Un petit retour en arrière, utile. En novembre 2021, Véronique Sarselli est maire de Sainte-Foy-lès-Lyon et ne veut pas du téléphérique que la Métropole écologiste de Bruno Bernard et le Sytral projettent de faire passer au-dessus de sa commune. Pour le bloquer, elle organise une consultation locale. Résultat : 96,2 % de "non", 43 % de participation.
Quelques mois plus tard, le projet est enterré. Sarselli, dira qu’elle a été "fière d'avoir bataillé", en tire une règle: pas de grand projet de transport sans l'acceptabilité des habitants, et qu’une commune a parfois raison de taper du poing pour se faire entendre.
C’est sans doute l’un des moments qui l'amènera par la suite à s’imposer au sein de LR pour la Métropole de Lyon.
Gardez la séquence en tête, parce que les rôles viennent de s'inverser. Sarselli n'est plus la maire qui défend sa colline contre la Métropole : depuis mars, elle la préside avec une majorité large. Et c'est désormais le maire de Lyon, Grégory Doucet, dans l’opposition métropolitaine, qui lui oppose l'avis des habitants.
Depuis juin 2025, la rue Grenette, l'un des grands axes est-ouest de la Presqu'île, est interdite aux voitures dans le cadre de la zone à trafic limité (ZTL) instaurée par les écologistes. N'y roulent plus que les bus, les vélos et les taxis. C'est par là que passent quelque 90 000 voyageurs par jour en transports en commun, contre 9 000 à 10 000 voitures auparavant. Pendant la campagne des métropolitaines, Sarselli a promis de la rouvrir. C'est même une promesse majeure de sa campagne, afin d’assurer plus de fluidité au sein de la circulation métropolitaine.
Le 8 juin, Doucet a sorti son contre-feu : les résultats de la concertation citoyenne qu’il a lancée fin avril. 17 424 participants, un record, dont 72 % pour le maintien de la rue sans voitures, et jusqu'à 76 % chez ceux qui se disent habitants du 1er arrondissement. Rouvrir l'axe, dit le maire, irait contre les usages réels.
Sauf que la méthode prête le flanc. Le questionnaire était ouvert en ligne, sans contrôle : n'importe qui, à Lyon comme ailleurs, pouvait répondre, et plusieurs fois. Antoine Nanterme, cofondateur de l'Association pour le développement de la Presqu'île (ADPL), résume le doute d'une formule : parle-t-on de 72 % des habitants de Lyon, ou de 72 % de ceux qui ont cliqué ? De celles et ceux qui ont voté depuis la rue Edouard Herriot de Lyon? Ou celles et ceux qui ont voté depuis la rue de Verdun à Nouméa ou la rue de Brix à Rennes ? La nuance n'a rien d'anecdotique. Elle décide si le chiffre vaut comme un verdict ou comme un sondage.
La Ville consulte, la Métropole décide
C'est le point que beaucoup confondent, et il faut être clair dessus. La Ville de Lyon peut consulter tant qu'elle veut, c'est la Métropole qui tranche : la voirie est une compétence métropolitaine. La concertation lyonnaise n'a donc aucune valeur contraignante même si le symbole est fort. Elle pèse politiquement, comme cela a pu l’être à Sainte-Foy, pas juridiquement.
Sarselli, d'ailleurs, ne plie pas. Elle a confié le dossier à ses vice-présidents Gilles Gascon, aux Mobilités, et Pierre Oliver, à la Voirie, pour bâtir une "sortie par le haut", et présentera son plan avant l'été. Ce qui ne signifie pas que reculer lui serait simple : la réouverture est un engagement de campagne, et y renoncer reviendrait à se dédire devant les commerçants et les automobilistes qui l'ont soutenue. Tout l'inconfort de sa position tient là. Sur le papier, elle a la main ; dans les faits, chaque option lui coûte quelque chose.
Encore faut-il que l'autre légitimité résiste au même examen. Si la concertation en ligne ne dit pas qui a cliqué, l'élection métropolitaine ne dit pas, elle non plus, qui a voté pour rouvrir précisément la rue Grenette. Une promesse de campagne noyée dans un scrutin large, où l'on tranche aussi le logement, la sécurité ou la fiscalité, n'est pas un verdict ligne par ligne sur un axe de la Presqu'île — pas davantage qu'un questionnaire ouvert n'est un référendum
Les façons de rouvrir
Reste à savoir comment rouvrir, et le choix est plus ouvert qu'il n'y paraît. Lyon Capitale a recensé quatre pistes.
La première, la plus chère, c'est le retour à l'avant-ZTL : on détruit les aménagements tout juste posés rue Joseph-Serlin, on y ramène les bus, on rend la rue Grenette aux voitures. "Un suicide politique", tranche l'écologiste Valentin Lungenstrass, sans compter l'obstacle technique de la loi qui impose trottoirs et piste cyclable, au point de ne plus pouvoir y croiser deux bus.
La deuxième, le compromis, rouvre une seule voie rue Grenette, en continu ou hors des heures de pointe : souple, mais elle risque de ralentir les bus.
La troisième, jugée la plus crédible, détourne une partie des bus par la rue du Bât-d'Argent pour ne pas toucher à Serlin et améliorer au passage la desserte de l'hôtel de ville, chère à Jean-Michel Aulas ; l'ancienne vice-présidente Béatrice Vessiller estime la jonction possible, le virage vers Édouard-Herriot beaucoup moins.
La quatrième, évoquée l’autre jour chez nos confrères de Lyon Capitale, ferait passer la traversée par le nord de la place Bellecour, là où devait courir la Voie lyonnaise 12, quitte à charger un peu plus les quais de Saône.
Antoine Nanterme et l'ADPL plaident, eux, pour une variante du compromis : une voie rendue aux voitures, la rue de la République nord réaménagée entre les Cordeliers et les Terreaux, et les plantations conservées. Bref, personne n'est condamné au tout-ou-rien. Le blocage n'est pas technique. Il est politique.
L'ombre d'un référendum ?
Et c'est là qu'une hypothèse, encore tue, commence à flotter : et si l'on votait, pour de bon ? Face à une concertation ouverte et critiquable, la riposte la plus efficace pourrait être pour la ville de Lyon, d’organiser un référendum local.Très exactement la méthode Sarselli, version 2021.
À Sainte-Foy, le référendum servait la commune contre la Métropole. Aujourd'hui, Véronique Sarselli est la Métropole : appeler les habitants à trancher, ce serait endosser le rôle de ceux qu'elle a battus sur le téléphérique. Et même sans l'ironie, un référendum buterait sur la seule question qui vaille : qui vote ? Les seuls Lyonnais du centre? Toute la Métropole, plus périphérique et plus dépendante de la voiture? Il n'existe pas de périmètre neutre. Un vote ne trancherait pas le débat ; il le déplacerait sur le terrain de qui a le droit d'y prendre part.
Le vrai problème, c'est l'outil et le périmètre
C'est peut-être l'enseignement de cette histoire, au-delà d'une rue. Pour consulter, une collectivité n'a aujourd'hui le choix qu'entre deux options bancales. Le questionnaire en ligne ouvert : large, mais invérifiable, donc attaquable. Ou le référendum local sur listes électorales : fiable, mais lourd, rare, et inflammable dès qu'il faut en fixer le périmètre. Entre les deux, à peu près rien.
Pourtant, consulter un corps électoral identifié, cela se pratique déjà ailleurs. Le droit du travail français organise le référendum d'entreprise, où l'on sait précisément qui a le droit de voter. La Suisse fait voter ses citoyens sur des registres contrôlés et teste, sous surveillance, le vote électronique. Rien n'interdirait d'outiller les collectivités de la même manière : un dispositif léger, numérique, mais adossé à une identité vérifiée, dont on ne puisse pas contester les participants.
Cela ne réglerait pas tout, soyons honnêtes : un outil fiable garantit qu'on sait qui a voté, pas qui avait le droit de le faire. Le périmètre, lui, restera un choix politique. Et c'est très bien ainsi : c'est le métier des élus de le fixer, pas celui d'un logiciel.
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Romain Blachier
Joliment dit
Signaler RépondreLa rue Grenette n’est pas plus agréable aujourd’hui ( double sens, bus très imposants dans un espace réduit, velos et trottinettes ne respectant rien,… ) revenir à l’ancien système, c’est pas beaucoup mieux . Mme Sarselli se retrouve coincée entre 2 mauvais choix . Enfin, la majorité doit surtout favoriser les transports en commun et les piétons. L’automobile doit rester secondaire dans les déplacements en centre ville . par contre, favoriser les parkings relais honnis par la précédente équipe, ce serait bien . Les référendums ne solutionnent rien dans ce cas mais une vision stratégique claire et complexe le peut . On l’attend toujours !
Signaler RépondreLe problème c'est qu'à lyon on refuse de faire un choix pour régler la circulation :soit raser le vieux lyon et ce qu'il reste de Perrache pour faire une a6 à 6 voies soit demolir l'échangeur de Perrache et controurner toutes les autoroutes de lyon. Il faut choisir maintenant
Signaler RépondreUn referendum est impossible. Laissons la rue Grenette comme actuellement, c'est bien plus vivable sans les voitures de transit.
Signaler RépondreBonjour j'avais plaisir parfois à lire vos article, le probleme c'est qu'aujourd'hui (qui plus est sur ces sujets la) vous rouler pour cœur lyonnais donc meme si vous aviez raison vous n'êtes pas légitime..
Signaler RépondreJe n'ai pas lu mais je suis sûr que c'est très intéressant, aussi intéressant que mes commentaires sous pseudo.
Signaler RépondreOn va finir par faire un Grenelle pour la rue Grenette ;-)
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