très attendue par les supporters des deux camps car le derby n’est pas un match comme les autres. Mais d’où vient cette rivalité ? Nous avons demandé à Cyril Collot qui a co-écrit le livre « OL-ASSE : Histoire du derby ».

Lyon Mag : Cyril Collot, le derby a lieu demain. Est-ce qu’aujourd’hui on peut encore parler d’une vraie rivalité ?
Cyril Collot :
La rivalité est toujours d’actualité. Elle est ancrée dans le patrimoine génétique des deux clubs et des deux villes qui au XIXe siècle étaient en compétition économique. Cette rivalité s’est traduite ensuite sur le terrain avec toujours le même antagonisme : Lyon « la bourgeoise » et le Saint-Etienne « des mines ». 

Sur quoi est basée la rivalité sportive, hormis la proximité entre les deux villes ?
Elle est basée sur des valeurs complètement opposée. Saint-Etienne est un club plus populaire avec tout ce que ça engendre. De l’autre côté on a Lyon, un club qui s’est construit dans une ville bourgeoise avec un public plutôt froid. La proximité entre les deux villes amplifie la rivalité.

Vu l’histoire et l’antagonisme entre les deux clubs est-ce qu’on peut dire que ce match est le seul vrai derby en France ?

Il en existe d’autres comme le Lens-Lille, mais il est moins fort émotionnellement comme nous l’a expliqué Christophe Delmotte qui a joué à Lens puis à lyon. Les médias ont essayé de construire le derby de l’Atlantique entre Bordeaux et Nantes, le Classico entre l’OM et le PSG a lui été crée de toute pièce. Il y aurait pu avoir un derby Parisien, mais le Racing n’est pas resté bien longtemps en première division. Donc oui, quand on fait un tour d’horizon, ce derby est un peu seul.

Sportivement, est ce qu’il y au des temps forts et des temps faibles dans l’histoire du derby ?

L’ambiance a beaucoup changé en 60 ans. La première rencontre a eu lieu en 1951. Et lorsqu’on a rencontré les joueurs des années 60 voire 50 ils nous ont tous dit qu’une fois sorti du match l’ambiance était bonne entre les deux équipe. Les supporters des deux camps se retrouvaient pour casser la croute ensemble. Dans les années 70, quand Saint-Etienne est devenu une équipe phare, la rivalité s’est exacerbée. Les Lyonnais étaient jaloux. C’est à cette époque que les jeunes des deux clubs comme Raymond Domenech par exemple ont pris le pouvoir et se sont approprié le derby. Puis  dans les années 80-90, c’est le public qui a fait du derby un match particulier. Il y a eu des débordements, des violences… Aujourd’hui c’est plus un « classique » qu’un derby dans le sens où on perpétue une tradition. Ce match est moins important depuis que la différence de niveau entre les deux équipes s’est élargie. 
D’ailleurs à choisir, les supporters lyonnais n’échangeraient pas la qualification face à Madrid contre une victoire demain.

Il y aura match sur le terrain donc, mais aussi dans les tribunes…
Oui, le public s’est vraiment approprié le derby. On rend hommage dans le livre aux supporters stéphanois qui sont vraiment énormes. Il existe des groupes de supporters des Verts partout en France, ce que Lyon n’a pas encore réussi à mettre en place. Et puis ils ont ce stade Geoffroy-Guichard qui est vraiment parfait pour le football et qui contient tout la légende du club. Ce qui n’est pas forcément le cas du stade de Gerland qui est plus un lieu de spectacle.

Les supporters stéphanois sont réputés pour être plus chauds, comment perçoivent-ils le public Lyonnais ?
Forcément, dans un contexte de rivalité, ce ne sont pas les meilleurs amis du monde. Ce qu’on remarque c’est que les Lyonnais sont souvent considérés comme un public tiède qui a commencé à supporté le club au début des années 2000, avec les premiers succès. Les Stéphanois disent des supporters Lyonnais qu’ils au stade comme ils vont au théâtre. Ce sont deux façons différentes de supporter une équipe. La tradition stéphanoise parait plus viscérale et ils ont pour eux ce côté mythique et légendaire que n’a pas l’OL. On pourra mesurer l’évolution dans quelques temps parce que les gosses d’une dizaine d’années eux ont grandi avec l’OL et les exploits de Juninho, donc ça pourrait changer.

Bafé Gomis a joué dans les deux clubs et sera dans le groupe lyonnais pour le match. Comment sont considérés les joueurs qui ont porté les deux maillots ?

Tout dépend du joueur. Certains ne se sont jamais intégrés après leur transfert. D’autres ont mis du temps comme Grégory Coupet qui était adulé à Saint-Etienne mais pas accepté à son arrivée à Lyon. Puis une fois que ses performances se sont améliorées et ont convaincu les supporters, les Stéphanois se sont mis à le détester : il a vraiment tout vécu. Pour Bafétimbi Gomis, le transfert s’est fait sans trop d’embuches. Après il n’aurait peut-être pas eu lieu dans les années 90, quand les deux clubs étaient beaucoup plus réticents à l’idée de s’échanger leurs joueurs.

Pour reprendre l’expression de Roger Rocher, le président historique des verts, aujourd’hui en football qui est la « banlieue » de qui ?
Objectivement, en football Saint-Etienne est devenue la banlieue et même la lointaine banlieue de Lyon parce que les deux clubs sont à des années lumières que ce soit en terme de performances, de formation ou de structures. De plus l’ASSE est un peu désorganisée, victime de plusieurs courants à sa tête. Lyon est bien mieux structuré. En revanche, au niveau des supporters, les stéphanois ont une plus grosse ferveur. Ils ont toujours cet amour pour leur club.



Tags : ol | ASSE | derby | championnat |

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