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La Putain respectueuse au CCO de Villeurbanne - Photo compagnie Leila Soleil

A Villeurbanne, la putain fait réfléchir

La Putain respectueuse au CCO de Villeurbanne - Photo compagnie Leila Soleil

La Putain respectueuse, de Jean Paul Sartre, était à l’affiche du CCO jusqu’à dimanche.

Le Centre Culturel Oecumenique villeurbannais n’a pas désemplit depuis mardi. La pièce de Sartre, véritable scandale à sa création en 1946, mise en scène par Hadda Djaber de la compagnie Leila Soleil a trouvé son public. Ce texte très engagé situe ses personnages dans une ville du Sud des Etats-Unis des années 40 et traite tout à la fois de racisme, de ségrégation, de manipulation des puissants et de sexisme. Un « Nègre » est accusé d’un viol qu’il n’a pas commis, tandis qu’un autre est abattu sans raison par le neveu du sénateur de la ville. La victime supposée du viol, Lizzie, une prostituée de passage, refuse de le dénoncer à tort et devient alors la victime d’un chantage fomenté par le fils du sénateur. L’affaire se complique sérieusement quand le malheureux « Négre » vient trouver refuge chez sa prétendue victime.
Hadda Djaber a choisi pour cette création de faire commencer la pièce dans le hall du CCO. Les spectateurs étaient invités à attendre jusqu’au moment où un saxophoniste (Stéphane Lambert) lance le spectacle pour une introduction très efficace qui permet de découvrir comment Lizzie (Karine Revelant) fait la rencontre de Fred (Tommy Luminet), le fils du sénateur qui va la conduire à sa perte morale. Après une déambulation au milieu des « Monstres », des œuvres graphiques de Jacqueline Li Michaud, le public était conduit dans la salle, dont la scénographie d’Yves Henri, qui était composée de lattes de bois entremêlées et de plaques de plastiques, représentait sans ambages un appartement modeste. Les 5 acteurs, auxquels il faut ajouter Stéphane Lambert qui se chargeait de la mise en musique en « live », sont tous issus de la scène lyonnaise ou régionale et sont parvenus à une belle osmose. On sent dans le jeu de Bruno Miara (le sénateur) toute l’hypocrisie, la séduction permanente et la filouterie dénuée de vergogne de certains politiciens, Tommy Luminet (Fred) rend à merveille l’arrivisme insupportable des fils de puissants qui se sentent naturellement supérieur à tous, Joël Toussaint (le « Nègre ») livrait quant à lui une interprétation sans faille du bon « nègre » bouc-émissaire d’une société où la couleur de peau n’est pas un crime mais un signe d’infériorité manifeste, avec de surcroit des passages chantés dans lesquels son talent de chanteur de blues ne faisait aucun doute, Samuel Camus (le policier puis le chasseur de « nègre ») apparaissait en revanche moins sur scène, espace que ne quitte pas Karine Revelant, excellente en prostituée qui assume sans pour autant aimer son métier, femme tiraillée entre sa conscience et les promesses du sénateur, initialement dominatrice sur des hommes qu’elle sait satisfaire puis totalement eue par eux.
Après les représentations au CCO de Villeurbanne, la compagnie entend maintenant faire tourner et perdurer cette pièce, « toujours terriblement d’actualité » selon sa metteuse en scène. Des représentations pour des lycéens sont également envisagées.


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