Réunis ce mardi 23 juin à Saint-Priest, les représentants de l'État, de l'Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, des Hospices Civils de Lyon (HCL) et de la municipalité ont officiellement lancé une campagne de sensibilisation destinée à alerter les jeunes sur les dangers de ce produit détourné, dont l'usage détourné continue de progresser.
La campagne, relayée depuis le 22 juin et jusqu'au mois de septembre, s'inscrit dans le cadre d'une mobilisation nationale. Elle intervient alors que les professionnels de santé constatent une augmentation constante des complications liées à la consommation de protoxyde d'azote.
Selon les données présentées par l'ARS, près de 530 patients ont été recensés entre 2021 et 2025 par les centres d'addictovigilance de Lyon, Grenoble et Clermont-Ferrand. Plus de la moitié présentaient des complications graves nécessitant une hospitalisation ou ayant entraîné des séquelles importantes.
"Le protoxyde d'azote est un vrai fléau sanitaire", a alerté Cécile Courrèges, directrice générale de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes. "À l'image très banalisée que ça a, vous avez des risques immédiats : vertiges, étouffement, chutes ou brûlures. Mais surtout des effets à moyen terme qui sont les plus graves, dont une partie peut être irréversible."
La responsable de l'ARS a notamment évoqué des troubles neurologiques pouvant aller "jusqu'à la paralysie", mais aussi des complications cardiovasculaires et des atteintes à la santé mentale telles que l'anxiété ou la dépression.
Une mobilisation locale portée par les jeunes
À Saint-Priest, où les cartouches et bonbonnes de protoxyde d'azote sont régulièrement retrouvées dans l'espace public, la municipalité a choisi d'associer directement les jeunes à cette campagne.

Des membres du Conseil municipal des jeunes et du Pôle Enfance-Famille Garibaldi ont ainsi participé à un travail de sensibilisation auprès de leurs pairs et réalisé une exposition photographique avec le photographe Vincent Delesvaux.

Le maire Gilles Gascon a salué leur engagement : "Il faut du courage pour s'exprimer sur des faits qui touchent leur quartier. Au lieu de détourner le regard, ces jeunes ont choisi d'agir. Aujourd'hui à Saint-Priest, la jeunesse n'est pas uniquement concernée par les problèmes, elle participe également aux solutions."
L'élu a également insisté sur la nécessité d'agir en amont : "Nous avons fait le choix ici de ne pas nous résigner. Deux priorités : la prévention et la responsabilité. La sanction seule ne suffira pas."
Des conséquences parfois irréversibles
Les Hospices Civils de Lyon observent, eux aussi, une augmentation des situations nécessitant une prise en charge spécialisée.
"Les HCL sont les témoins de l'augmentation des conséquences sanitaires", a indiqué leur directeur général Raymond Le Moign. "Une fois que les difficultés apparaissent, ce n'est pas un traitement facile. C'est une prise en charge multidisciplinaire et les séquelles peuvent s'inscrire dans un temps long."
Pour répondre à cette problématique, les HCL ont mis en place depuis fin 2024 une téléconsultation dédiée permettant aux consommateurs ou à leurs proches d'être orientés rapidement vers un parcours de soins adapté. Environ 150 téléconsultations ont été réalisées en un an.
Raymond Le Moign rappelle également que "notre engagement repose sur une conviction simple : la meilleure prise en charge reste celle que l'on n'a pas à réaliser."
Un enjeu de sécurité publique
Au-delà des conséquences sanitaires, les autorités soulignent aussi les risques en matière de sécurité routière et de tranquillité publique.
"C'est un véritable danger pour la sécurité routière", a insisté le préfet de région Étienne Guyot, évoquant notamment plusieurs accidents graves liés à la consommation de protoxyde d'azote. "Le terme gaz hilarant doit être totalement proscrit au vu des risques encourus."
Le représentant de l'État a rappelé que le phénomène touche désormais l'ensemble du département du Rhône. Selon lui, plus de 25 tonnes de bonbonnes ont été collectées sur le territoire de la Métropole de Lyon en 2023.
Face à cette situation, plusieurs mesures de restriction ont été mises en place ces dernières années. La vente aux mineurs est interdite depuis 2021 et plusieurs arrêtés préfectoraux encadrent désormais la détention, le transport ou encore la consommation du produit.
"La réponse ne peut pas être totalement répressive", a toutefois souligné Étienne Guyot. "Il faut faire comprendre que c'est dangereux et que les risques sont permanents. L'union fait la force. Plus nous sommes nombreux, mieux nous y arriverons."
À travers cette campagne, les différents partenaires espèrent justement faire tomber l'image d'un produit prétendument festif et sans danger. "Ce n'est pas un objet de fête ou de joie", a conclu Cécile Courrèges. "C'est un objet dangereux."