Lyon : la gestion de l'empire Lumière par Thierry Frémaux dans le viseur de la Chambre régionale des Comptes

Lyon : la gestion de l'empire Lumière par Thierry Frémaux dans le viseur de la Chambre régionale des Comptes
Thierry Frémaux, ici avec Wong Kar-Wai en 2017 - LyonMag

Ce mardi, la Chambre régionale des Comptes a publié sur son site un rapport très attendu.

Ou plutôt trois rapports concernant l'empire Lumière de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier à Lyon. Ainsi, ce sont les sociétés Sorties d'usine Productions et Cinémas Lumière et l'Association Institut Lumière qui ont été observées au peigne fin par les magistrats financiers.

Moteur. Action ! Thierry Frémaux, qui règne aujourd'hui en seigneur sur le 7e art français grâce au Festival Lumière mais surtout au Festival de Cannes, est un patron particulier. Son empire tourne, et son travail pour la culture et le rayonnement du patrimoine lyonnais est d'ailleurs salué par la CRC. Mais cette dernière a tiqué à plusieurs reprises sur certains faits, étant donné l'omniprésence de Thierry Frémaux à tous les étages de toutes les composantes de l'héritage des Frères Lumières. Car comme souvent, et notamment à Lyon, certains ne s'embarassent pas de "détails" pour obtenir des résultats dans les règles. Et cela semble être parfois le cas de Thierry Frémaux.

La CRC a par exemple noté qu'après l'exploitation en salles et DVD du documentaire "Lumière ! L'aventure commence", Thierry Frémaux, en sa qualité de réalisateur et co-scénariste, avait touché la somme de 12 000 euros. Le long-métrage avait été produit par Sorties d'usine Productions, mais les bénéfices récoltés avaient été distribués à l'Institut Lumière. Thierry Frémaux étant président de la première structure et directeur de la seconde, la Chambre régionale des Comptes "relève que cela implique la plus grande vigilance pour éviter les conflits d'intérêts, qui caractériseraient notamment les conventions entre les deux entités, pour lesquelles M. Frémaux se trouverait en position de décideur et signataire à la fois pour le compte de l'association et pour le compte de sa filiale ou encore les conventions de droit d'auteur signées entre lui-même et la société. Elle constate que cette vigilance n'a pas toujours été de mise par le passé".
Ce à quoi Monsieur Cinéma a répondu qu'il proposera "la révocation de (sa) qualité de président lors de la prochaine assemblée générale" de Sorties d'usine Productions.

Etre le patron de toutes les filiales et donc de signer tous les documents n'est pas un modèle plébiscité par la CRC. Et le rapport de l'association Institut Lumière relève également que le président Bertrand Tavernier a "délégué sa signature au directeur général et à la directrice administrative et financière. La délégation de signature consentie par le Président à M.Thierry Frémaux en 2000 n’a pas été mise à jour depuis lors, ce qu’il conviendrait de corriger. De manière générale, les délégations de signature doivent être renouvelées au début de chaque nouveau mandat, même en cas de réélection".

Une prime sans l'aval du CA, une augmentation de salaire sans avenant au contrat

Thierry Frémaux, qui a touché en 2018 une rémunération brute de 121 298 euros en tant que directeur général de l'Institut Lumière, avait bénéficié en janvier 2015 d'une prime exceptionnelle de 11 382 euros bruts "en raison du déploiement d'activité lié aux 120 ans du Cinématographe et justifiée par ailleurs par le fait qu'il n'avait bénéficié d'aucune augmentation depuis 2010 en dépit des bons résultats de l'association". Une justification plus qu'honnête donc. Sauf que les magistrats ont noté que ladite prime "n'a pas fait l'objet d'une décision formalisée du conseil d'administration, ce qui expose le président et le directeur général à des risques juridiques". Par ailleurs, l'augmentation de 10% de son salaire brut en janvier 2017 n'a pas fait l'objet d'un avenant au contrat de travail "inchangé depuis sa signature le 29 janvier 2001".

Une multitude de petits couacs à redresser administrativement sont ainsi pointés du doigt par les rapports.

Très cher Festival Lumière

Vous vous demandiez combien cela coûtait de monter et organiser en coulisses un festival de cinéma comme celui de Lyon ? Hors période de Covid-19, Thierry Frémaux parcourt la planète pour rencontrer des cinéastes, voir des films, évoquer le patrimoine des films et leurs chantiers de restauration. En 2019, l'Institut Lumière a donc épongé 104 653 euros de frais de voyages et déplacements du personnel, soit une hausse de 59,3% par rapport à 2013. Pour les déplacements des "autres personnes", comprendre notamment les invités du Festival Lumière, la note était plus élevée : 195 848 euros.
Enfin, l'hébergement des Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Pedro Almodovar et Jane Fonda a un coût. Majoritairement logées à l'Intercontinental du Grand Hôtel-Dieu depuis son ouverture en 2019, les stars avaient coûté 288 344 euros cette année-là.
Quant aux missions et réceptions, l'Institut Lumière avait déboursé 251 647 euros en 2019. Autant dire que placer Lyon sur une mappemonde pendant 10 jours a un coût non négligeable.
Rassurez-vous, les subventions de la Métropole et de la Ville de Lyon, de la Région et du CNC couvrent largement les frais décrits ci-dessus. En 2018, l'Institut percevait 2 128 242 euros de leur part, et 1 461 382 euros de subventions exceptionnelles, notamment pour financer des expositions ou des restaurations.

La CRC s'intéresse enfin à la crise sanitaire du Covid-19 qui n'avait pas empêché Thierry Frémaux d'organiser une superbe édition du Festival Lumière l'automne dernier, toutefois privée de ses jauges habituelles de spectateurs et donc d'une recette complète. L'Institut Lumière estime d'ailleurs que l'année 2020 et ses difficultés ont eu raison, temporairement, du projet de Cité du Cinéma censée voir le jour sur le terrain des anciennes usines Lumière, mais aujourd'hui remisé dans son carton faute de finances. "Les ressources propres de l'Institut Lumière, qui représentent la majorité du financement de l'association, risquent d'être profondément affectées par la crise. En réponse aux observations provisoires, le président de l'Institut a cependant considéré que l'équilibre financier ne devrait pas être remis en cause en 2020", peut-on lire dans le rapport, avant que la CRC ne complète en rappelant que ce sera le cas, certes, mais "grâce aux aides publiques exceptionnelles".

A.A.

10 commentaires
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hydrazine le 26/02/2021 à 13:42

quand le "sage" montre la lune,l idiot regarde le doigt......(confucius)

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Festival de chamelles le 25/02/2021 à 18:06
Bravo ! a écrit le 24/02/2021 à 15h06

C'est grâce à M FREMAUX que Lyon est reconnu comme le berceau du cinéma. Sans lui les grands cinéastes et de grands acteurs ne seraient jamais venus honorer notre ville. Des chefs-d'œuvre ont été restaurés, des salles mythiques ont été maintenues ou réouvertes. Alors soyez respectueux de son travail qui justifie son salaire. Quelle bande de jaloux !

C'est pas plutôt grâce aux Frères Lumières que Lyon est le "berceau du cinéma" ????

Quand au festival lumière, c'est juste un mini festival que si veut branchouillard car UNE star américaine vient chaque année et que l'accès est reservé aux copains des copains. J'habite à côté et je vois ces gens avec leur accès autour du coup regarder les bados de haut à se croire supérieur, mais j'ai envie de leur demander s'ils sont aussi inviter au festival de Cannes lol

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Qui paie ? le 24/02/2021 à 17:26

Sacrées ardoises .....Les cols blancs s'en mettent plein les poches ,et ne seront pas condamnés à la hauteur des fonds détournés

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Terminator le 24/02/2021 à 17:25

Fremaux.? C est pas un judoka par hasard et
QUe vient il foutre ici d ailleurs par rapport au GD TEDDY RINER....... c est vraiment un ptit rigolo... Piston sans doute... Aucun mérite...

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décevant..... le 24/02/2021 à 16:57

Je m'attendais des sommes colossales de plusieurs millions d'euros, des villas, des jets privés, des soirées sexe et champagne....
Je suis déçu de voir que ce Monsieur n'a pas su tirer partie de sa position mieux que cela durant ces vingt dernières années.

Il aurait dû prendre exemple sur les chefs d'entreprise et des élus et leur demander conseil pour maximiser les bénéfices....

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Criquet le 24/02/2021 à 16:20

Pour avoir lu différents rapports sur des institutions, celui-là ne contient pas griefs majeurs compte tenu de la taille des budgets mis en jeu. Il est toujours possible de trouver quelque chose mais il y a eu par le passé des rapports assassins : faux en écriture, prise illégale d'intérêt, népotisme,...
Et au regard du travail fait pour la renommée de la ville et du cinéma, chapeau Mrs Frémaux et Tavernier.

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Bravo ! le 24/02/2021 à 15:06

C'est grâce à M FREMAUX que Lyon est reconnu comme le berceau du cinéma. Sans lui les grands cinéastes et de grands acteurs ne seraient jamais venus honorer notre ville. Des chefs-d'œuvre ont été restaurés, des salles mythiques ont été maintenues ou réouvertes. Alors soyez respectueux de son travail qui justifie son salaire. Quelle bande de jaloux !

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Le Canut de Lyon le 24/02/2021 à 14:40

Frémaux s'est fait son petit empire sur le talent des autres.
Il a su se créer son petit nid douillet, aidant les copains (GL Events qui gére le "village" du Festival de Cannes depuis que Frémaux en est le président), et gardant jalousement son fief.
Il y aurait beaucoup à enquêter sur la carrière de ce petit monsieur à un égo très surdimensionné, qui est connu sur Lyon pour ça...

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raslebol69 le 24/02/2021 à 14:33

"En 2019, l'Institut Lumière a donc épongé 104 653 euros de frais de voyages et déplacements du personnel", le terme épongé est tendancieux dans la mesure où il peut être interprété comme une dépense qui n'aurait en aucun cas été prévue à l'avance.
Quand à l'hébergement des nominés dans un grand hotel, voudrait-on les accueillir en cité universitaire hors les murs pour réduire les couts?

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Magouilles qui se cachent plus le 24/02/2021 à 14:30

Ah ces patrons !
Mais aujourd'hui ils risquent quoi ?!!
Au pire ils remboursent l'argent, avec une petite amende et du sursis. Mais combien se font attraper ?
Sachant bien sur que bon nombres sont à la limite du légal grâce à des armées d'avocats, quand la loi n'est pas faite pour que justement ils s'en mettent pleins les poches "légalement" !
Par contre le citoyen "normal" qui sort des clous, ouille ouille ouille

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