Située à trente-cinq kilomètres de Lyon, la centrale compte quatre réacteurs du palier 900 MW. Deux d’entre elles fonctionnent en circuit ouvert : elles prélèvent l’eau du Rhône pour leur refroidissement, puis la rejettent plus chaude. Ce qui en temps normal ne pose pas de soucis.
Le problème de l’eau est aussi un problème électrique.
Mais de l’eau chaude dans un cours d’eau pendant un pic de chaleur peut alors dégrader les conditions de vie des poissons et perturber les écosystèmes. Les limites imposées par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection visent à prévenir cet effet. EDF a donc arrêté le réacteur avant le dépassement attendu.
Le Bugey n’a pas été le seul endroit où s’est déroulé ce genre d’événement. Le 12 août, treize des cinquante-sept réacteurs français étaient arrêtés ou fonctionnaient à puissance réduite pour des causes environnementales : chaleur et faibles débits des cours d’eau, mais également afflux de méduses à Gravelines. Au total, 20,4 % de la capacité nucléaire était indisponible.
La canicule agit ainsi sur deux côtés, qui tous deux affectent notre résilience électrique. Elle réduit certaines capacités de production au moment où la climatisation augmente la consommation. Selon RTE, l’effet de la climatisation et de la ventilation devient significatif lorsque la température extérieure dépasse 25 °C : la puissance appelée augmente alors de 0,7 à 1,1 GW par degré supplémentaire. Pour l’été 2026, le gestionnaire prévoyait des pointes de consommation proches de 51 GW par température normale et pouvant atteindre 60 GW en période de canicule.
J’ai développé ce risque dans une tribune publiée dans Le Monde. Le problème n’est pas une baisse massive de la production nucléaire (ce n’est pas le cas, EDF a chiffré à 0,3% le volume perdu ), mais le moment où elle survient : pendant les fortes chaleurs, alors que la consommation progresse via la climatisation et que les pays voisins subissent des contraintes comparables.
À plus long terme, le recul des glaciers alpins et la fonte plus précoce du manteau neigeux modifient les apports estivaux du Rhône. Le refroidissement des centrales entre alors davantage en concurrence avec l’irrigation, la navigation et l’eau potable. Gutting, Högselius et Burkhardt-Holm décrivent cette tension entre sécurité d’approvisionnement et protection des milieux dans Atomic rivers. The (Un)sustainability of nuclear power in an age of climate change, publié dans Energy Policy en 2025.
Qui peut agir ?
Les responsabilités sont dispersées. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) fixe, pour chaque centrale, la température maximale de l’eau rejetée ainsi que l’échauffement maximal autorisé du cours d’eau. EDF exploite les réacteurs nucléaires. RTE veille à l’équilibre du réseau. L’État décide de la politique nucléaire et de la programmation énergétique. La Ville, la Métropole de Lyon et la Région Auvergne-Rhône-Alpes ne contrôlent pas la température du Rhône, la disponibilité du parc national du nucléaire ni de nombreux aspects énergétiques. Par exemple le schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR) est élaboré par le transporteur RTE avec les gestionnaires de distribution présents sur le territoire (Enedis, GreenAlp, RSE, SOREA, RET, ESS, RGES, RGEB): les collectivités sont consultées, mais ne décident ni des capacités de raccordement ni des renforcements du réseau.
Elles ne sont pourtant pas dépourvues de moyens. La Ville vise la neutralité climatique en 2030. La Métropole dispose de leviers sur la rénovation des bâtiments, la mobilité, les réseaux de chaleur, la maîtrise de la demande et le développement local des énergies renouvelables. La Région Auvergne-Rhône-Alpes fixe, quant à elle, les orientations régionales en matière d’aménagement, d’énergie et de climat.
Deux lois adoptées en 2015 ont renforcé le rôle des collectivités dans la planification climatique et énergétique : la loi NOTRe (nouvelle organisation territoriale de la République) a créé le SRADDET (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires) à l’échelle régionale, tandis que la loi relative à la transition énergétique a confié l’élaboration des PCAET (plans climat-air-énergie territoriaux) aux intercommunalités de plus de 50 000 puis de plus de 20 000 habitantes et habitants. Ces outils leur donnent une responsabilité réelle en matière d’énergie, de climat et d’adaptation. La contrainte extérieure est réelle, mais elle ne peut servir d’alibi pour négliger ces compétences. Les acteurs locaux doivent être évalués sur les pouvoirs qu’ils possèdent réellement.
Un problème européen et mondial
Le problème dépasse la seule France et s’est déroulé ailleurs en Europe. La Hongrie et la Roumanie ont également dû réduire ou interrompre la production de centrales nucléaires refroidies par le Danube. Dans le New York Times cet été, Ben Coates décrit la dégradation des grands fleuves européens et ses conséquences sur l’énergie, l’industrie et les transports. Une réponse coordonnée à l’échelle européenne est donc nécessaire pour adapter les centrales, les réseaux électriques et la gestion des bassins fluviaux. L’Union européenne réduit progressivement sa dépendance aux énergies fossiles. Elle est un élément de la solution mais ne suffira toutefois pas à elle seule à freiner le réchauffement. La réponse repose donc sur un autre niveau : la baisse mondiale des émissions. Les COP et l’accord de Paris en fixent le cadre commun ; leur efficacité dépend ensuite des politiques réellement appliquées par les États.
Voici un comble: le réchauffement climatique causé principalement par les énergies fossiles fragilise deux sources d’électricité décarbonées qui dépendent de l’eau : le nucléaire et l’hydroélectricité. Cela ne les condamne pas. Cela oblige à intégrer les débits et les températures futures dans la conception des nouveaux réacteurs et dans la planification du système électrique. Il est plus que jamais nécessaire de sortir des fossiles pour préserver notre climat, nos ressources en eau et nos capacités de résilience électrique.
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Il y a du concret et du 2nd degré dans mon commentaire, mais apparemment vous ne savez pas faire la différence, un coup de chaleur prolongé peut-être ?
Signaler RépondreLe niveau de conneries ! Heureusement qu’il ne te demande pas ton avis
Signaler RépondreLe tout électrique c'est quand il ne fait pas trop chaud, ou alors la France sera pour moitié un panneau solaire et l'autre moitié des éoliennes, ce ne sera plus vivable en dessous mais ce sera le "tout électrique" ;-)
Signaler RépondreIl faudrait construire des centrales nucléaires uniquement en bordure de mer, et construire aussi des usines marémotrices on n'en n'a qu'1 en France, mais les écolos et les communes concernées ne seraient pas d'accord...
Les usines marémotrices ont pourtant un bel avenir et on pourrait comme l'Espagne les utiliser pour extraire de l'hydrogène pour les voitures, bien plus pratique que le tout électrique car on passe à la pompe comme pour l'essence, pas de bornes à la c....
Oui, mais après 20h au coucher du soleil, plus de production solaire, mais par contre toujours les clim en route.
Signaler RépondreQuand la demande de climatisation est élevée, l'eolien est à zéro mais la production solaire est maximale.
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