Contributions 14-11-2012 à 15:27
C’est comme la ponctuation d’une année.
C’est comme la rentrée des classes, la sortie d’un nouveau Woody Allen,
d’un Amélie Nothomb, que la cadence est donc régulière, c’est
l’ouverture en fanfare des premiers futs du Beaujolais Nouveau.
Pauvre beaujolpif, produit cette année par des viticulteurs en
pleine souffrance : si la récolte du raisin est bonne, elle est chiche.
Pauvre
beauj’ nouveau, méprisé par les délicats. Osez un seul moment dire que
vous prenez, ne serais-ce qu’une once de plaisir à une lampée de son jus
fruité, et vous passerez pour le dernier des malotrus, pour un ignare
de la boisson, pour un béotien du viticole et un ignare de la
gastronomie. Pire même : pour un touriste de la tendance des ravis
permanents, nouvelle appellation politiquement correcte fabriquée par
votre serviteur pour désigner les imbéciles heureux.
Cela
n’empêche pourtant pas les notabilités lyonnaises, sur leur composante
la plus vieillissante, ces éminences pourfendeuses émérites du jugé trop
vulgaire breuvage, à droite comme à gauche, dans les affaires, les
médias comme la politique, que de s’arracher les cartons d’invitations,
les précieux cartons, pour le goûter avant tout le monde chez m’sieur
l’Préfet, au conseil général ou au Hilton, sous les auspices du Progrès.
"Il faut s’efforcer d’être jeune comme le Beaujolais", disait
Robert Sabatier. Ces augustes vieillards et semis-vieillards en
notabilités chercheraient-ils le sang de la jeunesse dans les coupes
échangées ce soir d’avance sur tout-venant obligé d’attendre minuit la
perce des tonneaux à Bellecour ?
Cessons d’être mauvaise langue, nous avons besoin de conserver tous nos sens gustatifs pour l’ouverture des bouteilles à venir.
Pauvre
nectar nouveau ! Pourtant tu as beau avoir inspiré les Côtes-du-Rhône
et la Touraine, tu as beau partir par cargos entiers à Pékin comme à
Tokyo, tu peux courir les verres et les carafes de la France et du
globe, on te refuse toujours le pourpre (un comble pour un vin rouge) de
l’authenticité et de la véracité, on ne veut pas que lors d'un moment, échappé
un peu du formatage, on te laisse un respirer sur le zinc des verres
trinqués en amitié.
Certes, après avoir goûté un peu tes atours,
certaines années de framboises, d’autres de banane, on peut aisément se
lasser parfois d’un abus d’aromates aussi étrangers au raisin que Nadine
Morano, Michel Charasse ou Kim Dotcom au bon goût.
Certes tu
es, de ton terroir, sans doute pas le plus charpenté ni le plus affiné.
Tu es un peu superficiel à te comparer à tes frères du Fleurie et du
Côte de Brouilly et sot serait celui qui voudrait abuser de tes charmes.
Il en ressortirait le lendemain casqué façon Godefroy après un bon
bouillon.
Il est vrai que les mauvaises langues te disent plus
calibré dans les dossiers des études marketing que dans les tréfonds de la
terre-mère. Ou que tu pourrais inciter les gros consommateurs de
boissons alcoolisées à suivre cette maxime "Boire peu pour boire
longtemps".
Mais qui, à part toi, peut se gargariser (non ne vous
gargarisez pas AVEC du beaujolais nouveau, l’effet serait redoutable)
de donner autant le sens de la fête à la percée de tes outres ? Au
débouchage de tes bouchons. Certes, comme le dit le Talmud, il n’y a pas
de joie sans vin et tu n’as, c’est évident pas à toi tout seul
l’exclusivité de la possibilité de l’ivresse des êtres.
Mais
qu’il est doux ce jeudi où l’on s’interpelle à longueur de rues et de
quartiers de Lyon pour un verre entre copains. "Eh t’as goûté le
beaujolais nouveau ? Viens tu me dira quel goût il a cette année…".
Retrouvez tous les billets de Romain Blachier sur son blog Lyonnitude(s).
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Commentaires 7
Déposé le 16/11/2012 à 16h22
Par Pascal Citer
De l'amertume comme plusieurs mois après l'élection de François Hollande ?
Déposé le 15/11/2012 à 12h18
Par Piquette Citer
Et pourtant à coté de la piquette il y a de très bons crus :Chénas, Juliénas,St Amour, Régnier, Moulin à vin, Fleurie,Morgon, Brouilly …avec un rapport qualité/prix acceptable. Ces vins subissent le contre coup de la mauvaise réputation de la piquette. Il faudra, si les vignerons veulent encore survivre, choisir entre la qualité des crus, et le coté festif du Beaujolais nouveau.
Déposé le 15/11/2012 à 09h41
Par Violaine Dumont Citer
Déposé le 15/11/2012 à 08h57
Par Rebeyne Citer
Toutes actions et initiatives pour continuer ou sauvegarder nos traditions sont les bienvenues fussent elles de gauchistes.
D'autant que cela nous change de la farce festive du 8 décembre initiée par la Ville de Lyon depuis une dizaine d'années maintenant.
Bonne dégustation !
Déposé le 14/11/2012 à 21h29
Par Florent Citer
Déposé le 14/11/2012 à 21h19
Par romainblachier Citer
http://www.lyonlemelhor.org/2012/11/soiree-beaujolais-la-traboule-jeudi-15-novembre/
Déposé le 14/11/2012 à 17h03
Par Rebeyne Citer
http://www.lyonlemelhor.org/2012/11/soiree-beaujolais-la-traboule-jeudi-15-novembre/