Le procès qui a débuté ce lundi 18 mai devait durer toute la semaine au tribunal correctionnel de Lyon. Mais dès les premières heures d’audience, les débats se sont tendus autour d’un personnage aussi discret que central : un indicateur de la police suisse et française, poursuivi dans le dossier aux côtés des autres prévenus.
Au total, huit hommes étaient présents à l’audience. Tous comparaissaient libres dans cette affaire, même si trois d’entre eux sont actuellement détenus dans d’autres dossiers. Un neuvième prévenu manquait à l’appel : cet informateur.
Selon les éléments évoqués à l’audience, H.I. avait fait la connaissance de Mohamed D. lors d’une précédente incarcération. Un passé partagé qui aurait facilité le retour au contact entre les deux hommes plusieurs années plus tard.
Pour renforcer encore davantage la confiance du braqueur présumé, l’indicateur aurait proposé ses services alors que Mohamed D. recherchait un intermédiaire capable de l’aider changer d’importantes sommes d’argent liquide via des bureaux de change. Informé de cette démarche, l’officier traitant suisse d’H.I. aurait autorisé cette approche afin de permettre à la source de consolider sa crédibilité auprès du groupe ciblé par les enquêteurs.
Les prévenus sont soupçonnés d’avoir préparé l’attaque d’un fourgon de transport de fonds près de Genève, avant d’être interpellés en octobre 2019 dans un bois de Collonges, dans l’Ain juste avant le passage à l'acte présumé. Les enquêteurs avaient alors découvert sur place des armes, des explosifs, des cagoules et plusieurs véhicules volés.
Mais derrière ce projet de braquage, la défense pose depuis des années la même question : cet indicateur a-t-il simplement renseigné les policiers ou a-t-il lui-même soufflé l’idée du projet ?
L’audience a rapidement basculé lundi en fin d’après-midi lorsque l’avocate Florence Vincent, qui défend Mohamed D., présenté comme l’un des leaders présumés du groupe, s’est interrogée sur l’organisation des débats.
Dans un entretien accordé à LyonMag après l’audience, l’avocate explique : "Nous, on a initialement contesté le plan d'audience. Car il avait été organisé en fonction de citations de témoins de la part du parquet."
Selon elle, le parquet avait prévu de faire intervenir dès le lundi matin plusieurs policiers, dont "les deux chefs de service de l'OCLO, ainsi qu'un policier suisse". Une organisation contestée par la défense. "En correctionnel, si des témoins peuvent être cités, ils ne peuvent être entendus qu'après que les prévenus aient été entendus eux-mêmes", rappelle Me Florence Vincent.
Après une première suspension, les débats ont repris mardi matin. Mais un nouvel incident procédural est venu tout bouleverser.
Le parquet avait prévu de faire entendre "la taupe" en visioconférence. Une procédure immédiatement contestée par les avocats. "Ce que l'on a contesté, c'est la mise en place d'une visio qui ne peut l'être pour un prévenu […] que s'il était détenu, ce qui n'est pas son cas", détaille l’avocate.
55 000 euros pour collaborer
La défense assure également ne pas avoir été averti dans les délais réglementaires de cette organisation. Le tribunal avait ainsi finalement annulé cette visioconférence. Mais aux côtés de Florence Vincent, Mes Enguerrand Bagot, Bertrand Sayn et Philippe Scrève ont, eux aussi, contesté cette décision. Les avocats sont allés plus loin en réclamant la présence physique de cet indicateur. Une demande rejetée par le tribunal.
"Nous, on a souhaité la présence de la taupe, en considérant que c'était quand même un élément central pour ne pas dire essentiel du débat", insiste Me Florence Vincent.
Les avocats ont alors décidé de faire appel. Dans l’attente de l’examen de ce recours, le tribunal logiquement choisi de reporter l’intégralité du procès au mois d’octobre 2027.
Au cœur du dossier, la défense continue de dénoncer une possible "provocation" policière. Selon elle, cet indicateur ne se serait pas contenté d’observer le groupe. "Nous on dit que c'est une provocation de la part du témoin. C'est-à-dire que c'est lui qui apporte le truc", affirme Florence Vincent.
L’enjeu est désormais de comprendre précisément la chronologie des faits et le rôle exact joué par cet homme, ancien braqueur devenu source pour la police depuis près de dix ans. Selon les éléments évoqués au cours des débats, H.I aurait perçu près de 55 000 euros pour sa collaboration avec les enquêteurs. Une somme qui aurait été versée en partie par les autorités suisses, mais également par la police française.
"Lui évidemment quand il est entendu, il dit quand même qu'il n'est intervenu que sur ordre des policiers suisses", souligne l’avocate, avant d’ajouter : "il dit qu'en réalité ce projet, nos clients l'avaient déjà avant qu'il arrive, ce que nous, on conteste."
La défense regrette surtout de n’avoir jamais pu confronter directement cet homme pendant l’instruction. "De fait aucune question de la défense ne lui a été posé", déplore Me Vincent, qui estime que "sa présence et la confrontation s'imposent."
Reste également la question de la protection accordée à cet indicateur, dans un contexte particulièrement sensible. "C'est sûr qu'il a un positionnement qui est un peu compliqué pour lui", reconnaît l’avocate, tout en rappelant son profil : "C'est un ancien braqueur, c'est un mec qui a déjà un gros casier."
De son côté, Me Bruno Rebstock, avocat d'H.I a regretté l’absence de véritable statut de repenti en France, estimant que ce vide juridique entretient une zones grises autour des collaborateurs de justice.
"En France on invite beaucoup les gens à dénoncer, à faire même de la délation dans les dossiers […] mais derrière, le régime et les textes ne sont pas encore vraiment protecteurs et applicables", rappelle encore Me Florence Vincent.
Le procès doit à présent reprendre dans un peu plus d'un an.
Oui il s’appelle Hermann
Signaler Répondreil faut les envoyer à Cayenne.
Signaler RépondrePrénom à connotation suisse
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