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Le pédophile de la Tête d’Or face à la justice

Arezki Maiouch, 34 ans, est jugé du 17 au 19 octobre par la cour d’assises de Lyon pour avoir agressé sept enfants.

Le 20 mars 2005, Mélanie, 5 ans, disparaît au parc de la Tête d’Or alors qu’elle se promène avec sa grande soeur qui alerte aussitôt les gardes du parc. Les recherches ne donnent rien mais le lendemain matin, vers 5h du matin, elle frappe à la porte d’une maison de Saint-Genis-Laval. Identifiée, elle est alors remise à ses parents qui portent plainte pour enlèvement et séquestration.

La police judiciaire de Lyon est chargée de l’enquête. L’affaire provoque une véritable psychose à Lyon car ce parc de 100 ha accueille chaque année deux millions de visiteurs. Mais les indices sont minces pour retrouver le kidnappeur. La petite fille n’a pas été violée mais son agresseur a laissé des traces de sperme sur ses vêtements. La police scientifique va donc établir son profil génétique. Ce qui ne donne rien dans un premier temps car l’agresseur n’est pas répertorié dans ses fichiers. En revanche, la petite fille indique avoir été enlevée par un type portant une barbichette, qui l’a emmenée en bus jusqu’à Saint-Genis-Laval. Avant de lui montrer des films porno tout en se livrant à des séances d’attouchements qu’il prenait en photo.

Deux mois plus tard, les gendarmes de Saint-Genis-Laval arrêtent un exhibitionniste correspondant à ce signalement. Sa petite victime va le reconnaître formellement. De plus, son ADN correspond à celui retrouvé sur les vêtements de l’enfant. Il s’agit d’Arezki Maiouch, 34 ans, qui est aussitôt mis en examen pour enlèvement et séquestration avant d’être incarcéré. Mais les enquêteurs font rapidement le lien avec six autres affaires non résolues où les victimes, toutes de jeunes enfants, ont affirmé avoir été agressées par un petit homme habillé en noir et portant une barbichette. Avec son 1,60 m pour 55 kg et son look gothique, Maiouch a le profil du suspect. D’ailleurs, il va reconnaître assez rapidement les faits. Ce qui va permettre à la juge d’instruction Agnès Vadrot de reconstituer son itinéraire. Né en 1973 à Vaise, dans le 9e arrondissement de Lyon, Arezki Maiouch a une enfance chaotique. Ses parents divorcent alors qu’il n’avait que deux ans. Il vit alors avec son frère et sa soeur chez sa mère mais son père parvient, après trois ans de procès, à en obtenir la garde. Très perturbé, Maiouch va même redoubler trois fois le cours préparatoire ! Avant de devoir attendre 13 ans pour entrer au collège Ferber, toujours à Vaise, où les professeurs ne veulent pas de lui car il sait à peine compter. En 1986, une assistante sociale s’inquiète des mauvais traitements que subiraient Maiouch et son frère. Mais l’enquête de police ne permettra pas de les démontrer. L’assistante sociale relève alors qu’il souffre “de nombreux troubles” et d’un retard de croissance assez marqué. Courant 1990, Maiouch rencontre Jean-Noël, un SDF qui vit alors dans une cabane vers les jardins de l’Observance sur les pentes de la colline de Fourvière. Et qui lui aurait conseillé de fuguer pour être confié à un juge pour enfants et échapper ainsi aux violences de son père.

“Homme de Cro-Magnon”

Un conseil que va suivre cet adolescent alors âgé de 17 ans qui se retrouve en 1990 à la Cité de l’enfance à Bron où il se considère tout d’abord très heureux. “Je me sentais l’homme de Cro-Magnon dans un monde civilisé. C’était le paradis !”, dira-t-il plus tard. Maiouch tente une formation de chaudronnerie à Vaulx-en-Velin qu’il va abandonner au bout de trois mois avant d’essayer, sans plus de succès, de devenir boulanger-pâtissier. Un éducateur qui l’examine à l’époque constate que Maiouch est complexé d’être si petit et qu’il s’est placé dans une logique d’échec. Il fait son service militaire au régiment de chasseurs alpins à Chambéry mais là aussi, ça se passe mal car ses camarades se moquent de lui. A sa sortie, après quelques mois dans la rue, il est recueilli par une association protestante, “les assemblées chrétiennes”, qui l’envoie à Paris où il sera ’hébergé pendant trois ans. Mais il décide de les quitter en estimant qu’il s’agissait d’une secte. Il a alors 22 ans. C’est alors qu’il retrouve sa mère.Mais elle le rejette. Après, son parcours est beaucoup plus flou. Il enchaîne des petits boulots, notamment plongeur dans un restaurant du Vieux-Lyon. Et il a alors un projet : devenir éducateur spécialisé pour les adolescents en difficulté. Un projet qui n’aboutira pas. Difficile de savoir en revanche avec précision quand il commence ses agressions pédophiles. En effet, selon les experts, ces perversions se manifestent très tôt. Lui-même affirme avoir ressenti ces pulsions pédophiles dès l’âge de 14 ans tout en parvenant à les contrôler jusqu’au 18 novembre 2004.

Ce jour-là, Angélique, une jeune mère de famille, récupère ses enfants à la sortie d’une école primaire des pentes de la Croix-Rousse. La plus petite fille fait un caprice. Du coup, sa fille aînée de 7 ans marche devant elle. C’est là qu’elle croise Maiouch qui a décidé de rôder autour des écoles et des parcs pour repérer ses proies. Il la plaque contre un mur et lui impose une fellation. Sa mère, qui s’est rapidement aperçue de sa disparition, les rejoint. Mais Maiouch a le temps de s’éclipser. Sous le choc, la fillette raconte “avoir été abordée par un magicien tout en noir qui lui a demandé de sucer son doigt.” En janvier suivant, Maiouch va faire trois victimes. Tout d’abord deux garçons de 10 et 11 ans, repérés là aussi à la sortie des écoles lyonnaises, à qui il impose, sous la menace, masturbation et fellation. Et chaque fois, il prend des photos avec un petit appareil numérique.

Puis il monte un piège. Apercevant une petite fille qui rentre chez elle un jour de grève des enseignants, il sonne au domicile de la mère en expliquant qu’il vient la chercher pour une activité organisée au centre aéré par son école. Naïve, elle lui confie sa fille. Avant de courir voir la directrice de l’école qui lui explique qu’aucune activité n’a été prévue au centre aéré. Et en rentrant chez elle, elle croise sa fille en compagnie de Maiouch qui réussit une fois de plus à s’enfuir. La petite fille révèle alors qu’il l’a contrainte à se déshabiller et à lui faire une fellation en prenant des photos. Tout en la menaçant de “tuer sa mère” si elle refusait.

“Grande perversion”

Maiouch se serait alors calmé pendant deux mois jusqu’à cet enlèvement au parc de la Tête d’Or suivi de ces agressions le 14 mai à Saint-Genis-Laval qui permettront son arrestation.

Face aux enquêteurs et aux experts qui l’interrogent, ce pédophile adopte une attitude étonnante. Il reconnaît les faits, les regrette en estimant qu’ils sont “horribles”... Mais il affiche un certain détachement en essayant de limiter sa responsabilité. Tout d’abord en insistant sur son enfance malheureuse. Son frère et sa sœur confirmeront d’ailleurs que leur père était violent. Mais Maiouch donne beaucoup de détails invérifiables et même parfois grotesques. Il accuse ainsi sa grand-mère d’avoir mélangé du liquide vaisselle à ses pâtes pour l’empoisonner. Il affirme aussi avoir été tabassé au centre d’apprentissage de Vaulx-en-Velin et d’avoir subi des attouchements sexuels de médecins et d’infirmiers à la Cité de l’enfance à Bron. Des accusations consignées avec beaucoup de prudence par les experts chargés d’étudier sa personnalité. D’ailleurs, il va chercher d’autres arguments pour atténuer sa responsabilité. Ainsi, alors qu’il est examiné par un psychologue, il va citer une phrase du fameux marquis de Sade selon laquelle il est “comme la nature l’a fait” et que si ses actes sont contraires à la loi, on ne peut pas lui en vouloir.

Au final, ces experts ne diagnostiquent aucun problème intellectuel particulier ni maladie mentale. En revanche, ils relèvent des troubles très graves du comportement qui s’expliquent en partie par les violences qu’il a subies dans son enfance. Mais ils soulignent “sa grande perversion” tout en soulignant qu’il est “enfermé dans sa tour d’ivoire”. En conclusion, ils insistent sur la nécessité d’une injonction de soins.

Comment vont réagir les jurés face à ce paumé ? Son avocat, Me Jean-Baudoin Shibaba, va sans doute insister sur son enfance difficile. Mais cela ne va pas forcément les apitoyer car son frère et sa soeur s’en sont sortis. De plus, le débat actuel sur les pédophiles va sans doute encourager la justice à une certaine sévérité. Maiouch risque au maximum 20 ans de prison. “Ce qui frappe dans ce dossier, c’est qu’on a le sentiment qu’on peut tous avoir un enfant victime d’un tel personnage”, souligne Me Cyrille Piot-Vincendon, avocat d’une des parties civiles, en ajoutant ”car chaque fois, il a profité de quelques minutes d’inattention de la famille pour passer à l’acte”.


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