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Philippe Mouret, l’inventeur lyonnais de la coelioscopie, est mort

Le Dr Philippe Mouret est mort vendredi des suites d'un cancer. Ce Lyonnais de 69 ans, exilé depuis quelques années à cause d'une interdiction d'exercer, avait accepté de rencontrer Lyon Mag il y a quelques mois pour évoquer son incroyable parcours. Il venait en effet de recevoir le fameux prix Honda, 20 ans après avoir réalisé la première opération de la vésicule sous coelioscopie. Une reconnaissance tardive pour une invention qui a pourtant révolutionné la chirurgie. Interview.

Votre parcours ?
Philippe Mouret : Je suis né le à 29 septembre 1938 à Lisieux en Normandie. Mon père était ingénieur, alors que ma mère qui avait fait les Beaux Arts s’occupait de ses deux enfants. Mais j’ai passé une bonne partie de mon enfance à Lyon où nous sommes venus vivre dès 1952.
L’origine de votre passion pour la médecine ?
Mon oncle, Jean Devaux, était un grand chirurgien parisien. Résultat, dès l’âge de 6 ou 7 ans, j’étais décidé à devenir chirurgien. Voilà comment après mes études au lycée du Parc, j’ai fait médecine à Lyon. Puis j’ai fait mon internat au début des années 60. Mais à l’époque, il n’y avait pas de chirurgiens spécialisés dans le digestif, l’orthopédie, la cardiologie... J’ai donc travaillé auprès de grands patrons qui formaient l’école lyonnaise : Pierre Wertheimer, Pierre Bertrand ou encore Paul Santy, le plus grand chirurgien lyonnais du XXe siècle. Je me suis alors passionné pour la chirurgie vasculaire, puis pour l’orthopédie, la chirurgie pulmonaire et même la gynécologie. Puis en 1966, après une année de service militaire, je suis revenu pour la Médaille d’Or, c’est-à-dire une cinquième année d’internat qui était réservée à un seul étudiant par promotion. Et j’ai travaillé dans le service d’urologie de Jean Perrin puis avec Jacques Francillon à Edouard Herriot où je suis devenu assistant en 1966. J’ai alors été nommé chirurgien de garde. Ce qui a été déterminant.
En quoi cette nomination a été déterminante ?
Parce que je me suis retrouvé face à de nombreuses situations d’urgence avec des patients victimes de maux de ventre aigus. Or à l’époque, il n’y avait pas de scanner, ni d’examens biologiques précis... Donc il fallait ouvrir le malade pour établir le diagnostic. Résultat, on opérait certains patients pour rien ! Avec tous les risques de mortalité que cela impliquait. Et ça, ça me scandalisait. J’ai donc décidé d’appliquer un examen jusque-là réservé à la gynécologie et créé en 1900 : la coelioscopie.
En quoi consistait cet examen ?
En gynécologie, il s’agissait de réaliser de toutes petites incisions dans la cavité abdominale et de la gonfler avec du gaz pour bien voir. Car après la guerre, de nombreuses femmes étaient devenues stériles suite à des tuberculoses ou des maladies sexuellement transmissibles. Donc un médecin parisien d’origine suédoise, Raoul Palmer, avait décidé d’utiliser cette technique pour réaliser ses diagnostics. Mais cet examen était cantonné à la gynécologie, une discipline que les chirurgiens méprisaient. Je me suis alors rapproché de deux grands gynécologues lyonnais, Yves Rochet et Michel Cognat. Puis en 1968, j’ai mis la cœlioscopie en pratique pour écarter un diagnostic d’appendicite.
Comment ces tentatives ont été perçues ?
Très mal. Pour mes confrères chirurgiens, c’était une aberration. En effet, quand on opère, l’essentiel, c’est de voir clair. Et pour ça, la règle, c’est d’ouvrir large. D’ailleurs, on disait à l’époque : les grandes incisions font les grands chirurgiens. Résultat, on m’a marginalisé en me traitant de gynéco ! Donc en mai 1968, j’ai quitté l’hôpital public pour m’installer dans le privé et continuer mes cœlioscopies. J’ai d’ailleurs créé à cette époque la clinique de la Sauvegarde dans le 9e arrondissement.
La cœlioscopie s’est alors développée ?
Pas du tout ! J’étais même le seul à y croire ! Car c’était une intervention très compliquée. Il fallait regarder par un petit trou, utiliser des instruments spécifiques, avec une faible mobilité... Ce qui exigeait beaucoup d’adresse. Mais j’ai persisté car j’évitais ainsi de nombreuses opérations inutiles, j’améliorais le confort du patient... J’ai même calculé que si tous les chirurgiens avaient utilisé la cœlioscopie face à des symptômes d’appendicite, la sécu aurait économisé 6 milliards de F par an !
Quand avez-vous réalisé votre première opération chirurgicale par cœlioscopie ?
En mars 1972, sur un garçon de 18 ans qui avait une occlusion intestinale. Au cours de mon observation par cœlioscopie, j’ai décidé de couper la bride qui serrait l’intestin, ce qui a guéri mon patient, sans avoir besoin de l’ouvrir. Une première. Puis en 1983, j’ai réussi une première appendicite sous cœlioscopie. J’étais très fier. Mais toujours aussi isolé. Car on me prenait pour un illuminé. J’ai d’ailleurs appris par la suite qu’un chirurgien allemand qui pratiquait la cœlioscopie comme moi avait dû passer une radio du crâne car ses confrères le croyaient fou ! En tout cas, les patients et les médecins généralistes, eux, ont bien compris l’intérêt de cette technique. Grâce à la cœlioscopie, le diagnostic était précis et rapide, ce qui permettait des traitements mieux adaptés. Résultat, ma clientèle s’est rapidement développée.
Quand la chirurgie par cœlioscopie a fini par être reconnue ?
En 1987, parce que j’ai réussi une première mondiale : enlever une vésicule biliaire par cœlioscopie. C’était une jeune femme qui était venue pour un kyste aux ovaires et qui m’a demandé de l'opérer de la vésicule en même temps. Ce n’était pas prémédité, mais comme l’opération se déroulait bien, j’ai essayé et ça a marché. On m’a dit à Lyon que j’étais complètement “barjo”. Mais un an plus tard, j’ai été invité à un forum scientifique. Et ça a été un déclic.
Ce qu’a changé ce congrès pour vous ?
J’ai présenté une vidéo de mes différentes cœlioscopies à une assemblée de chirurgiens. Et ils sont tous restés sans voix. Certains pensaient même à une escroquerie. Mais plusieurs confrères, dont le Lyonnais Jacques Baulieux, m’ont soutenu. Et à partir de là, je suis devenu crédible. D’autant plus que la technique a suivi avec la cr&e



Tags : mouret | mort | coelioscopie |

Commentaires 6

Déposé le 12/11/2014 à 22h42  
Par RAyB. Citer

J'ai eu la chance et l' honneur de faire la connaissance de ce grand homme ,humble mais banni par ses pairs car il etait en avance sur son temps. J' ai eu de grandes conversations avec lui. Et, j'ai compris avec lui combien le monde Scientifique peut etre cruel au nom d' un esprit de cartesianisme qui peut rimer avec integrisme.
Dommage que sa reconnaissance soit posthume.
Apres s' etre approprie de son savoir-faire, il a ete "excmm
unie". Mais, reconnu a quelques mois de sa diparition.
Quel gachis!

Déposé le 08/06/2014 à 12h49  
Par emaburger Citer

Grace à une coelioscopie très complexe pour adhérences j'ai pu vivre une véritable renaissance le 11 Mai 1989.
MERCI

Déposé le 28/06/2013 à 13h30  
Par Manon Citer

Il a sauver la vie de ma mère grâce a une cœlioscopie en 1979, une des premières! je lui en suit très reconnaissante !

Déposé le 17/06/2013 à 01h25  
Par Maud M Citer

Exilé....... il vivait en France mais opérait un peu à l étranger..... je sais de quoi je parle je suis rien d autre que sa fille.

Déposé le 18/02/2012 à 22h27  
Par mo Citer

Qui est l'auteur de l'article?

Déposé le 12/02/2011 à 00h34  
Par Henri P Citer

Sophie, Pas la moindre trace de passage à Clermont-Ferrand comme vous le pensiez chez cet homme qui a fait tout son cursus médical à Lyon, qui a été assitant dans un service d'HEH où j'ai été externe en 1967, un an avant son "invention". Ceci en rapport avec une ancienne conversation avec vous, lisez-plutôt. Secondairement vôtre Henri Plauchu

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