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Le blog du Rédacteur

“Si un boulanger décrétait qu’à partir de demain, il distribuerait des baguettes gratuites, dès le lendemain, ce serait interdit par la commission de la concurrence. Pourquoi dans notre société libérale, il n’y a qu’un produit qui peut être gratuit sans que la commission de la concurrence intervienne pour concurrence déloyale ?” C’est ce qu’affirme Jean-François Kahn, dans une interview tout à fait intéressante qu’il a accordée au Monde ce week-end.

Et, au fond, le patron de Marianne a raison. Car au nom de la modernité, les journalistes ont un peu vite baissé les bras, face à ces gratuits. “Une folie” dit JFK. D’ailleurs, même nous à Lyon Mag, on a salué l’arrivée de ces gratuits à Lyon. Idiot car ce sont des journaux au rabais, sans contenu dont le seul objectif c’est de faire du fric. En plus, ils affichent des audiences bidon, car un gratuit sur deux passe à la poubelle sans être lu. Et ces pseudo audiences leur permettent de vampiriser le marché publicitaire. Ce qui a profondément déstabilisé l’économie des journaux qui proposent un vrai contenu.
Mais ces gratuits ont su vendre leur soupe. En expliquant qu’ils incitaient les jeunes à lire. Alors qu’en fait ils habituent le grand public à la médiocrité. Bref c’est du TF1 sur papier. Mais on sait comment ça finira. TF1 a perdu 10 points d’audience en quelques années. En attendant, TF1 a formaté les cerveaux pour vendre du Coca, comme disait son ancien pdg. Toujours plus nul, plus vulgaire...

Dans cette interview, Jean-François Kahn dénonce aussi la presse “payante”. Conformiste, tellement conformiste. Toujours d’accord avec la pensée dominante, le pouvoir en place. Incapable de provoquer des débats, des polémiques. Une presse formatée que les gratuits ont facilement gobée.
Et là encore il a raison. Kahn estime que les journalistes doivent faire des efforts pour être plus impertinents, plus provoc... Et il va même plus loin en les incitant à écrire plus simple, plus attractif... Mais on sent que ce littéraire fait cet aveu à contre cœur. Dommage car la force de l’écrit, ce n’est d’abord pas le style. Mais la méthode. Car l’écrit permet d’informer les gens en leur laissant un espace de liberté, pour réfléchir, relire, discuter... Alors que les médias dits modernes, notamment l’audiovisuel, brutalisent souvent les esprits, en jouant sur la rapidité, les émotions, le sensationnel. En tirant les esprits vers le bas.

D’ailleurs, le problème des journaux,
c’est qu’en théorie ce sont des entreprises comme les autres qui doivent gagner de l’argent. Et au minimum ne pas en perdre. D’autant plus que produire un bon contenu, ça coûte cher, très cher. Et pourtant, les journaux ne sont pas des entreprises comme les autres. Car un journal contribue à former l’opinion. D’où la nécessité d’avoir une presse indépendante, propre et pluraliste. Pas facile car une crise profonde secoue aujourd’hui la presse qui a de moins en moins de lecteurs, de moins en moins de pub... Vu qu’elle n’a pas su s’organiser face à l’arrivée des nouveaux médias, notamment les gratuits, le net...
Résultat, la presse est frappée par une crise du genre de celle qui a frappé le textile dans les années 70 ou la sidérurgie dans les années 80. Mais au fond c’est marrant, alors que les hommes politiques à droite comme à gauche se sont mobilisés pour le textile et la sidérurgie, la presse ils ont l’air de s’en foutre. Etonnant surtout quand on sait que tous ces hommes politiques sont fascinés par la presse. Tout ça pour dire qu’il y a urgence. On ne peut pas continuer à foncer dans le mur en sifflotant, l’air de rien. Car la presse dans une démocratie, c’est essentiel. Mais le problème c’est que les politiques ont pris de mauvaises habitudes avec la presse. Leur fantasme c’est souvent de la neutraliser car c’est un contre-pouvoir qui les gène. Et de façon inconsciente, ils se disent que cette crise va permettre de calmer la presse. Mauvais calcul car le syndicat du fric a déjà pris le contrôle de la plupart des grands médias alors que dans l’ombre ils sont prêts à dévorer les derniers médias indépendants. Et, un jour forcement, on le payera cher.

Vous avez vu, j’ai consacré mon blog tout entier à une simple interview. C’est aussi ça la force de l’écrit. Car cette interview, je l’ai lue, annotée, relue... Et j’en ai discuté autour de moi. Rien à voir avec une émission de télé-réalité qu’on avale tout rond sans réfléchir. Rien à voir avec ces gratuits qu’on feuillette avant de les balancer dans la première poubelle. D’ailleurs, dans Le Monde que je lis depuis plus de 30 ans et qui m’agace si souvent, je suis tombé ce week-end sur un édito du directeur Eric Fottorino qui évoque la crise que doit aujourd’hui affronter ce quotidien. Je n’ai pas tout compris à cette embrouille, mais au fond, comme toute la presse écrite, Le Monde perd de l’argent. Et tapis dans l’ombre, le syndicat du fric attend de pouvoir en prendre le contrôle pour imposer sa loi. Et le directeur du Monde explique tout simplement qu’il est décidé à se battre pour que le Monde reste “un journal de journalistes”. Tout est dit. Dans la crise actuelle qui secoue la presse, il ne faut pas oublier l’essentiel : informer c’est un métier, complexe et sensible. Voilà pourquoi les journalistes et les journaux doivent être protégés. C’est vrai pour Le Monde. mais aussi pour Lyon Mag et tant de médias qui aujourd’hui se battent pour passer le cap de cette crise. Et la seule solution, c’est que chacun prenne conscience du problème. Avant qu’il ne soit trop tard.

Allez, à jeudi prochain, je vous donnerai des news de Lyon Mag qui est aujourd’hui en sauvegarde. Toute l’équipe est mobilisée. D’ailleurs, on a bouclé ce week-end un super numéro de janvier qui sort mercredi. En attendant, n’hésitez pas à réagir à ce blog en envoyant vos mails. Bonne année à tous ceux qui rentrent de vacances aujourd’hui. Et surtout courage !



Tags : kahn |

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