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Patrice Escoffier livre une belle Adèle pour Noël

L’auteur lyonnais, dont le dernier ouvrage Adèle ou le tribunal intérieur garnit les présentoirs des librairies depuis la rentrée littéraire, est revenu pour Lyon Mag sur la genèse de ce nouveau récit. Mû essentiellement par les réflexions autour de la conscience, le sexagénaire signe là son troisième roman psychologique, autour du thème de l’amour. Une bonne idée cadeau pour les fêtes de fin d’année.

Mais qui est Adèle Bonnot ? Personnage central du roman qui emprunte jusqu’à son prénom dans l’intitulé, Adèle est le moteur de la quête de son pendant masculin Lazare Storgue. Les deux protagonistes ont cela que la vie ne peut leur enlever : ils ont partagé ensemble un amour d’enfance. Pour le reste, l’existence se charge de les séparer au lendemain des résultats de leur baccalauréat. Vingt ans plus tard, les deux amoureux se retrouvent, burinés par une vie frappée d’estoc et de taille. Adèle, tombée dans l’enfer de la prostitution et Lazare, valétudinaire précoce, ne revivront pas l’enchantement de leur jeunesse. C’est un Lazare désormais cinquantenaire, sur son lit d’hôpital, qui revit a posteriori la trame de son amour brisé. Pour l’outrepasser.

Le thème de la résilience, qui diffuse tout au long du roman, est un classique de la littérature. Là où Adèle ou le tribunal intérieur prend son envol, c’est quand Lazare, corps meurtri dans sa chambre médicalisée, s’autorise un voyage sans fin vers la rêverie. Qui devient vite cauchemardesque, le héros s’enferrant dans le remords de son amour perdu. Un remords qui prend la forme d’un implacable tribunal, composé exclusivement de femmes, le mettant violemment face aux lâchetés de son comportement. L’imaginaire de Lazare, obstrué par une conscience en quête de vérité, devient le lieu où il réglera les comptes de sa vie d’homme. Tandis que deux ravissantes créatures, Amanda et Miranda tentent de l'aider à fuir, Marceline, sa geôlière cruelle et repoussante, s'y oppose farouchement. Lazare, devenu prévenu, ira-t-il au bout de cette catharsis ?

Patrice Escoffier nous livre ainsi un personnage aux frontières de la résilience et de la culpabilité. Une alchimie finalement peu surprenante, au regard du background de l’auteur. « C’est totalement le fruit de mon éducation, reconnaît-il. Je suis passé par des écoles chrétiennes. Si j’étais né dans un milieu totalement différent, je penserais différemment. Avec la meilleure bonne foi. » Il ne cache d’ailleurs pas cette forme de constance dans le choix des thèmes de ses romans. « Je tourne autour des problèmes de conscience, du partage entre le bien et le mal, avoue-t-il. Le premier roman que j’ai écrit, qui portait sur Jeanne d’Arc (1) était une enquête sur les dix principaux personnages qui l’ont envoyée au bûcher. Pourquoi ont-ils agi de cette façon ? » Un questionnement perpétuel, toutefois moins angoissant qu’inspirateur pour le romancier.  « Quand vous êtes marqué par cette culture, vous véhiculez des questions toute la journée, explique-t-il. L’écriture, si elle n’apporte pas des réponses, peut servir d’exutoire et d’apaisement. Vous formalisez ce que vous trimballez dans votre tête. » Il n’est donc pas surprenant de retrouver dans le roman cette double acception de la femme, également présente dans le fait religieux, à la fois porteuse perpétuelle de l’innocence - au travers du personnage adolescent d’Adèle - et devenue objet de convoitise et de désir. Rassurons-nous toutefois, l’oeuvre n’a rien d’autobiographique. « Mais un auteur ne peut pas nier qu’il s’inspire de ce qu’il a vécu pour écrire » recadre très rapidement Patrice Escoffier. Voyageur intarissable de l’imaginaire, l’auteur nous livre ici un roman sans mièvrerie, mais également sans pessimisme forcené. Le paradigme contemporain, une première pour l’auteur plus rompu aux cadres médiévaux, donne une noirceur enchanteresse au produit final. Moins désenchanté toutefois qu’un Jean-Baptiste Clamence (2), Lazare Storgue a la force de ne pas tomber dans la facilité de l’autodestruction. « Parce que l’amour pardonne et comprend » clôt Patrice Escoffier. En ces heures où cette valeur semble tout à fait désuète, à lire Adèle ou le tribunal intérieur, on finirait presque par s’en convaincre.

Patrice Escoffier est un auteur lyonnais pure souche, né en 1950. Après des études de lettres et de gestion, il crée une entreprise de communication tournée vers la promotion, la formation et l'information interne des entreprises. À ce jour, il a réalisé ou participé à la réalisation de plus de 200 films et programmes audiovisuels. Marié et père de deux enfants déjà grands, passionné par le Moyen-Âge, il a publié en 2002 le roman « Nous avons brûlé Jeanne d'Arc »  et « Le Chevalier des Terres Froides » en 2009. Il signe avec « Adèle ou le tribunal intérieur » son troisième roman.

(1) Nous avons brûlé Jeanne d'Arc - Editions ALÉAS - LES TRABOULES - 2002
(2) Personnage principal du roman La Chute d’Albert Camus



Tags : Roman | escoffier |

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