Lyon 2 : Mathys ou les dangers de Parcoursup

Lyon 2 : Mathys ou les dangers de Parcoursup
Mathys - LyonMag

Presque impossible de distinguer Mathys des autres étudiants qui parcourent, pressés ou pas, les allées de l’Université Lyon 2, sur le campus de Bron.

Mais si vous voulez écouter son histoire, il suffit de lui demander de vous raconter ce qui le distingue un peu de ses camarades. C’est ce qu’il appelle son "année blanche" et comment il a failli ne jamais faire partie des étudiants qui - tout comme lui aujourd’hui – quittent une bibliothèque universitaire vieillotte pour suivre un cours d’amphi.

Mars 2018. Maths et sa terminale S du lycée Marcel Sembat sont les premiers – avec le reste de la France - à expérimenter Parcoursup. Adieu APB et les vœux que l’on classe, c’est le début des vœux sans classement. Mathys choisit fac de psycho à Lyon 2, à Metz et à Saint-Etienne, plus le portail Institutions et Société de l’Université Lyon 2 (qui permet de suivre des cours de droit, science politique, macroéconomie, structures sociales, en première année puis de se spécialiser dans un de ces choix).

Son dossier n’est sans doute pas idéal. Victime de harcèlement en classe de première il a dû la redoubler. Ses profs l’ont soutenu, "mais derrière ça ne suivait pas". C’est peut-être aussi comme ça que les matières scientifiques ont commencé à moins l’intéresser, et les Lettres davantage : "mes deux profs de Français se sont vraiment donnés à mort pour me protéger en faisant des rapports et en réussissant à faire prononcer de l’exclusion contre les élèves qui me harcelaient".


Il n’empêche, le choc est rude : mai 2018, les premiers résultats Parcoursup tombent. Et Mathys et toute sa classe n’obtiennent aucun "oui" à leurs vœux. Tout le monde est en attente. Mathys ne panique pas mais s’inquiète tout de même : "j’étais 500e sur la liste d’attente en mai, mais toujours que 250e en juillet après les résultats du bac".


Toutes les vacances, Mathys les passe à espérer voir sa place dans le classement remonter tout en occupant un emploi dans la gestion d’exploitation dans le transport de personnes en situation de handicap. Mais fin août 2018 son rang de classement sur Parcourup n’a pas bougé.


Paniqué, Mathys appelle la commission d’accès à l’enseignement supérieur mise en place au Rectorat qui pense pouvoir lui donner des nouvelles début septembre. Il se rend même à la commission ce qui l’oblige à poser une journée de congé : "Ils ont été très compréhensifs mais ils ne m’ont proposé que des choses qui ne m’allaient pas : comme PACES (études de médecine ndlr) ou des études en Histoire. Ils m’ont dit qu’ils allaient écrire à Lyon 2 en psychologie, mais il n’y avait plus de place. Et à Metz, forcément, étant Lyonnais je n’étais pas prioritaire".

La rentrée universitaire se rapproche, Mathys n’a toujours pas de solution. Ses parents lui conseillent d’accepter le contrat en CDD que lui propose le patron de l’entreprise de transports de personnes où il donne satisfaction : "Ma mère m’a dit que ça étofferait mon CV. J’ai démissionné de tous mes vœux Parcoursup".

Toute l’année 2018-2019 Mathys va donc occuper des emplois à temps partiels, dans l’animation de temps péri-scolaire ou des équipes d’entretien. Mais il ne perd pas espoir en Parcoursup. Il se réinscrit sur la plateforme, accompagné par ses anciens enseignants de lycée avec qui il a gardé contact. Il refait les mêmes vœux : psychologie et Institutions et Société à Lyon 2, mais augmente la liste : Toulouse en psycho et Lyon 3 en Droit.

Le coup au moral est d’autant plus rude avec les premiers résultats qui tombent en mai 2019 : il est 2500e sur la liste d’attente. Premier espoir pourtant en juin : Mathis est accepté en psychologie à Metz. Mais il se rend compte que, financièrement, des études loin de son domicile familial seront difficiles : il renonce à son voeu. Trois jours avant les résultats du bac 2019 il est réveillé par un SMS lui enjoignant de se connecter. C’est la libération : Lyon 2 est prêt à l’accueillir en Institutions et société.

Septembre 2019 :  Mathys fait sa rentrée, s’intéresse particulièrement aux cours de sociologie et de Droit et s’inquiète un peu de son semestre de microéconomie. C’est un étudiant comme les autres, peut-être un peu plus conscient que les autres de la chance qu’il a.

@lemediapol

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15 commentaires
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Time le 24/10/2019 à 11:39
Bonjour a écrit le 24/10/2019 à 11h15

Il vaut mieux être un chômeur diplômé qu’un chômeur sans diplôme, on s’en tire mieux quoiqu’on en dise...

Je suis d'accord avec ce que vous dites.
Après cela dépend des personnes.
J'ai une amie qui n'a pas le bac et depuis 20 ans elle fait des petits boulots à droite à gauche (caissière, femme de ménage).
Quand elle se retrouve au chômage, assez vite elle retrouve autre chose.
J'ai une autre amie qui a bac + 3 et qui s'est retrouvée au chômage il y a 5 ans. Depuis elle n'arrive pas à retrouver un travail dans sa branche malgré son diplôme et son expérience d'une vingtaine d'années.
Au bout du rouleau, elle a décidé finalement d'accepter n'importe quel boulot mal payé et du coup elle fait le même travail que mon autre amie qui n'a pas le bac.

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Bonjour le 24/10/2019 à 11:15

Il vaut mieux être un chômeur diplômé qu’un chômeur sans diplôme, on s’en tire mieux quoiqu’on en dise...

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Mimi26 le 23/10/2019 à 11:41

Après une inscription sur parcoursup dans 29 écoles d infirmières, je n ai pas été prise, donc je commence une année blanche, avec le moral au plus bas malgré le bac avec mention assez bien et une bourse aux mérites obtenues par la région...
Bien sûr je vais me remettre sur parcoursup l année prochaine, en ajoutant mes inscriptions au concours d aide soignante et mes petites expériences en plus,..., mais ce sera sûrement la même galère !!!
Vu l affluence à cette formation

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Dam le 23/10/2019 à 11:35
Unélèvedel'IUT a écrit le 23/10/2019 à 08h59

La fac de lyon2.. heureusement qu'il y a l'IUT Lumière juste à côté pour relever le niveau

En tant qu'ancien élève de cet IUT, je peux vous dire que ces formations enseignées au rabais ne relèvent pas vraiment le niveau..

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JabyRacob le 23/10/2019 à 09:53
Mano93190 a écrit le 23/10/2019 à 02h29

Ça donne de l'espoir j'ai rien cette année et j'ai tellement envie de me suicider tout les matins tout les soirs je veux étudier bref merci pour le témoignage

Bon courage. Essayez malgré tout de profiter de cette année pour consolider votre projet professionnel ou encore partir à l'étranger, vous vous rendrez compte une fois dans la vie active que votre année n'aura pas été perdue loin de là.

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JabyRacob le 23/10/2019 à 09:46

Je ne remets pas en cause ce principe. Seulement on parle de "dangers" liés à Parcoursup. Je pense simplement que Parcoursup n'a rien à voir avec ça. Que la critique devrait s'orienter plus sur le nombre de places disponible et leur répartition dans les filières. Ce qui est rageant c'est le taux de présence dans les facs en fin de 1ère année pas la mise en place d'un logiciel de sélection.
Tout le monde est censé avoir accès à l'école supérieure et ce jeune homme l'a eu l'accès, en quoi le principe n'est pas respecté ?

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Unélèvedel'IUT le 23/10/2019 à 08:59

La fac de lyon2.. heureusement qu'il y a l'IUT Lumière juste à côté pour relever le niveau

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Mano93190 le 23/10/2019 à 02:29

Ça donne de l'espoir j'ai rien cette année et j'ai tellement envie de me suicider tout les matins tout les soirs je veux étudier bref merci pour le témoignage

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Marchepucreve le 23/10/2019 à 00:10
JabyRacob a écrit le 22/10/2019 à 16h06

Après lecture je n'ai pas bien compris en quoi Parcoursup est dangereux. Ce jeune homme n'a malheureusement pas eu de place la première année et en a trouvé une l'année suivante. Le nombre de places étant limité, il y a forcément des jeunes qui n'ont pas ce qu'ils souhaitent. Sans parler des possibles bienfaits d'une année "blanche" bien utilisée, la responsabilité de ces situations semblent plus due à la répartition des places disponibles dans les filières et au non développement du parc universitaire français qu'à un logiciel de sélection

Tout le monde est sensé avoir un acces a l’ecole superieure publique.
Vous avez déjà enterré ce principe ?

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Zig le 22/10/2019 à 23:23
AlainM a écrit le 22/10/2019 à 15h21

Un futur chômeur de plus ...

On n'est potentiellement pas plus chômeur avec un diplôme que sans diplôme...

Qui peut le plus peut le moins.

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Inutile le 22/10/2019 à 19:15

De l inutilité de la fac ... perte de temps et argent . A transformer en habitations et lieux de rencontre ...

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IM11-13 le 22/10/2019 à 17:38
JabyRacob a écrit le 22/10/2019 à 16h06

Après lecture je n'ai pas bien compris en quoi Parcoursup est dangereux. Ce jeune homme n'a malheureusement pas eu de place la première année et en a trouvé une l'année suivante. Le nombre de places étant limité, il y a forcément des jeunes qui n'ont pas ce qu'ils souhaitent. Sans parler des possibles bienfaits d'une année "blanche" bien utilisée, la responsabilité de ces situations semblent plus due à la répartition des places disponibles dans les filières et au non développement du parc universitaire français qu'à un logiciel de sélection

Exactement, on était prêt à lui rendre service en l'empêchant d'aller dans une filière bouchée (d'autant qu'il avait un emploi) mais il a insisté.

J'aimerais avoir une suite à cet article dans 5-6 ans pour savoir à quel Pôle Emploi sera rattaché Mathys. Lyon ou Metz?

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JabyRacob le 22/10/2019 à 16:06

Après lecture je n'ai pas bien compris en quoi Parcoursup est dangereux. Ce jeune homme n'a malheureusement pas eu de place la première année et en a trouvé une l'année suivante. Le nombre de places étant limité, il y a forcément des jeunes qui n'ont pas ce qu'ils souhaitent. Sans parler des possibles bienfaits d'une année "blanche" bien utilisée, la responsabilité de ces situations semblent plus due à la répartition des places disponibles dans les filières et au non développement du parc universitaire français qu'à un logiciel de sélection

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AlainM le 22/10/2019 à 15:21

Un futur chômeur de plus ...

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CaractereInformatif le 22/10/2019 à 15:12

C'était vraiment très intéressant.

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