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Les projets de réhabilitation de l’Hôtel-Dieu sélectionnés

Gérard Collomb a présenté lundi les cinq projets retenus pour l’aménagement de l’Hôtel-Dieu. Le monument lyonnais, consacré à la bienfaisance et au soin depuis son érection débutée au XIIème siècle et achevée par la municipalité en 1480, s’apprête donc à faire peau neuve, en accueillant une activité hôtelière de grand luxe. Et le site de 50 000 m2 aiguise, en parallèle, d’autres convoitises. A l’heure où les sites intra-muros se font rares et précieux, d'autres institutions lyonnaises s’imaginent volontiers dans les locaux. Entre l’obligation d’un investisseur pérenne et d'un groupe hôtelier, qui dessine les contours d’un projet grand luxe dans ce domaine, et la volonté institutionnelle ne pas dénaturer le bâtiment, il s’agit pour tous les acteurs de cette réhabilitation de rassembler intérêts privés et projet collectif. Une hypothèse envisageable pour un projet qui s’affine.

L’Hôtel-Dieu cristallise à lui seul tous les enjeux urbains du futur de la ville de Lyon. Situé au coeur de la presque île, il englobe les problématiques de conservation et de développement. Et pourrait réussir le tour de force d’allier les deux, si les bonnes volontés affichées se matérialisent en Octobre, à l’heure du choix final du projet. Et si les deux années écoulées avaient laissé planer un certain doute quand au contenu du projet, passant à tour de bras d’une farouche volonté de conservation du patrimoine au tout-luxe privé, il se trouve que la réunion de lundi a rassuré sur les gardes-fous inhérents au cahier des charges des candidats. Il faut en effet que le dossier présenté, pour être recevable, présente le concours de deux architectes, dont un conservateur du patrimoine. Une nécessité qui laisse à penser que les modifications apportées à l’Hôtel Dieu se feront dans le cadre classique des bâtiments déjà existants. Et le pessimisme prudent, affiché par Denis Broliquier, maire du 2ème arrondissement de Lyon, vient rappeler que l’Hôtel-Dieu est un joyau à préserver : «Nous avons toujours une incertitude très forte sur ce que va devenir ce bâtiment. On ne sait pas du tout si les investisseurs vont proposer des plans qui respectent la vocation historique de l’Hôtel Dieu qui est l’aide aux plus pauvres et la santé publique. On ne peut pas avoir un bâtiment 100% luxe. Je veux que la notion de générosité reste attachée à ce bâtiment. Il ne faut pas en faire n’importe quoi au nom de la rentabilité.» Si les gages de confiance ont pourtant été présentés, la vigilance demeure du côté de l’élu, qui regrette peut être que les projets choisis n’aient pas été révélés plus avant lors de la présentation de lundi. La phase d’«offres», qui dévoilera le contenu des projets retenus est prévue pour le mois de juin.

Car à ne pas s’y tromper, se dessine en filigrane une querelle revue des anciens et des modernes dans le choix d’habilitation. Si la mutualisation sur le site de l’Hôtel Dieu des trois musées médicaux lyonnais semble acquise, sur une surface de 3000m2, reste à déterminer quelles autres institutions trouveront droit de cité entre les vieux murs du bâtiment. Et cette perspective fait quelques envieux. Michel Lussault, président du pôle de recherche et d’enseignement supérieur université de Lyon, ne masque pas son enthousiasme à l’évocation de cette possibilité : «une université comme celle de Lyon, qui ambitionne d’être une des toute première université européenne, a besoin de locaux de prestige pour recevoir ces invités, pour réaliser des activités de soutenance de thèse. Nous manquons de ces locaux en France en général et à Lyon en particulier. L’Hôtel Dieu nous placerait au niveau des plus grandes universités européennes en matière de locaux de prestige pour accueillir nos visiteurs, nos étudiants, nos collègues. C’est une très belle opportunité pour nous.» Et d’évoquer, pêle-mêle, les activités que pourrait accueillir le site : le pôle de recherche et d’enseignement supérieur, les services centraux, une salle des soutenance de thèse et d’organisation de séminaires scientifiques, des salles de réception, la salle des conseils, le service des études doctorales. Il y a certes loin de la coupe aux lèvres pour obtenir les 3000m2 nécessaires à la mise en place de ce projet, même si Gérard Collomb assure son concours plein et actif pour que le site puisse avoir ce double emploi. De quoi certainement apaiser les interrogations légitimes de Denis Broliquier.

Quid du médical ? Il s’agit de la contrainte sous-jacente à ce projet, car il n’est pas question d’une perte d’identité historique complète pour le site de l’Hôtel-Dieu. Dès lors, comment continuer à faire vivre, hors médecine opérationnelle, ce lieu dédié au soin depuis neuf siècles. Les services cliniques de l’Hôtel Dieu ayant déjà été redistribués sur d’autres centres de soins, la médecine, chirurgie et obstétrique ont un moratoire d’activité jusqu’à la fin 2010. Après cette date plus rien ne rapprochera de près ou de loin le lieu avec l’activité médicale. Une perspective qui n’émeut pas outre mesure Bruno Cazabat, directeur des affaires techniques des HCL : «Depuis Rabelais, qui a sévi à l’hôtel Dieu il y a quelques siècles, la médecine a changé. Les conceptions antérieures avec de grandes salles communes, un dôme permettant d’évacuer l’air vicié sont évidemment complètement dépassées. Aujourd’hui, on a besoin d’un plateau technique large, suffisamment mobile et exploitable pour tenir une activité hospitalière optimisée. Ces bâtiments là correspondent au besoin d’un époque. Quelques siècles plus tard, ils sont complètement inadaptés.» Ne restera-t-il donc de l’activité historique que les musées prévus pour l’évocation ? Pas si sûr, car la Mutualité du Rhône est aussi sur les rangs pour occuper les espaces vacants. Elle souhaiterait y transférer «La Maison des Adolescents» et des activités associatives de santé publique. 1500 m2 sont nécessaires à ce transfert partiel d’activité, qui trouve sa légitimé dans son paradigme médical.

Le vieux monument lyonnais dessine son futur à double enjeu : commercial et patrimonial. Un test grandeur nature, qui recouvre toutes les problématiques de l’urbanisation à la lyonnaise : proximité fluviale, conservation et développement. Nul doute que la réussite du projet de l’Hôtel Dieu sera déterminante dans le processus d’urbanisme local et qu’il pourrait devenir un référent s’il emporte la concorde de tous les acteurs locaux.



Tags : hotel dieu |

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