11-12-2007

Témoignage : “Pourquoi je cache des sans-papiers”

Institutrice et mère de trois enfants, Sylvie héberge dans le Val de Saône des demandeurs d’asile, dont la famille Ali avant son expulsion le 17 novembre.

“Je m’appelle Sylvie, j’ai 47 ans et trois filles de 12, 18 et 20 ans. Institutrice en maternelle, j’ai toujours eu une fibre sociale. D’ailleurs, je suis engagée dans la MJC locale, les parents d’élève de la FCPE... Et Il y a un an, j’ai adhéré au Réseau Education Sans Frontières, qui milite pour le soutien et l’accompagnement des jeunes scolarisés sans papiers, et de leur famille bien sûr. Je n’avais jamais été sensibilisée à cette cause, et j’ai découvert l’existence à deux pas de chez moi d’un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile.
C’est à cette occasion que j’ai rencontré deux familles de sans-papiers. Comme leur demande d’asile avait été rejetée, elles étaient expulsées du CADA et se retrouvaient à la rue. Je me suis alors engagée dans ce combat en participant à des manif, en créant une antenne RESF sur Rillieux-Val de Saône.... Mais surtout, j’ai me suis attachée à ces familles. Au point, un jour, d’en accueillir une chez moi.
Tout à commencé fin juin. Ce jour-là, c’était la fête de l’école de ma commune où une famille de bosniaques avaient un de ses deux enfants de 3 ans scolarisé. Comme mes filles étaient chez leur père pour le week-end, je les ai emmenés chez moi. Je n’ai pas réfléchi. Je ne pouvais tout simplement pas laisser ces enfants dormir dehors ou dans un foyer de SDF ! Puis cet été, j’ai prêté mon appartement pendant trois semaines à la famille albanaise Ali. Quand je suis revenue de vacances, je n’avais jamais vue mon appart aussi nickel ! Et ils continuaient à laver leur linge au centre d’accueil pour m’éviter des dépenses supplémentaires. Bref, ces familles sont vraiment adorables. Elles cherchent toujours à remercier à leur façon, en offrant un café, des fruits, des gâteaux...
Depuis la rentrée, ma fille aînée habite dans un studio en ville. Du coup, je peux héberger de manière plus permanente des demandeurs d’asile. En octobre-novembre, j’ai hébergé une famille angolaise avec un petit de 3 ans. La mère qui est prête à accoucher a 20 ans. Elle a été violée et emprisonnée dans son pays. Notre principale préoccupation, c’est de leur trouver un logement durable. On active donc notre réseau. Mais la paroisse de ma commune est assez active et c’est souvent grâce à elle qu’on trouve des propriétaires qui mettent un logement vide à notre disposition.
Je suis divorcée depuis 10 ans, et célibataire ce qui quelque part, facilite les choses. Au quotidien, la cohabitation était parfois difficile avec cette famille angolaise qui parle à peine le français. Surtout pour mes filles qui ont des devoirs à faire le soir. Mais elles me soutiennent dans ma démarche. Dans mon 5 pièces de 130 m2, on est souvent un peu à l’étroit, surtout que la cuisine n’est pas grande. Le soir, on mange tous ensemble, souvent ce sont eux qui font la cuisine, c’est une manière de me rendre service en retour. Avec mes voisins, il n’y a pas de problème. A chaque fois que je fais signer des pétitions pour, ils signent, et proposent leur aide. Bien sûr, il y a toujours des gens dont on se méfie un peu. Financièrement, ce combat me coûte aussi. Surtout en téléphone, en essence, et quand les familles sont déboutés, ils n’ont plus d’aide sociale, donc il y a les tickets de bus à payer, les vêtements...Quand les Ali étaient au centre de rétention de Saint-Exupéry, la première semaine j’y allais tous les jours après le travail.
J’ai tissé des liens très fort avec ces familles, notamment avec les Ali. J’ai découvert des histoires très fortes, de gens qui ont dû quitter leur pays, leur famille... Et qui souvent ont été maltraités.
Les risques, je commence seulement à en avoir conscience car il y a de plus en plus de procès. On risque de la prison ferme, alors qu’on est pas des délinquants ! Mais le plus grand risque pour moi serait une condamnation inscrite sur mon casier judiciaire. Comme je suis fonctionnaire, je pourrais perdre mon travail. Ou une grosse amende que je n’aurais pas les moyens de payer, car je ne suis même pas imposable. Il y a quelques semaines, j’envisageais sérieusement de partir en retraite anticipée pour avoir plus de temps pour les familles, car je n’en peux plus de courir tout le temps. Puis j’ai réalisé que ça n’était pas la solution. Car mes élèves sont une bouffée d’oxygène après des coups durs comme l’expulsion des Ali.
C’est une question humaine qui dépasse la politique. D’ailleurs, parmi les soutiens de la famille Ali, il y avait des gens de tous bords. Laisser un mois un couple avec deux enfants en bas âge dans un centre de rétention, c’est scandaleux ! C’est à cause de cette fameuse liste de “pays sûrs”. Mais non la Bosnie n’est pas sûre pour les musulmans, et l’Albanie non plus pour certains opposants. La justice met systématiquement en doute l’authenticité des preuves en réclamant des originaux. Comme s’ils pouvaient retourner chez eux pour aller chercher des papiers !
Si je ne dévoile pas mon nom, ce n’est pas par crainte de poursuites judiciaires. Je participe à toutes les actions de RESF donc les RG ont dû faire leur travail ! Je crains plus les extrémistes que la police. Récemment, j’ai reçu des appels anonymes et c’est ma fille de 12 ans qui a décroché. Mais c’est aussi pour protéger la famille que j’héberge actuellement. Leur avocat ne veut pas les exposer. Car dans le cas des Ali, la mobilisation a peut-être nui à leur cause. Car le préfet a voulu montrer que dans le bras de fer avec RESF, c’est lui qui avait le dernier mot.
Si je témoigne aujourd’hui, c’est pour montrer que ces sans-papiers ne sont pas dangereux. Aujourd’hui, on parle d’immigration choisie, on pense économie. Mais ces familles n’ont pas choisi d’émiger en France pour trouver un travail, mais parce qu’elle étaient en danger dans leur pays. On confond les clandestins et les demandeurs d’asile. D’ailleurs, depuis que les Ali sont retournés à Tirana en Albanie, ils doivent vivre cachés.
C’est dur de continuer à espérer pour les autres familles depuis l’expulsion des Ali. D’ailleurs, je suis fatiguée. En ce moment, je craque. Mais je n’arrive pas à décrocher car on est dans l’urgence perpétuelle. Il y a toujours quelque chose à faire, les aller-retours en voiture pour les accompagner dans leur démarche, aller au tribunal...
Mes collègues de travail sont tous au courant. Et ils me soutiennent. Après l’arrestation des Ali, je n’ai pas pu aller à l’école de la matinée, mais ils se sont débrouillés. Ma famille comprend également mon engagement, même si je n’ai plus le temps de la voir. Heureusement que mes filles vont bien et se disent “fières” de leur maman. Même si la plus âgée me reproche parfois de ne plus parler que de ça. Alors que la plus jeune est très impliquée. D’ailleurs elle avait parrainé symboliquement les enfants des bosniaques. Elle les appelait ses “neveux” et “nièces”. Mais je sais que je dois faire attention car c’est lourd à porter à 12 ans. En fait, on est vite dépassé par les événements. Jamais je n’aurais imaginé que ça prendrait une telle importance dans ma vie.”

Propos recueillis par Aline Royer

 

Commentaire

laeti

bonjour sylvie je trouve que vous etes quelqu'un d'exceptionnelles moi je suis tombe amoureuse d'un albanais il etait en france pour 6 mois avec un visa touristiques car sa soeur habite en france il est reparti mais on se telephone tous les jours car on s'aime je truve aberrantqu''on expulse des gens commeca dans leur pays alors que ce sont des gens chaleureux et qui font tout pour s'integrer je vous souhaite bonne chance dans votre combat et je suis de tout coeur avec vous

leslie

jai aime votre temoignage jaimerais moi aussi accueillir 1 famille abanaise ou 1etudiante albanaise je ne trouve aucun contact la ou je reside a bordeaux je desire apprendre l albanais et vivre dans ce pays qui me tiens a coeur merci de me contacter

CELTE

C'est bien beau tout ça. Vous ne pensez pas que la France est dans une belle "m...." pour s'occuper de toute la misère du monde. Quand je pense que je travaille, donc je cotise et il faut encore que je paie des médicaments qui ne sont pas remboursés pour pouvoir soigner mes enfants, alors que les clandestins et autres réfugiés soi disant politiques bénéficient de la cmu et autres lois socials pour les assités et qu'ils n'ont jamais travaillés. Ils faut arreter.

@souriante

Vous emplyez le mot 'citoyenne' Attention il a un sens ! Définition : La citoyenneté au sens juridique est le principe de légitimité juridique. De manière générale, un citoyen est une personne qui relève de l'autorité et de la protection d'un État et par suite jouit de droits civiques et a des devoirs envers cet État. Chaque citoyen exerce à sa façon la citoyenneté telle qu'elle est établie par les lois et intégrée dans l'ensemble des mœurs de la société à laquelle il appartient.

souriante

bonjour sylvie, je suis trés touchée par votre témoignage , je trouve votre action hummaine et trés noble , car je suis une sans papier et je comprend tout à fait ce qui vivent mes confréres dans la clandestinité, j'ai eu la chance de tomber sur des personnes à grands coeur qui m'ont beaucoup aidé sur tout les plans . je suis entrain de m'en sortir mais je vais continuer à militer pour ce que j'été un jour . citoyenne du monde humain.

Sylvain

Bravo à sylvie pour cette action de solidarité avec ces personnes qui cherchent juste un peu d'espoir dans un pays de 63 millions d'habitants, où l'on peut bien faire une place aux 80 000 sans papiers, mais où ces familles de sans papiers sont un enjeu politique... Sylvain (petit-fils de juifs allemands réfugiés en France avant guerre, puis hébergés et sauvés par une famille de Français durant l'occupation)

charéria

moi aussi je suis très choqué de lire que l'albanie n'est pas un pays sûr!! Je ne peux rien dire sur la Bosnie ou sur l'Angola car je ne connais pas ces pays, mais je peux vous dire qu'en albanie, les opposants politiques ne sont pas menacés. Bien sûr, il y a dans ce pays encore beaucoup de corruption dans la politique et la justice, mais pas à ce point. Il ne faudrait pas oublier que les demandeurs d'asile n'hésitent parfois pas à mentir afin d'obtenir plus facilement un permis de séjour. Des cas, comme le prétend la famille Ali, ont bien existé il y a une dizaine d'années, mais ce n'est plus le cas maintenant! Il faudrait etre un peu moins naif, et comprendre que cette famille espérait simplement une vie meilleur en Europe, car le niveau de vie en Albanie est très bas. Toutefois, c'est vrai qu'en albanie, les gens n'attendent pas que justice soit faite, et l'expression oeils pour oeils, dents pour dents est très présente. Peut-etre c'est de ce coté qu'il faut chercher une raison au départ des Ali de leur pays.

jm

Je suis partagé sur le fait d'une action humanitaire et très humaine ne laissant des gens à la rue et de voir quelqu'un revendiquer une désobéissance civile alors même que cette personne en tant que fonctionnaire est payé pour faire appliqué la loi, et, en tant qu'institutrice sensé l'enseigner ou du moins ses rudiments. On nous parle de lois en matières de sans papiers, je n'y vois dans un sens comme dans l'autre que des fonctionnaires irresponsables appliquant ou n'appliquant pas des lois qu'ils ne comprennent pas au grès des modes et de leurs fantaisies. C'est sans solution. Mais ne vous trompez pas, Sylvie, vous n'êtes pas différente du policier qui arrête un sans papier, même si vous vous persuadez du contraire.

marie

Il ne s'agit pas d'une désobeissance pour se faire plaisir, une désobeissance adolescente mais c'est d'une historie de coeur , Jonathan , projetez devant vous une famille non déléquante qui se retrouve en prison dans un pays qu'elle pensait un pays refuge , le pays des droits de l'homme , qu'est ce que çà vous fait ? merci à lyon mag de publier ce témoignage

COLLECTIF SDF ALSACE - FRANCE

nous sommes ex-sdf depuis peu et sdf en nombre. nous croisons les sans papiers à chaque instant. quoique, il faut l'avouer un peu moins depuis quelque temps. strasbourg est dure avec l'humain, pas de place pour le sensible ici. nous avons compris une chose : en les chassant, en les poursuivant... en les affaiblissant on nous affaibli aussi. ce soir dans mon petit studio j'ai avec moi une jeune femme et son bébé. demain on ira au resto du coeur chercher à manger, il demande rien, il donne. après je ne sais pas. je sais seulement que c'est comme ça. on m'a aidé à sortir de la rue alors moi maintenant j'aide. resf 67 je les connais pas, je crois pas qu'il s'interesse a nous mais c'est pas grave. la elle berce son bébé sa langue c'est comme une mélodie
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