Vice-champion du monde U20 et double champion d’Asie, aujourd’hui entraîneur à Saint-Priest, Meisam Amini avait imaginé un hiver consacré à la progression de ses lutteurs lyonnais. Le projet était ambitieux : les emmener se frotter aux meilleurs, en Arménie puis en Iran, pour élever leur niveau et nourrir leurs rêves européens et mondiaux.
Mais l’embrasement de la situation politique en Iran a bouleversé ses plans. Des nouvelles venues directement du pays perse nous éclairent sur cette situation.
Tout avait commencé en Arménie, pays reconnu pour ses lutteurs “saheb sabk”, c’est-à-dire dotés d’un style propre et affirmé. “En lutte, comme on dit, il faut que le corps des athlètes se frottent à celui de partenaires de ce niveau pour que leur niveau progresse réellement”, nous explique Meisam Amini..
Après plusieurs séances intenses et enrichissantes, le groupe devait rejoindre l’Iran pour un stage commun avec les lutteurs du Mazandaran, région mythique de la lutte libre, d’où 80% des lutteurs de l’équipe nationale de lutte libre en Iran proviennent.
Tout était organisé, des logements aux entraînements : “La plupart des coachs là-bas sont mes amis ou d’anciens coéquipiers de l’équipe nationale. J’avais même obtenu l’accord de champions du monde et olympiques pour participer à nos séances”.
Pour Meisam, l’équation est simple : “Quand un lutteur français s’entraîne avec un champion du monde, son niveau s’élève et il commence à viser des médailles européennes, mondiales et olympiques”.
Mais face à l’aggravation de la crise et au climat de guerre, il prend une décision difficile : renvoyer ses élèves en France : “Dans un climat de guerre, on ne prend pas de risques”.
Une expérience humaine malgré tout
Si le programme a été écourté, le bilan reste positif pour les combattantes de Saint-Priest : “Ils ont appris énormément grâce aux lutteurs de haut niveau arméniens”, souligne Meisam.
Au-delà du sport, les jeunes ont découvert un nouveau pays, une autre culture, une autre manière de vivre la lutte, “cela restera une belle expérience humaine pour eux”.
Aujourd’hui encore, Meisam Amini reste en contact permanent avec ses élèves. “Leurs messages me donnent une force immense quand ils me disent ‘notre cœur est avec toi’, j’en ai les larmes aux yeux, il y a tant d’humanité”.
S’il a choisi de ne pas emmener ses lutteurs en Iran, Meisam Amini a, lui, décidé d’y retourner. La situation sur place est grave. “Rien n’a un état normal. Ni le sport, ni la vie des gens”.
Le pays est plongé dans le deuil : “Le peuple iranien est en deuil pour les vies perdues. Nous sommes tous en deuil et partageons cette douleur infinie”. Il décrit un climat d’angoisse permanent où “tout le monde est confus et ne sait pas ce qui va se passer. Ils pensent qu’à tout moment la guerre peut arriver”.
À cela s’ajoute une crise économique violente : “Dans un pays en état de guerre, la valeur de l’argent baisse, il y a beaucoup d’inflation, les marchandises sont devenues trois fois plus chères et la situation économique brise le dos des gens”.
L'Iranien estime que les sportifs de haut niveau ont un rôle à jouer : “Dans de telles conditions, les gens attendent des sportifs nationaux et mondiaux qu’ils soient à leurs côtés”.
Cette période a d’ailleurs durement touché son entourage. Son père, sous une pression psychologique intense, a été victime d’un infarctus. Il a subi une opération à cœur ouvert et passé deux semaines en réanimation.
“Les médecins m’ont raconté qu’il faisait des cauchemars incessants et qu’il criait mon nom en disant : “'N’emmenez pas Meisam, ne le tuez pas'”. Aujourd’hui, son père est sorti de l’hôpital.
Meisam envisage aussi de retourner à Lyon pour remplir pleinement ses fonctions de coach auprès de ses élèves : “Dès que la situation redeviendra normale, je reviendrai en France à la première occasion car ils me manquent énormément”.
Et comme un symbole, il conclut avec cette devise de résilience qui lui est chère et qui résonne particulièrement dans l’adversité : “Fluctuat nec mergitur”, “Il est battu par les flots, mais ne sombre pas”.
Nous sommes tous en deuil. 🖤💔
— Meisam Amini (@meisamaminiii) February 9, 2026
Nous partageons cette douleur infinie.
FOR IRAN. 🕊️
"J'espère qu'un jour la paix régnera sur le monde."
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