27-06-2008

Duhamel juge Collomb

Malgré sa réélection spectaculaire à la mairie de Lyon, Gérard Collomb n’arrive toujours pas à s’imposer dans les baromètres politiques nationaux. L’analyse d’Alain Duhamel, chroniqueur à RTL.

Comment Gérard Collomb est perçu à Paris ?
Alain Duhamel : Il passe pour un bon gestionnaire et un élu pragmatique, précurseur de l’ouverture du PS aux centristes... Mais il passe également pour quelqu’un d’extrêmement prudent qui n’a jamais rien fait pour peser au sein du PS. Il prend également très rarement position dans le débat politique national, sinon en faveur de Ségolène Royal pendant la campagne de la présidentielle. Et encore, son soutien était très discret.
C’est la raison pour laquelle il ne fait partie d’aucun baromètre politique ?
En fait, c’est un cercle vicieux. Il n’est pas dans les baromètres nationaux parce qu’il n’est pas assez connu sur le plan national. Et il n’est pas assez connu sur le plan national parce qu’il n’est pas dans les baromètres nationaux.
La principale faiblesse de Collomb ?
Je ne l’ai jamais interviewé. Du coup je le connais assez mal. Mais il m’est arrivé de l’entendre. Et disons que je ne l’ai pas trouvé très éloquent.
C’est pour ça qu’il passe rarement à la télé ?
Là encore, c’est un cercle vicieux. Pour être éloquent, il faut être entraîné, donc être invité sur les plateaux télé, donc être connu, donc être éloquent... La seule façon de briser ce cercle, c’est de prendre des positions tranchées sur le plan national, ce qui oblige les médias nationaux à vous interviewer. Et donc les instituts de sondage à vous intégrer dans leur baromètre.
Mais c’est risqué de prendre des positions tranchées, car on se met forcément à dos une partie de l’électorat !
Oui, mais on ne devient pas populaire sans prendre de risque. De plus, il y a beaucoup de dirigeants politiques de sensibilités différentes qui passent sur le plan local pour des bons gestionnaires et des élus plutôt ouverts, voire consensuels. Ce qui ne les empêche pas d’exister sur le plan national.
Exemple ?
Gaston Deferre était un excellent gestionnaire, qui gouvernait à Marseille avec le centre, et même avec la droite. En même temps, il était président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Bref, il était sectaire à Paris et ouvert à Marseille.
Mais Collomb essaie d’exister aujourd’hui sur le plan national en voulant présenter une motion pour le prochain congrès du PS !
Oui, mais sa démarche aurait eu plus de retentissement s’il avait réuni les dix principaux maires socialistes de France pour présenter son projet de réforme du PS. Au lieu de ça, il n’était entouré que de deux élus : le président du conseil général des Bouches-du-Rhône et le président de la communauté urbaine de Bordeaux... Pour être plus visible, Gérard Collomb aurait dû aller à la réunion des reconstructeurs qui s’est tenue début juin à Paris, où se trouvaient tous les poids lourds du PS qui ne sont ni pour Delanoë ni pour Royal...
Et vous trouvez pertinent son projet de vouloir réformer le PS par la base ?
Oui, la démarche de Gérard Collomb est cohérente. D’ailleurs moi aussi, je me demande pourquoi les socialistes n’appliquent pas sur le plan national les recettes qui marchent au niveau local. Mais pour se faire entendre, Gérard Collomb doit multiplier les prises de position franches sur des questions nationales, tout en s’appuyant sur le plus grand nombre d’élus locaux possible, pour éviter que ça apparaisse comme une démarche individuelle. Et il doit expliquer sa méthode : comment il rassemble, comment il travaille avec un gouvernement de droite...
Franchement, Collomb n’est pas un peu boycotté parce qu’il n’est pas parisien ?
Il ne faut pas être parano. Il y a des provinciaux qui pèsent à Paris, parce qu’ils ont eu la volonté de se constituer des réseaux en politique, dans les médias... Gérard Collomb a une bonne image, il est maire d’une très grande ville... S’il s’en donne les moyens, il peut donc s’imposer.

Propos recueillis par Thomas Nardone

 

Commentaire

Decryptage

La ligne sombre vu par Jm ? non ?

ligne sombre

Le concept de ligne claire marque une démarche prétentieuse où sont recyclés des clichés anciens d'une prétendue social démocratie qui manque de colonne vertébrale. Quelles sont les idées nouvelles ou les priorités pour notre pays ? Gérard Collomb est il-libéral, social-démocrate ou socialiste ? Sur cette voie, Manuel Valls a défendu des idées originales et courageuses qui tranchent avec cet opportunisme militant qui se prétend novateur. La ligne claire s'adresse aux militants du PS mais ne s'adresse pas au peuple et à la France. Il n'y a pas besoin d'être Alain Duhamel pour déceler ce vide plein de lui même. Talleyrand (expert comme Duhamel) disait que l'on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment.

sacré lui

Duhamel...l'homme qui a un avis sur tout et qui sait tout

Brennos

Je crois que "l'envergure" ne se décrète pas. Mais peut être n'est ce pas le but final de l'opération ... on peut quand même supposer que Gérard Collomb ne s'imagine pas en "jeune premier". Il s'agit aussi probablement personnellement pour lui d'une revanche sur un PS parisien qui l'a toujours méprisé et humilié. Politiquement, je ne suis pas forcément fan, individuellement, je trouve que ce type de "revanche" a le mérite d'être savoureuse.

Rose fuschia

Monsieur l'adjoint au maire du 7ème, je n'ai pas dit que Lyon était une sous-préfecture. C'est sa classe politique, maire compris, qui est digne d'une sous-préf. Mais il est vrai qu'on a les élus qu'on mérite...

romain blachier

rose fuschia, traiter lyon de sous-préfecture c'est un peu méprisant...c'est peut etre d'ailleurs une des choses qui a perdu perbren, ce mépris d'une certaine droite pour notre ville Lyon pour le reste je viens de faire un petit article sur la démarche de Collomb "la ligne claire" au ps http://romainblachier.typepad.fr/mon_weblog/2008/06/le-choix-de-la-ligne-claire.html

Rose fuschia

Le problème de Collomb c'est lui. Un gentil petit monsieur. C'est sans doute pour cela qu'il réussit si bien à Lyon, cette ville qui finalement préfère les passe-murailles. Et à toujours eu une classe politique digne d'une sous-préfecture... L'envergure ça ne se décrète pas. Il n'en a pas.

Brennos

En fait dans cette interview Duhamel analyse un Gérard Collomb qu'il ne connait pas du tout. Ne serait-on pas loin d'une "dégustation" politique "à l'aveugle" ? De là à dire que le vin goûté a peu de saveur mais peut être prometteur. Pas de quoi figurer au Parker.... dans tout les cas.
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