Vous vous éloignez, M. le Président

Vous vous éloignez, M. le Président
Issam Benzeghiba - DR

Permettez-moi cet intitulé mais je n'en vois pas d'autre pour traduire ce que je ressens en réponse à votre volonté de soumettre ce projet de loi constitutionnelle sur la déchéance de nationalité. 

Je ne vous reconnais pas M. le Président quand vous engagez, comme réponse politique aux attentats, une telle mesure alors même que Le Conseil d’Etat juge que cette modification n’est aucunement dissuasive et que le Premier ministre la juge "symbolique".

On ouvre une brèche dans le droit du sol, on stigmatise des millions de binationaux à Lyon, dans la Métropole et partout en France et on légitime les propositions d’un front national qui ne demande que cela.

Je ne souscris pas M. le Président à cette mesure qui soit créerait des apatrides (contradiction flagrante avec la déclaration des droits de l'Homme) soit romprait le principe fondamental d'égalité de tous les français devant la Loi. Dans les deux cas, la "patrie des droits de l'homme" n'en sortirait pas grandie. De surcroît, on "n’exporte pas un terroriste", dixit un célèbre juge anti-terroriste.

J’ai du mal à considérer M. le Président que tous les Français ne seraient plus égaux devant la Loi si vous alliez au bout de votre projet. Ne serait-ce pas valider le projet de cette nébuleuse terroriste-parce qu'il y en a un- que d’acter une telle inégalité de traitement des citoyens devant la loi ?

La déchéance de nationalité n'a, compte tenu de son inefficacité déjà avérée, que la fragilité d'une réponse inadéquate alors que la solution doit construire et consolider les acteurs de la société civile dans ce combat pour les valeurs.

Les lois existantes sont suffisantes, faisons le choix de leurs applications fermes et rigoureuses.

Dans les faits, comment peut-on raisonnablement accepter une vision prédictive de la justice en ne se basant plus sur des faits mais sur des comportements ? Comment peut-on raisonnablement accepter de passer d’une logique d’accusation preuves à l’appui, à une logique de suspicion fondée sur un "caractère dangereux".

Je ne vous reconnais plus M. le président dans votre aveuglement à réaliser que si l’état d’urgence se justifie pleinement, sa prolongation ne ferait qu’aggraver des abus déjà constatés.

Ne laissez pas la crainte et la peur conditionner votre politique, les deux sont mauvaises conseillères. Il faut être du temps long. A ce sujet, Pierre Mendès-France évoquait d’ailleurs que "les démocraties, lorsqu’elles sont faibles, lorsqu’elles perdent leur sens profond et véritable, inclinent parfois à ne considérer que l’immédiat ou le très proche".

Ne donnez point raison à ceux qui ont juré de faire éclater le ciment républicain M. le Président, ce serait aller contre le sens de l'Histoire et ce serait méconnaître cette force invisible et cette puissance invincible que porte ensemble chaque citoyenne et citoyen de ce pays au quotidien et dans chacun de ses actes, la liberté et la tolérance. Ce fameux plébiscite de tous les instants…

J’ai du mal à croire que cette dimension-là soit minorée dans votre appréciation de la situation M. le Président.

Depuis quand un pays aussi grand que la France craindrait-il une poignée d'assassins ? Le marteau ne craint pas la punaise.

Je ne vous cautionne plus M. le Président en ces circonstances tant vous êtes à côté de cette jeunesse de France qui elle fait confiance à demain, qui elle demande de l'assurance et de la force et qui ne comprend pas en quoi la constitution peur être concernée par cette lutte contre le terrorisme.

A un sujet de cette gravité, c’est une solution qui est attendue, pas une réponse. Et, en cela aussi, vous vous éloignez sans cesse.

La force du pacte républicain est sa capacité à agglomérer les volontés d'adhésion aux valeurs dignes et respectueuses, alors que craindre à partir de là pour demain et le vivre ensemble?

Je ne comprends pas M. le Président pourquoi le principe d'indignité nationale, qui consolide l'esprit républicain car elle officialise et marque le divorce entre les valeurs et l'ignominie, n’est évoqué que depuis peu.

M. le Président, faites le choix des valeurs et le pari de l'intelligence pour demain, le discernement doit guider la décision, c'est cela qu'attend la jeunesse Française. 

Faisons vivre la devise républicaine, chaque jour, partout et pour tous en donnant encore plus de corps aux défis sociaux, économiques, culturels qui se présentent.

Alors peut-être me sentirais-je plus proche de vous M. le Président.

Salutations républicaines.

Issam Benzeghiba est élu PS à Meyzieu et est professeur agrégé d'économie

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benzeghiba

13 commentaires
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MQN le 28/08/2017 à 07:04

Merci qui , najat .... dehors tout ce monde . Boris reprend le flambeau histoire de s en mettre plein les fouilles, tradition familiale ...

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Viagez le 29/01/2016 à 08:28

Pas un seul commentaire de troll de LM je suis deçu

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Kestionnage le 28/01/2016 à 09:15

Est ce que c'est la position officielle du PS du Rhône ? Il me semblait avoir lu ici ou ailleurs que Collomb était pour la déchéance

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lil le 27/01/2016 à 09:31

Dépose par Lilou Bravo bravo bravo ! Ça nous change des discours que nous avons l'habitude d'entendre de la part des politiques !

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meyzieu le 26/01/2016 à 23:30

Jeune, brillant et pertinent!

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true story guys le 26/01/2016 à 18:28

Au ps du rhone, on a dénoncé la mesure d'Hollande et Valls. Mais tout le monde va se coucher pour avoir des places hein

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Akoté Delaplak le 26/01/2016 à 16:58

M. Benzeghiba,
Je suis d'accord avec vous sur l'inégalité mais pas celle que vous décrivez.
Une fois encore, certainement votre côté politicien, vous ne souhaitez, comme François Hollande que vous interpellez, ne traitez que les conséquences sans jamais attaquer les causes.
La première inégalité dans la cas de la nationalité, est qu'il existe en France des français mono nationaux et des français bi-nationaux, même plus.
Vouloir traiter une inégalité par une autre inégalité, François Hollande, ou vouloir laisser perdurer une inégalité, vous, c'est affligeant intellectuellement.
Comment expliquez-vous d'un point de vue de l'égalité, et/ou des droits de l'homme que vous nous citez, que l'état français puisse tolérer plusieurs types de français ?
Les mono nationaux et les pluri-nationaux ?

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Sam le 26/01/2016 à 16:05

Il faut déchoir de la nationalité le prêtre pédophile de lyon

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antidécheance le 26/01/2016 à 14:53

je souscris a quasiment tout ce qui est dit. triste France, on se perd avec toutes ces lois au lieu de revenir et de s'occuper de l'essentiel!

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Dietrich le 26/01/2016 à 14:19

""On ouvre une brèche dans le droit du sol, on stigmatise des millions de binationaux à Lyon, dans la Métropole et partout en France et on légitime les propositions d’un front national qui ne demande que cela.

Je ne souscris pas M. le Président à cette mesure qui soit créerait des apatrides ... """

La déchéance de nationalité ne va concerner que les binationaux, auteurs d'actes de terrorisme contre la France.
Rien d'anormal à ce qu'ils se voient déchoir de la nationalité française, ils ne seront pas apatrides puisque possédant une autre nationalité. Pour conclure, la double-nationalité est une hérésie et ne devrait être accordée qu'aux ressortissants de pays qui la reconnaisse.

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MOI le 26/01/2016 à 13:57

bien dit! pour une fois qu'on ne brosse pas dans le sens du poil et qu'on ne joue pas une place..suivez mon regard!
bonne continuation

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Polim le 26/01/2016 à 12:39

On entend plus du tout parler du projet. Ya un calendrier, quelque chose ? Les députés doiventn le voter bientôt ?

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Cimer le 26/01/2016 à 12:24

j'avais bien aimé votre tribune sur Kabtane, là c'est encore réussi !

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