Entre le 17 juin et le 2 juillet 2026, la canicule a provoqué au moins 5 764 décès en excès (+ 36 %), au cours d'un épisode dont Santé publique France souligne que l'intensité thermique a dépassé celle d'août 2003. Les 75 ans et plus en concentrent les deux tiers : 3 719 décès. Sur les 21 674 décès enregistrés pendant la période, 46 % sont survenus à l'hôpital, 34 % à domicile, 16 % en Ehpad. Et c'est à domicile que la hausse a été la plus brutale : + 91 % sur la seule semaine du 22 au 28 juin.
La recherche dit la même chose depuis vingt ans. En 2007, Abderrezak Bouchama et son équipe publiaient dans les Archives of Internal Medicine une méta-analyse des facteurs de survie en canicule : la climatisation à domicile arrive en tête. En décembre dernier, Gabrielle Katz, Kevin Brown, Vasily Giannakeas et Nathan Stall publiaient dans le JAMA Internal Medicine la plus large étude jamais menée en maison de retraite — 73 578 décès de résidents ontariens entre 2010 et 2023. Les jours de chaleur extrême, la surmortalité est significative dans les établissements sans climatisation, pas dans les autres. L'Ontario a rendu la clim obligatoire dans chaque chambre : équipement passé de 45 % à 99 %. Ce qui protège, c'est la chambre. Pas la salle rafraîchie du rez-de-chaussée, la seule que le droit français impose.
La même boîte blanche, courtisée l'hiver, suspecte l'été
Un split réversible et une pompe à chaleur air-air sont le même appareil : une unité extérieure, une vanne quatre voies qui inverse le cycle, et selon le sens de circulation du fluide on chauffe ou on rafraîchit. Le catalogue le vend "pompe à chaleur" en octobre et "climatiseur" en juin. Les mêmes techniciens le posent, et l'argent public ne l'a longtemps aidé que pour son usage d'hiver. La méfiance n'est pas sans fondement : l'hiver, il remplace une chaudière et restitue trois à quatre fois l'électricité qu'il consomme ; l'été, il tire sur le réseau à l'heure de pointe et rejette dans la rue la chaleur qu'il retire de la chambre. Mais c'est la même machine.
Une aide de l'Etat qui renforce les inégalités
MaPrimeRénov' verse jusqu'à 5 000 euros pour une pompe à chaleur air-eau posée seule ; pour la même machine en version air-air, rien, sauf à l'inclure dans une rénovation d'ampleur à plusieurs dizaines de milliers d'euros. La TVA, elle, a bougé : depuis le 18 juillet, un climatiseur réversible fixe posé par une entreprise passe de 20 % sur le matériel et 10 % sur la pose à 5,5 % sur l'ensemble. Rien n'est réservé aux propriétaires, mais les appareils mobiles sont exclus. Sur un bi-split à 7 000 euros hors taxes, le propriétaire économise 805 euros de TVA. Le locataire en verse 30 sur un monobloc à 179 euros — le seul appareil qui ne demande ni travaux, ni accord du bailleur, ni vote de copropriété, et qui consomme deux à trois fois plus. L'État rend au premier plus de quatre fois le prix de l'appareil entier du second. Le tour de vis sur MaPrimeRénov' a d'ailleurs été présenté le 2 juillet, au sortir des seize jours qui venaient de tuer 5 764 personnes.
Six vice-présidents, aucun titulaire
Je m'intéresse depuis des années à l'écart entre l'autorité qu'une institution détient sur le papier et sa capacité réelle d'agir. Ouvrez les délégations métropolitaines, arrêtées le 30 mars. Laurence Fautra tient la santé. Angélique Enderlin, l'autonomie et les personnes âgées. Christophe Geourjon, l'adaptation climatique. Nicole Sibeud, l'urbanisme. Alexandre Vincendet, l'habitat. Claire Pouzin, l'offre de logement. Six périmètres qui touchent la chaleur, aucun qui la contienne.
Lequel des six la dame de la Guillotière appelle-t-elle ? Fautra couvre sa santé, pas son logement. Enderlin couvre son âge, pas ses murs. Geourjon couvre l'adaptation, pas les personnes. Sibeud, Vincendet et Pouzin se partagent le bâti, un tiers chacun. Aucun des six ne peut décider seul de rafraîchir sa chambre.
Aucun texte ne dit non plus où doit partir la chaleur rejetée. Adnane M'Saouri El Bat, Auline Rodler, Sihem Guernouti et Marjorie Musy, du Cerema, l'ont chiffré l'été dernier dans Sustainable Cities and Society, en simulant le quartier lyonnais de la Buire. Une clim ne fabrique pas du froid : elle prend la chaleur dedans et la pousse dehors. Multipliez les appareils sur un quartier dense, et cette chaleur reste dans la rue : 1,6 à 2,4 °C de plus dans les rues bordées d'immeubles climatisés, jusqu'à 19 °C juste devant les façades équipées. Les machines se punissent elles-mêmes : en aspirant l'air qu'elles viennent de réchauffer, elles perdent 10 à 17 % de rendement. Mal posée, une clim réchauffe la rue, la fenêtre de la voisine et sa propre facture.
Tout le monde politique lyonnais a acheté la pire machine
Dans le plan "Objectif fraîcheur" de la Ville de Lyon, fin mai il y a notamment 83 climatiseurs mobiles dans les crèches. Des monoblocs, l'appareil le plus énergivore du marché, celui que l'État vient précisément d'exclure du taux réduit. Une municipalité écologiste a acheté pour ses tout-petits la machine que sa propre ligne politique déconseille.
Le 2 juillet, la Région annonçait un plan de 10,3 millions présenté par Fabrice Pannekoucke et Laurent Wauquiez : un stock stratégique pouvant aller jusqu'à 1 500 climatiseurs mobiles, dont 150 livrés aux hôpitaux le 16 juillet. Des monoblocs encore. Les écologistes régionaux ont dénoncé des « annonces estivales », cinq semaines après la même commande à Lyon. Partout, on achète en panique ce qu'il fallait installer en février.
Le titre, le levier et le ventilateur
Reste le cas de celui qui, à la Ville, détient le titre. L'urbanisme et l'habitat reviennent à l'écologiste Antoine Jobert, 18e adjoint. Le titre est large, le levier ne l'est pas, et il faut lui reconnaître cette contrainte réelle : depuis 2015, c'est la Métropole qui écrit le PLU-H, porte le programme local de l'habitat et distribue les aides à la pierre. Un adjoint municipal instruit des permis dans un document d'urbanisme qu'il n'a pas rédigé, et n'a aucune prise sur le parc privé existant, c'est-à-dire sur l'immense majorité des chambres où l'on a chaud depuis des mois.
Le 30 avril, sur Lyon Mag, il avait tout le temps d'expliquer sa vision du logement. Il a évoqué des choses justes : qualité des matériaux, végétalisation, pleine terre, logements traversants, exposition des fenêtres. Le vocabulaire exact du confort d'été. L'impact du bâtiment sur le climat. Mais, hélas, la question inverse, celle de l'impact de la chaleur sur les logements déjà là et sur la vie de celles et ceux, souvent modestes, qui les habitent, il ne l'a pas abordée du tout.
Le PLU-H qu'il applique, lui, n'est pas un texte étranger : c'est celui de la majorité métropolitaine précédente qu'il soutenait. Ce texte ne parle de climatisation qu'une fois : pour exiger des blocs extérieurs une intégration "discrète, harmonieuse voire invisible". Pas pour parler des gens qui subissent la chaleur.
Ce silence d'Antoine Jobert lors de cette interview est d'autant plus surprenant que Grégory Doucet a annoncé pendant sa campagne, puis confirmé fin mai avec "Objectif fraîcheur", un futur fonds d'adaptation des logements à la chaleur. C'est, à ma connaissance, le seul dispositif lyonnais annoncé qui viserait le logement lui-même. Il n'existe pas encore, et il ne résoudra pas davantage la question de la dame de la Guillotière cet été. Mais il pourrait réinstaller à juste titre de la politique dans un débat qui est en train d'être pris par le marché.
Le 25 juin, à l'Ehpad des Fleurs d'Automne à Décines, Véronique Sarselli annonce un "plan de climatisation raisonné" : "Il faut renouer avec la climatisation". Interrogée sur le mot "raisonné", elle répond : augmenter les pièces rafraîchies. C'est-à-dire ce que la loi impose déjà, et ce que l'étude ontarienne montre insuffisant. Dans les chambres, ce jour-là, on installait des brasseurs d'air et des brises-soleil. Des ventilateurs et des volets. Elle assume l'ordre des priorités — "il faut d'abord travailler la rénovation énergétique" et sur le fond elle a raison. Mais rénover le parc des Ehpad est un chantier de dix ans, et l'enveloppe n'arrivera qu'au budget 2027. Dix ans, c'est la bonne échelle pour un patrimoine. Pas pour une femme de quatre-vingt-deux ans au sixième étage.
Le droit au frais
Les ménages aisés posent des splits à 5,5 %. Les autres achètent un monobloc à 20 %, le moins cher à l'achat, le plus cher à l'usage. Les classes populaires paient trois fois : le logement le plus chaud, la machine la moins efficace, la facture la plus lourde. Eric Klinenberg l'avait établi sur Chicago 1995 (Heat Wave, 2002) : la canicule ne tue pas au hasard, elle suit les cartes de l'isolement et de la pauvreté. Elle tue des personnes âgées, seules, au dernier étage, dans des quartiers qu'on ne visite pas. La précarité énergétique a désormais une saison d'été. Elle n'a pas encore de guichet.
Un droit au frais, donc. Planifié, pas improvisé en juillet. Collectif, parce qu'un immeuble se rafraîchit mieux qu'un appartement. Prioritaire pour les Ehpad, les écoles, le logement social et les logements sous les toits. Assorti d'une règle sur l'emplacement des rejets, que rien n'interdit d'écrire. L'Ontario a franchi le pas en une loi.
Ce n'est pas un renoncement écologique. C'est refuser que la survie estivale devienne un privilège de propriétaire bien équipé. La clim est une machine. Son accès est une politique.
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Au lieu de me censurer mes faits sur le Vallier dans le fait divers des cambriolages, le site ferait bien de rappeler à l'ordre sur l'usage de l'IA pour écrire un simple article d'éditorial...
Signaler RépondreToutes les voitures (y compris les plus petites je pense) sont aujourd'hui climatisées et on ne se pose même plus la question, c'est devenu un équipement de base d'un véhicule.
Signaler RépondreÇa deviendra avec les nouveaux logements au même titre que le chauffage (bientôt presque inutile l'hiver malheureusement), l'équipement de base d'un logement.