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Aillard : “Il faut un vrai patron au HCL !”

Jean-François Aillard, 58 ans, délégué CFDT, est le plus ancien membre du conseil d’administration des HCL où il siège depuis 20 ans. Ce qui lui donne une certaine liberté de parole.

Comment vous expliquez la crise des HCL ?
Jean-François Aillard : D’abord, il faut savoir qu’il est extrêmement difficile d’avoir une idée précise de la situation. Car les HCL, c’est un peu le monde du silence ! D’ailleurs aujourd’hui, je n’arrive pas à me faire une idée, même approximative, de notre situation financière. Je ne connais pas le montant précis du déficit réel, ni le nombre exact de salariés !
Mais on sait qu’il y a un déficit !
Oui. Officiellement, il est de 36 millions d’euros. Mais les HCL ont obtenu une série de dotations exceptionnelles accordées par l’Agence régionale d’hospitalisation, sans lesquelles il aurait été de 70 millions d’euros. Et on parle en interne de 108 millions d’euros pour 2008, voir 150. Mais franchement, je ne sais pas sur quelle base !
A qui la faute ?
Les HCL n’ont pas su s’adapter à un contexte nouveau. Globalement, l’assurance maladie veut faire des économies, et pour compenser ce manque à gagner, les HCL devraient augmenter leur activité de 1,5%. Or elle stagne. Alors que les frais généraux augmentent régulièrement. D’où un déficit structurel. Face à un privé qui est au contraire très concurrentiel à Lyon.
La concurrence du privé, ce n’est pas un alibi ?
Mais je ne cherche pas à excuser les HCL. Je siège aussi au SROS, un organisme public qui permet d’évaluer les besoins futurs de santé publique. Ce qui m’a par exemple permis de constater dès 2004 qu’il fallait développer les centres de rééducation. Une activité qui rapporte de l’argent ! J’ai immédiatement répercuté l’info en conseil d’administration des HCL où on m’a tout juste écouté poliment. Alors que le privé a rapidement réagi en mettant en place des structures adaptées où les HCL envoient aujourd’hui leurs patients !
D’autres exemples de l’inertie des HCL ?
Oui, sur la chirurgie ambulatoire, c’est-à-dire les opérations réalisées sans dormir à l’hôpital. Quand vous allez dans le privé pour un geste minime comme une arthroscopie, vous faites ça dans la journée. Aux HCL, vous rentrez la veille et vous sortez le surlendemain. Soit deux nuits de frais d’hébergement en plus.
Il n’y a aucun projet pour développer l’ambulatoire ?
Si. On parlait de reconvertir l’Hôtel-Dieu pour l’ambulatoire. Mais les chirurgiens ont refusé en estimant que cela leur imposerait trop de déplacements entre les différents sites des HCL. Du coup, aujourd’hui, on est au point mort. Et le maire de Lyon veut même reconvertir l’Hôtel-Dieu en hôtel de luxe.
C’est facile de taper sur les médecins !
Je ne généralise pas. Mais il faut oser dire qu’il y a des gaspillages aux HCL et notamment que certains médecins mériteraient d’être remis au travail. Mais la direction n’a pas de prise sur eux car la communauté médicale se protège. Je ne veux pas reprendre le discours de Sarkozy mais dans le privé, si un chirurgien ne travaille pas, on ne le garde pas.
Et les infirmiers et les aides-soignants sont tous exemplaires ?
Je ne dis pas ça. Mais ils sont payés des salaires de misère pour une pression maximum. Il faut quand même savoir qu’un jeune kiné, par exemple, commence à 1 300 euros net. D’ailleurs, ils sont de plus en plus nombreux à quitter les HCL...
Mais avouez que les syndicats sont aussi responsables en étant opposés à toute réforme ?
Mais les syndicats ne sont pas opposés à toutes réformes, notamment la CFDT qui a déjà accompagné plusieurs réformes. En revanche, il faut tenir compte des spécificités des HCL. Certaines cliniques privées se sont habilement spécialisées dans des activités très lucratives genre médecine sportive, alors que nous, on accueille des personnes âgées et des polytraumatisés qui demandent un accueil plus long et plus coûteux ! De plus, on assure la formation des professionnels de santé qui filent ensuite dans le privé. Voilà pourquoi on n’aura jamais exactement les mêmes coûts de fonctionnement que le privé qui au fond profite bien des HCL !
Mais les syndicats ont aussi leur responsabilité dans cette inertie des HCL ?
Quel est le poids des syndicats aux HCL ? On doit avoir 10% de syndiqués. Quand on fait une grève, on mobilise 15% du personnel qui se retrouve de toute façon réquisitionné... Non, le problème des HCL, ce n’est pas les syndicats.
Alors quel est le problème des HCL ?
Le problème, c’est que les HCL sont mal gérés car on a eu plusieurs directeurs qui n’ont pas vraiment joué leur rôle. Et pour redresser la barre, il faut un vrai patron au HCL ! Un patron capable de remobiliser les HCL avec un projet motivant.
Mais le vrai problème, ce n’est pas le gigantisme ?
En tout cas, le gouvernement estime au contraire qu’il faut renforcer encore le rôle des grands hôpitaux publics comme les HCL. C’est en tout cas ce qui apparaît dans le rapport Larcher. Personnellement, je n’ai pas d’idées arrêtées. Mais c’est clair que diriger une petite structure, ça permet au moins de voir plus clair !



Tags : HCL | aillard |

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