Métropolitaines : circo par circo, un basculement

Métropolitaines : circo par circo, un basculement

Lundi, 3 heures du matin. Les derniers résultats tombent.

Grand Cœur Lyonnais a engrangé 37 sièges au premier tour sur quatre circonscriptions. De l’autre côté, dans Lyon intra-muros, c’est la majorité sortante qui domine, certes moins qu’en 2020 — quatre circos sur six en tête, parfois nettement comme à Lyon sud. Deux mondes électoraux coexistent dans la même métropole.

Certes le premier tour des municipales à Lyon montre que des surprises existent en politique mais on peut tout de même tirer quelques enseignements du tour à venir pour les métropolitaines.

Dans les dix circos de second tour, les deux blocs sont souvent au coude-à-coude. Mais un système qui donne 50% des sièges au premier arrivé — même avec 27% des voix dans une quadrangulaire — amplifie la moindre avance en avantage massif.

Rappelons les règles : prime de la moitié des sièges (arrondie au supérieur) au vainqueur, reste à la proportionnelle D’Hondt pour les listes au-dessus de 5%. Au T2, seuil de maintien = 10% au T1. Total : 150 sièges, majorité absolue à 76.

Voici ce que ça donne, circo par circo.

Les quatre circos réglées au tour 1 : le socle 

Ouest — 9 sièges · Sarselli 60,7%

Véronique Sarselli sur ses terres. 60,7%, pas de second tour. L’Ouest lyonnais vote Grand Coeur Lyonnais comme prévu mais plus que prévu. La majorité sortante n’a jamais été compétitive ici et ne l’est toujours pas. GCL 8, Majorité sortante 1.

Plateau Nord-Caluire — 8 sièges · Vincendet 54,4%

Alexandre Vincendet fait le plein depuis Rillieux, ancien bastion socialiste. 54%, c’est solide, c’est bien joué mais moins écrasant qu’en 2020 : La majorité sortante progresse à 22% et LFI s’installe à 11% dans les quartiers populaires. GCL gagne largement, mais la photographie n’est pas celle d’un territoire acquis pour l’éternité. GCL 7, Majorité sortante 1.

Val de Saône — 14 sièges · Michel 52,4%

Sébastien Michel, réélu à Écully à 76%, tire la circo. Le RN à 14,3% décroche 1 siège proportionnel — l’extrême droite entre au conseil. LFI à 3,8% : une terre de mission pour le parti de Jean-Luc Mélenchon. GCL 12, Majorité sortante 1, RN 1.

Porte des Alpes — 12 sièges · Gascon 51,5%

Gilles Gascon passe de justesse les 50%. Le cas est intéressant : Saint-Priest avait élu un député LFI et un député RN en 2024. L’ancrage municipal du maire a absorbé ces électorats. Mais le RN est à 17,3% et la majorité sortante à 17,2% — la circo n’est pas monolithique. Elle l’est devenue par la prime. GCL 10, RN 1, majorité sortante 1.

Bilan T1 : 37 sièges GCL sur les 43 distribués. C’est énorme. Mais il faut noter que ces quatre circos représentent l’Ouest et la couronne nord-est — des territoires où Grand Coeur Lyonnais était donné gagnant même si l’écart est plus grand parfois que prévu. Le match se joue ailleurs.

Les circos où GCL prend la prime au T2 : l’effet reports

Lones et Coteaux — 12 sièges · Moroge en tête à 43,4%

Triangulaire GCL / majorité sortante / RN. LFI éliminé à 9,75%. Jérôme Moroge a 20 points d’avance sur Jean-Charles Kohlhaas — même avec les reports LFI vers majorité sortante, l’écart reste trop grand. Mais il faut regarder la tendance : Kohlhaas, le vice-président métropolitain sortant, recule nettement par rapport à 2020 dans cette circo qui comprend Givors et Oullins-Pierre-Bénite et où les verts ont été gâtés par leurs partenaires. Les soutiens de Bruno Bernard ont un problème de dynamique ici. GCL 9, majorité sortante 2, RN 1.

Lyon-Nord (6e + 3e ouest) — 9 sièges · Peillon 40,6%

Duel pur entre deux femmes qui se connaissent bien. LFI éliminé (9%), RN éliminé (8,3%). Les reports de la droite radicale gonflent Sarah Peillon, ceux de LFI gonflent Sandrine Runel. Le 6e arrondissement pèse lourd et penche structurellement à droite. Peillon finit autour de 55%. Mais Runel à 45%, c’est loin d’être humiliant — la députée socialiste a un ancrage personnel réel. Même si, effet Grand Coeur Lyonnais oblige, la circonscription échappe à la majorité, contrairement à 2020 GCL 7, majorité sortante 2.

Lyon-Ouest (5e, 9e) — 11 sièges · Cucherat 41,2%

Triangulaire GCL / majorité sortante / LFI. Yann Cucherat monte vers 50%, François Journy (majorité sortante) à 38%. LFI avec Malika Benarab-Attou se maintient à ~11% mais ne décroche aucun siège — ses 11% recalibrés n’atteignent pas le seuil de la plus forte moyenne face aux deux gros blocs sur les tours proportionnels mais pourrait coûter un siège à la majorité de Bruno Bernard. Qui perd cette circonscription gagnée en 2020. GCL 9, majorité sortante 2, LFI 0.

Lyon-Est (3e est) — 7 sièges · Le retournement

Au premier tour, Benjamin Badouard (majorité sortante) devance Hélène Baronnier (GCL) de 4 points : 36,4% contre 32,1%. En temps normal, on parlerait d’avantage confortable. Sauf que le jeu des reports pourrait tout changer. Après recalibrage, GCL passe devant : 45% contre 42-43% pour majorité sortante.
C’est un résultat mécanique, pas un plébiscite. La majorité sortante est la première force dans les bureaux de vote du premier tour, mais perd la circo par le jeu des reports d’un électorat qui n’est pas le sien. Dans une circo de 7 sièges, la prime fait le reste. GCL 6, majorité sortante 1, LFI 0. LFI maintenu à 10,7% ne décroche rien.

Portes du Sud — 11 sièges · La quadrangulaire la plus serrée de la Métropole

Quatre listes qualifiées dans un mouchoir de poche : Nathalie Frier (GCL) 24,5%, Idir Boumertit (LFI) 23,5%, Michèle Picard (majorité sortante) 21,9%, Marco Charavia (RN) 19,3%. Même après reventilation des voix Edery (divers gauche éliminée et qui n’a à ma connaissance appelé à voter pour personne), GCL conserve un léger avantage — mais on parle d’un ou deux points et le report des amis de l’élue de Saint-Fons pourrait être déterminant pour LFI ou la majorité sortante. La prime (6 sièges sur 11) est importante par rapport à l’écart de voix.

Disons-le franchement : dans cette circo, le vainqueur avec 27% des voix rafle 73% des sièges grâce à la prime + proportionnelle. C’est le mode de scrutin qui veut ça, et il produit ici un résultat disproportionné. GCL 8, majorité sortante 1, LFI 1, RN 1. Mais il suffit d’une poignée de voix pour inverser la tendance et que LFI ou la majorité sortante prenne le lead.

A Lyon la majorité sortante recule mais reste dominante

On l’oublie vite dans le décompte des sièges, mais dans Lyon intra-muros, les écologistes et leurs alliés dominent, même si c’est de façon moins imposante qu’en 2020. Quatre circos sur six au T1 avec majorité sortante en tête, souvent avec des avances substantielles. Lyon vote Bruno Bernard (certes bien moins qu’il y a 6 ans), la périphérie vote Grand Coeur Lyonnais — c’est la fracture territoriale fondamentale de cette Métropole.

Lyon-Centre (1er, 2e, 4e) — 11 sièges · Boukralfa (majorité sortante) 39,7%

Six points d’avance sur GCL. Le RN éliminé n’a que 5,9% à redistribuer. LFI (Florestan Groult, 11,4%) se maintient sans impact. Le rapport de force du tour 1 se fige. La majorité sortante prend la prime et domine la proportionnelle. Majorité sortante 9, GCL 2, LFI 0.

Lyon-Sud-Est (8e) — 9 sièges · Garin (majorité sortante) 34%

Quadrangulaire à quatre — majorité sortante, GCL, LFI et RN tous maintenus. Marie-Charlotte Garin (députée Les Ecologistes ) prend les reports de Nathalie Perrin-Gilbert (divers gauche) et consolide à ~40%. LFI (15%) et RN (13%) se maintiennent mais se neutralisent en proportionnelle : aucun des deux n’atteint la plus forte moyenne. C’est GCL qui ramène les 2 sièges restants. Majorité sortante 7, GCL 2, LFI 0, RN 0.

Lyon-Sud (7e) — 8 sièges · Vacher (majorité sortante) 43,7%

Le bastion de la majorité qui y prend depuis 2014 huit sièges sur 9. Lucie Vacher domine avec 20 points d’avance. Le RN éliminé à 7,5% reporte vers GCL, ce qui amène Christophe Geourjon à ~33%. LFI (Tauran, 16,3%) se maintient et monte à ~18% — suffisant cette fois pour décrocher 1 siège proportionnel. C’est l’une des rares circos où le D’Hondt récompense effectivement le score de LFI sauf si le vote utile cannibalise son élection. majorité sortante 6, GCL 1, LFI 1.

Rhône Amont — 12 sièges · La circo qui peut tout faire bouger

Oubliez Lyon-Est, oubliez Portes du Sud. La vraie circo pivot, c’est Rhône Amont. Pas à cause du nombre de candidats, mais à cause d’un accord d’entre-deux-tours et d’un calcul à la décimale.

Au tour 1 : Laurence Fautra (GCL) 31,7%, Hélène Geoffroy (majorité sortante) 24%, Tim Bouzon (RN) 16,9%, Didaoui (LFI) 14,9%, Benyoub (divers gauche) 8,6%. Benyoub est éliminé et a passé un accord avec Geoffroy.

Le calcul est vertigineux. Il faut un report supérieur à 89% des voix Benyoub vers Geoffroy pour que celle-ci dépasse Fautra. En dessous, même à 85% de report — ce qui est déjà très élevé — Geoffroy reste 0,4 point derrière. À 95%, elle passe devant de 0,5 point. Quelques centaines de voix dans les bureaux de Vaulx-en-Velin et Décines décideront. A noter que Geoffroy est donnée par LFI comme une cible à abattre et qu’elle aurait été à l’origine (selon LFI en tous cas) du capotage d’accord entre deux tours entre LFI et Bruno Bernard.

La conséquence en sièges est brutale : celui qui prend la prime obtient 8 sièges, l’autre 2. Un différentiel de 6 sièges pour une variation de 5 points du taux de report. C’est ici que les militants font la différence — pas les sondages, pas les meetings, pas les tracts. Les coups de fil du samedi soir aux électeurs Benyoub.

Si Fautra gagne la prime : GCL 8, majorité sortante 2, RN 1, LFI 1.

Si Geoffroy gagne la prime : majorité sortante 8, GCL 2, RN 1, LFI 1.

C’est la circo la plus chère de toute la Métropole, au ratio sièges par voix.

Villeurbanne — 17 sièges · Bernard gagne, la question c’est le reste

Cinq listes au second tour : Bruno Bernard (majorité sortante, 35,1%), Gabriel Amard (LFI, 17,7%), Sylvie Blès-Gagnaire (GCL, 17,7%), Didier Vullierme (divers gauche Bret, 15%), Gérald Canon (RN, 11,7%). Bernard l’emporte sans suspense, avec 9 sièges de prime.

Le vrai enjeu est la répartition des 8 sièges proportionnels entre cinq listes. LFI, à près de 18%, décroche 2 sièges — un résultat qui reflète l’implantation réelle du parti à Villeurbanne, portée par Gabriel Amard (député) et Mathieu Garabedian. GCL, Vullierme et le RN prennent chacun 1 siège.

Didier Vullierme est le cas à part : il porte un électorat de centre-gauche attaché à Jean-Paul Bret qui ne se reconnaît ni dans Bernard ni dans le maire Cédric Van Styvendael. Son siège sera un électron libre au conseil.

Majorité sortante 12, LFI 2, GCL 1, Vullierme 1, RN 1.

Le bilan en sièges : une majorité

On arrive à un total d’environ 84 sièges GCL dans le scénario médian (où Geoffroy l’emporte à Rhône Amont), face à 54 pour la gauche écologiste, 6 pour LFI, 7 pour le RN et 1 divers. Si Fautra conserve Rhône Amont, GCL monte à 90.

C’est une majorité à chaque fois pour Grand Coeur Lyonnais.

Il faut certes  la contextualiser. Dans les dix circos de second tour, le cumul brut Bernard + LFI dépasse souvent le cumul GCL + reports. C’est la fragmentation entre Bernard et LFI et la prime majoritaire qui convertissent des rapports de force serrés en avantages massifs en sièges.

Lyon-Est en est l’exemple le plus criant : majorité sortante première force au tour 1, mais si (ce n’est pas fait, le vote utile pouvant sauver Badouard) la circo bascule au tour 2, ce sera par des reports.

La répartition des sièges va poser un problème de contraste au nouveau conseil. Grand Coeur Lyonnais présidera avec 84 sièges, mais dans Lyon même, ses opposants seront majoritaires, même si en très net recul par rapport à 2020. Les arrondissements les plus peuplés — le 3e, le 7e, le 8e — ont placé la majorité sortante en tête. 

Ce que ce scrutin raconte de la Métropole

Deux leçons se dégagent. Premièrement, l’implantation municipale reste le carburant de la victoire métropolitaine. Les maires LR réélus au tour 1 (Sarselli, Vincendet, Michel, Gascon, Moroge, Fautra) ont tiré les listes GCL dans leurs circos. C’est un modèle politique concret : quand tu est élu par les habitants de ta ville, les électeurs te suivent sur le bulletin d’à côté. Les verts et le PS n’ont pas cet avantage dans les communes de la couronne. Ils dominent Lyon (certes moins qu’en 2020) et Villeurbanne, mais ça ne suffit pas dans un scrutin qui couvre 58 communes.

Deuxièmement, le mode de scrutin métropolitain est une machine à fabriquer des majorités. La prime de 50% au vainqueur, conçue pour assurer la gouvernabilité, a un effet secondaire : elle écrase la représentation des forces minoritaires.

La Métropole va donc avoir une présidence avec une majorité confortable, face à une opposition numériquement diminuée mais forte à Villeurbanne et à Lyon. C’est une configuration qui promet des frictions intéressantes : les décisions sur les transports, l’urbanisme et l’environnement vont devoir composer avec une ville-centre qui n’a pas voté de partout pour la majorité qui la gouverne.

Rendez-vous dimanche 22 mars. Les deux vraies inconnues, c’est Rhône Amont. Et Portes du sud avec sa quadrangulaire serrée.

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Romain Blachier

1 commentaire
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GrandCoeurMerci le 18/03/2026 à 07:27

Merci Romain. ça fait plusieurs heures que je guettais un article de ce genre sur tous les médias lyonnais

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