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Le piège des antidépresseurs

Six millions de français en consomment tous les jours. Et depuis l’apparition des nouvelles molécules type Prozac, ils prennent des allures de panacée. Pourtant addictifs et parfois dangereux, les médicaments de type psychoactifs peuvent être prescrits sur simple consultation d’un médecin généraliste. Certes, si chaque personne connaissant un épisode dépressif est en droit d’être médicalisé, le cheminement vers une réponse chimique doit être extrêmement balisée. Et pour Patrick Lemoine, psychiatre à la clinique Lyon Lumières de Meyzieu, le médecin généraliste à toute légitimité à prescrire. Mais d’autres solutions alternatives existent face au fléau qu’est la dépression. Interview.

Lyon Mag : Pourquoi un médecin généraliste, qui n’a pas de spécialité en psychiatrie, peut prescrire des médicaments psychoactifs type antidépresseurs ?
Patrick Lemoine :
Un médecin généraliste, comme son nom l’indique, peut s’occuper de manière générale de toute la médecine. Il peut prescrire des produits en cardiologie, en ORL, en dermatologie, et en psychiatrie. Il n’y a rien de choquant à ce qu’un médecin généraliste prescrive des médicaments psychotropes en règle générale, et des antidépresseurs en particulier. Surtout que depuis les nouveaux médicaments, avec les nouvelles générations arrivées, sont beaucoup moins dangereux qu’auparavant.

Comment un médecin généraliste peut diagnostiquer, sur le laps de temps très court de la consultation, la nécessité d’antidépresseurs pour son patient ?

Les médecins généralistes, lorsqu’ils sont confrontés à des problèmes psychiatriques, prennent en général leur temps. J’ai mené des enquêtes sur ce sujet. Il en est ressorti, qu’en général, ils mettaient une vingtaine de minutes, mais surtout revoyaient leurs patients, avant de prescrire. Certes, tous ne sont pas aussi soigneux et attentifs. Le temps passé est important. Une prescription, au bout de cinq minutes d’entrevue, n’a pas de valeur. Mais quelqu’un qui vous a vu une ou deux fois, pendant vingt minutes ou une demi-heure, c’est beaucoup plus sérieux. Il ne faut pas oublier qu’autrefois les antidépresseurs étaient des produits dangereux, dont l’ingestion accidentelle ou suicidaire pouvait avoir des conséquences funestes. Depuis la génération «Prozac», les produits sont devenus plus maniables. Ces médicaments qui avant n’étaient pas touchés par les généralistes sont maintenant utilisés, et pas forcément si mal que ça. La dépression est beaucoup plus dangereuse que les antidépresseurs. Il y a, en France, 12 000 suicides réussis par an, ce qui signifie au moins 120 000 tentatives de suicide sur une année. Deux tiers de ces suicides viennent de la dépression. On est quand même devant un problème de société. Chez les gens de 20 à 25 ans, c’est la deuxième cause de mortalité derrière les accidents de la circulation.

N’y a-t-il pas un problème éthique, quasi-philosophique, à ce que le médecin qui est là pour prodiguer du soin, puisse prescrire des médicaments mortels en cas de surdosage volontaire ?
J’insiste sur le fait qu’un généraliste a le droit de tout prescrire. Lorsqu’il se sent dépassé, il oriente vers le spécialiste. En France, à bien regarder les listes d’attentes des psychiatres, il y a drôlement intérêt à ce que le généraliste prenne en charge la grande majorité des dépressions. La grande majorité des dépressions répond bien au traitement. Laisser quelqu’un  déprimer est beaucoup plus dangereux que de lui prescrire des médicaments qui, à bien y réfléchir, sont beaucoup moins dangereux que l’on imagine dans certaines conditions. Les antidépresseurs sont efficaces, bien tolérés, et peu dangereux dans la tranche de 20-25 ans jusqu’à 60 ans. On sait que chez les adolescents, non seulement ils marchent beaucoup moins bien tolérés, et favorisent le suicide. On sait également que chez les enfants ou chez les personnes âgées, ils marchent beaucoup moins bien. Il y a des tranches d’âges favorites pour prescrire ces traitements. Ce médicaments psychotropes, genre antidépresseurs, régulateurs d’humeurs (thymorégulateurs), s’ils ne sont pas accompagnés d’une psychothérapie de soutien, marchent nettement moins bien. Leur action pharmacologique est décuplée par l’attention, le temps passé et la technicité du médecin. Si ‘on était dans un monde idéal, je vous dirai qu’effectivement, le généraliste peut prescrire des psychotropes, mais ce serait mieux qu’un psychothérapeute en parallèle aide. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal, il existe des déserts psychiatriques. Nous sommes obligés d’en tenir compte.

Cette réponse d’ordre chimique doit donc nécessairement s’accompagner d’un traitement psychothérapeutique ?
Exactement. Il y a des études intéressantes où, par tirage au sort, était prescrit soit un médicament seul, soit une psychothérapie, soit les deux, soit rien. Clairement, le psychotrope tout seul fait mieux que rien, la psychothérapie fait mieux que rien, mais la psychothérapie doublée du médicament, fait mieux que l’on ou l’autre pris seul. C’est clairement une potentialisation du médicament, dans la dépression, que de l’accompagner  d’une psychothérapie, quelle qu’elle soit. On sait aussi que c’est la qualité du psychothérapeute, son engagement, sa compassion, sa proximité, qui fait l’efficacité.

N’y a-t-il pas un certain confort à aller chercher sa panacée ? Ne faisons-nous pas, tout simplement, une génération de drogués, de médico-dépendants, et finalement de zombies par rapport à l’appréhension du réel ?
Cette question est très importante et très intéressante. En effet, on aurait tendance à se diriger vers une civilisation «pilule». Je n’arrive pas à m’endormir le soir, je prends un comprimé. Le matin, je prends un comprimé pour me réveiller. J’ai un coup de blues, je me prends un antidépresseur. Je suis un peu anxieux, je vais prendre un tranquillisant. C’est une approche catastrophique. Il faut vraiment remettre les choses à leur place. Les antidépresseurs n’ont démontré d’efficacité que dans des dépressions majeures, sévères. Dans les dépressions légères ou moyennes, c’est à dire 90% des dépressions, ils ne fonctionnent pas très bien. Dans ces cas là, ce qui est efficace, ce sont d’autres solutions, type relaxation, psychothérapie, thérapie cognitive et comportementale, yoga, sport, amour. Il n’y a pas que la médecine qui fait du bien. Par contre, sur les dépressions sévères, endogènes, les antidépresseurs restent indispensables. De la même manière, les somnifères ne devraient être pris qu’une ou deux fois lorsqu’un évènement empêche de dormir, type décalage horaire ou une catastrophe existentielle. C’est un réponse à un évènement transitoire. Même chose pour l’anxi&eacut



Tags : depression | antidepresseurs | deprime |

Commentaires 4

Déposé le 18/04/2010 à 23h41  
Par JPBc Citer

Les psychotropes, en tant que substances chimiques, affaiblissent les organes entre-autre, sibien que les patients sont affaiblis et semblent avoir une durée de vie plus courte. La liste des effest dits secondaires ne sont en effets que des maladies provoquées chimiquement. Conclusion : les patients souffrent d'autres maladie iatrogènes. En clair : ils sont soignés à mort .

Déposé le 17/04/2010 à 13h59  
Par Pascale Citer

Le problème ne vient-il pas du fait que les antidépresseurs sont un piège, que cela était connu des industriels qui les ont conçus et des autorités médicales qui en ont autorisé la mise sur le marché. Que la vente auprès du grand public a été hardiment et volontairement boosté avec le marketing effréné de livres tel que « Prozac, la pilule du bonheur ». Il convient donc de ne pas occulter que la situation actuelle de surconsommation provient de l'action volontariste d'affairistes. Il serait désopilant de dire que cela correspondait aux savoirs scientifiques de l'époque, alors qu'il est aujourd'hui reproché à l'industrie pharmaceutique d'avoir, au mépris de la technique scientifique, déguisé les tests de laboratoire à son profit, essentiellement financier. Ce stratagème s'est accompagné d'une campagne indigne de diffamation, rumeurs et mensonges contre toute autre méthode d'aide aux personnes en détresse psychique, campagne, qui, il est à noter, se poursuit aujourd'hui et est notamment orchestrée avec frénésie malgré une grande ignorance du sujet par Monsieur Fenech, président de la Miviludes. La question de fonds est maintenant une question de confiance. Peut-on continuer à écouter des gens qui, en fait, se contentent de retourner leur veste, cherchant à ménager la chèvre et le chou, et surtout leur pré carré. Les antidépresseurs ne seraient pas nocifs pour les populations adultes : mais Richard Durn, le meurtrier de Nanterre, dépressif sous antidépresseur avait 33 ans lorsqu'il est passé à l'acte. Les divers drames familiaux où l'on voit un parent tuer une partie de sa famille, alors qu'il est sous antidépresseurs concerne essentiellement des dépressifs adultes. Un changement majeur doit s'opérer sur le sujet de la santé mentale, et il verra fatalement les compréhensions évoluer vers des solutions positives.

Déposé le 17/04/2010 à 11h42  
Par AAAVAM Citer

Félicitations pour votre article. Pour autant il ne faut pas faire comme les médecins et confondre un antidépresseur et un anxiolytique, ou confondre stress et dépression, mais pour 22 euros on ne peut pas leur demander l'impossible ! Les tranquillisants et les somnifères de la classe des benzodiazépines (anxiolytiques) favorisent les actes de violence contre soi même et autrui dans une proportion que notre Association estime à plus de 70%. Toujours pas après 18 ans de combat de notre association de mesure de prévention. http://www.aaavam.eu

Déposé le 16/04/2010 à 19h21  
Par le bien aimé Citer

interview vraiment intéressante, on aimerais en savoir plus sur ce que font ces médicaments a notre cerveau, comment ils agissent.

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