Le 31 janvier dernier, Théo est presque battu à mort par un groupe de sept adolescents pour la troisième fois, mais cette fois-ci, cela se passe dans le hall de son immeuble, situé dans le quartier de Gerland. Depuis, sa vie est en pause.
Il suffit de visionner les images de cette agression pour imaginer les blessures du jeune homme de 20 ans. Et même 8 mois plus tard, des séquelles apparaissent encore : "On a récemment découvert qu’il avait été violemment touché à la mâchoire, mais on ne peut pas voir de spécialiste avant septembre prochain", illustre, entre autres, sa mère, Florence. Depuis cette récidive, Théo a quitté son appartement lyonnais, et est en arrêt, toujours en rééducation.
Résultat : tout son milieu professionnel s’est effondré
Le jeune homme a fini par être licencié de son job étudiant pour inaptitude – un job lui permettant de subvenir à ses besoins et de rembourser son prêt étudiant. Rebelote pour sa recherche d’alternance, vaine.
Par effet domino, sa famille se trouve dans l’incapacité de rembourser ce qu’elle doit à l’école, mais aussi de payer une nouvelle année d’études de communication dans le sport – la filière de Théo, chiffrée à plusieurs milliers d’euros.
Autrement dit, l’addition est salée entre les frais médicaux, de vie et de déplacement. S’y ajoutent des dépenses judiciaires imprévues : "Depuis deux mois, je n’ai plus de nouvelles de mon premier avocat. Nous avons dû changer, malgré nous."
Des traumatismes psychologiques partagés
Outre les séquelles physiques, d’autres sont invisibles, mais omniprésentes. "Il panique dès qu’il croise des jeunes qui ressemblent à ses agresseurs, qui ont la même tenue", témoigne Florence. Ajoutant : "Dernièrement, on était à un match de l’OL car ça lui faisait plaisir. Mais au bout de la 60e minute, il m’a dit "Maman, je ne me sens pas bien, on peut partir ?", à cause d’un groupe de jeunes qui chahutait". Et ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres.
Chute de tension, crise de panique, anxiété…. Dès qu’il sort, la peur semble constante pour Théo. De quoi en venir à une conclusion lugubre pour le jeune homme : "Mon corps lâche, je vais crever", confie-t-il à sa mère.
Cette dernière partage la panique de son fils : "Je me sens moi-même en insécurité constante à Lyon, je ne peux plus repasser par le quartier de Debourg en voiture. Même venir à Lyon en train me fait peur, je dois faire des trajets en Uber [ajoutant d’autres dépenses, ndlr]", nous raconte-t-elle.
Une haine reçue sur les réseaux sociaux complète ce sombre tableau : "Il y a une violence permanente, on critique qui je suis, comment j’ai réagi, on me dit que je suis là que pour l’argent, on fait des raccourcis entre ces actes et les origines [des mis en cause, ndlr], que je ne tolère pas", explique celle qui est assistante familiale et qui refuse toute appropriation politique.
Un combat acharné
Malgré toutes ces blessures, physiques comme mentales, Florence entreprend un véritable parcours de résilience. Même si elle souhaite que les agresseurs soient punis, elle mène un combat contre le système : "Ce ne sont que des enfants. Je ne veux pas utiliser leur origine pour justifier cette agression. Ce qui m’intéresse, c'est pourquoi cette violence. Je suis bienveillante car on a tous un parcours de vie, on peut tous vriller facilement à un moment donné. Même moi j’ai failli, mais j’ai tenu bon. Je ne veux pas répondre à la violence par la violence, même si j’aurais pu."
Elle ajoute : "À un moment donné, on est égaux, mais on ne leur a pas donné leur chance, on les a menés là où on les attendait. Tout le monde est débordé, oui, soit, mais aujourd’hui, on laisse ces jeunes se gangrener."
C’est pourquoi, elle porte plainte contre l’Etat, le maire de Lyon, Grégory Doucet, et la maire du 7e arrondissement de Lyon, Fanny Dubot. Florence a également créé une association pour venir en aide à d’autres familles et jeunes, victimes du même genre de violences.
"Là, on a une chance inouïe dans le sens où ils sont mineurs, ils ont 13, 14 ans, on peut agir, affirme-t-elle. Aujourd’hui je demande de vrais moyens, une sorte de service de réparation avec un service civique ou un service militaire pour qu’ils travaillent eux-mêmes et assument les conséquences de leurs actes et pas que ce soient leurs parents qui paient à leur place."
Un long processus judiciaire
Pour l’heure, l’actualité reste au processus judiciaire. Etant donné que les mis en causes sont les mineurs, les procès s’établissent en deux temps : le premier pour établir ou non leur culpabilité et le second pour déterminer leur peine. C’est pourquoi le procès des peines des première et troisième agressions se tiendront, respectivement le 21 janvier 2027, en collégial, et le 15 décembre. Concernant la deuxième agression, produite, le 20 décembre 2025, aucun procès n’a encore eu lieu à l’heure actuelle.
Par ailleurs, un autre procès complète cette liste. L’un des sept mis en causes dans la dernière agression est inconnu des forces de l’ordre et n’est présent dans aucune autre affaire en attente – ce qui n’est pas le cas du reste du groupe. Le jugement de cet adolescent est attendu le 19 janvier 2027.
Enfin, le procès pour les indemnités suites aux deux expertises médicales des deux premières agressions aura lieu le 8 avril 2027.
"Mon combat aujourd’hui c’est la violence chez la jeunesse, c’est cette jeunesse qui va mal. Je connais déjà l’issue des procès, maintenant mon combat va plus loin, il s’attaque à l’Etat, il faut penser intelligemment, conclut-elle. Mais je veux quand même qu’ils soient punis. On n’est pas dans GTA, on ne tue pas quelqu’un et on se relève, il faut assumer ses actes."