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René Ricol nommé médiateur du crédit

Nicolas Sarkozy a confié au Lyonnais René Ricol, auteur d'un rapport remarqué sur la crise financière, le poste stratégique de "médiateur du crédit".

Au cours de son déplacement jeudi à Annecy, le président de la République a annoncé la création d'un fond d'investissement souverain, mais aussi la création d'un poste de "médiateur du crédit, qui sera à la disposition des entreprises françaises qui auront des difficultés pour accéder au crédit". Et Nicolas Sarkozy a indiqué son intention de nommer à cette fonction le Lyonnais René Ricol, commissaire aux comptes et auteur d'un rapport sur la crise financière remis début septembre à l'Elysée.

Dans son numéro d'octobre, Lyon Mag avait donné la parole à René Ricol, qui expliquait que la crise était d'abord une crise morale. Interview.

“Il faut moraliser le système financier”

La crise financière était prévisible ?
René Ricol : Oui, puisqu’il y a deux ans, des stars de la finance comme Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, ou Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque centrale américaine, disaient déjà qu’on allait dans le mur. Mais les analystes, les banquiers et les investisseurs continuaient à affirmer que tout allait bien. Sauf qu’avec la faillite des grandes banques d’investissement américaines et des compagnies d’assurances ces derniers mois, ils se sont rendu compte qu’ils avaient raison. Et cette crise est logique, car au cours des cinq dernière années, les banques dégageaient des taux de rentabilité de 15 à 20% alors que les économies des pays occidentaux affichaient des taux de croissance de 2 à 4%. Bref, le monde de la finance était déconnecté de l’économie réelle.
L’origine de la crise ?
Les fameux crédits subprimes qui permettaient à des gens modestes de s’acheter une maison. Sur le principe ce n’était pas forcément idiot. Le problème, c’est qu’à partir de 2005, le système s’est emballé : des traders ont commencé à démarcher des particuliers pour leur vendre des maisons ou des appartements. Avec parfois des montages incroyables. Exemple : des maisons meublées avec frais de notaire inclus, vendues à crédit, sans apport, et sans intérêts à payer pendant deux ans. En plus, on offrait une voiture à l’emprunteur ! Et on lui expliquait qu’au bout des deux ans, il pourrait revendre la maison s’il n’avait pas les moyens de rembourser. Comme les prix de l’immobilier augmentaient de 10 à 20% par an, il pourrait alors faire un bénéfice. Mais en 2007, quand le marché s’est retourné, les emprunteurs ne pouvaient plus revendre leur maison, ni rembourser leur crédit.
Pourquoi les banques européennes ont été touchées ?
Parce que les banques européennes ont fait l’erreur d’acheter des portefeuilles de produits financiers qui contenaient des crédits subprimes. Mais en plus, elles ont prêté de l’argent à des fonds spéculatifs qui, à leur tour, s’en sont servi pour acheter des produits financiers subprimes. Résultat, quand le marché de l’immobilier américain s’est effondré, toutes les banques qui avaient trempé dans le système ont été frappées.
Pourquoi personne n’a rien vu venir ?
Parce que le monde de la finance a une vision à court terme. Les patrons sont plus préoccupés par leur cours de Bourse que par le développement de leur entreprise. Exemple : certaines banques ont créé des systèmes de prêts liés au cours de Bourse de l’emprunteur. Si le cours de votre entreprise baisse, vous payez des intérêts supplémentaires. S’il baisse encore plus, vous devez rembourser votre emprunt. Autre exemple de cette vision à court terme : les traders. Leur métier c’est de spéculer pour le compte des banques et ils peuvent gagner des centaines de milliers d’euros de bonus en une seule journée quand ils font des plus-values. D’où une compétition entre traders. Celui qui gagne le plus est perçu comme le nouveau dieu des marchés. Bref, dans ce système, la priorité c’est de faire le maximum de fric en spéculant. En plus, ces traders sont souvent des gosses, qui prennent de gros risques et misent des sommes considérables pour gagner le plus d’argent possible, le plus vite possible. Sauf que quand ces gosses pètent les plombs, ça crée des catastrophes comme on l’a vu avec Jérôme Kerviel, le trader qui a fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société générale. Mais dans ce cas, les responsables, ce ne sont pas les traders, ce sont les dirigeants des banques qui ont encouragé cette course au profit.

D’autres responsables ?
Pour moi, tout le monde est responsable. Les Etats d’abord, qui n’avaient pas intérêt à réagir, car les profits encaissés par les financiers et les banquiers amélioraient les rentrées fiscales. Ensuite, les agences de notation ont déconné à plein tube. Car elles ont accordé des notes excellentes à des portefeuilles d’actions qui contenaient des crédits subprimes. Du coup, ces produits attiraient les investisseurs alors qu’en réalité, ils ne valaient rien. Plus grave, les agences de notation touchaient un pourcentage sur les bénéfices des banques qui vendaient ces produits financiers, ce qui explique qu’elles avaient intérêt à leur attribuer une bonne note. Bref, elles étaient à la fois juges et parties.
Il faut karchériser le monde de la finance ?
Non, ce serait trop simple. Les banques et les agences de notation ne sont pas les seules en cause. Les investisseurs aussi sont coupables quand ils exigent de leur banquier des rendements de 9% sur leurs placements. Ce qui contribue aussi à alimenter cette spirale infernale.
La solution ?
Au fond, ce qu’il faut, c’est moraliser le système financier, car la cause principale de la crise financière, c’est la cupidité des dirigeants, des actionnaires, des petits épargnants, des traders...
Concrètement comment sortir de cette logique absurde ?
Les banques doivent revenir à leur métier, c’est-à-dire prêter de l’argent aux entreprises et aux particuliers pour permettre à une économie de se développer, sans exiger des rendements faramineux à court terme. Il faut également créer un Interpol financier pour mieux coordonner les autorités financières en surveillant ceux qui spéculent sur les marchés financiers et sur les matières premières uniquement pour réaliser un maximum de profits à court terme. Mais aussi pour fixer des règles et sanctionner les abus... Et on pourrait sanctionner les patrons qui ont failli en confisquant leurs stock-options.
Il va encore y avoir de la casse dans les prochains mois ?
Je pense que la crise financière va encore durer. En plus, cette crise va avoir un impact sur notre économie notamment parce que les banques ont réalisé moins de profits. Du coup, elles peuvent prêter moins d’argent, ce qui va pénaliser les consommateurs, et les entreprises qui voudront investir. En revanche, les banques françaises ne feront pas faillite.
Faut-il punir les responsables du désastre comme l’a exigé Sarkozy dans son discours à l’Onu le 23 septembre ?
Le problème, c’est qu’on ne peut condamner les responsables de désastre qu’à des sanctions financières. Bref, on ne peut pas les mettre en prison. Mais le plus important maintenant, c’est de réaliser que ces financiers peuvent être dangereux et qu’il faut les surveiller de près. Car si on ne régule pas cet univers de la finance, il finira par détruire le monde.

Propos recueillis par Emmanuel Derville


Dans le numéro d'octobre de Lyon Mag, retrouvez un dossier complet sur la crise financière, avec notamment son impact à Lyon.



Tags : ricol | crise financière | rené ricol |

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