Nous étions partis aux États-Unis célébrer ce qu’il reste sans doute de plus universel dans un monde qui se fragmente : un ballon, vingt-deux joueurs et quelques milliards d’êtres humains capables de se comprendre sans partager la même langue.
À la place, nous retrouvons notre époque. Hyperconnectée et hyperpolarisée. Même les stades des États-Unis, dans le pays de Martin Luther King, n’ont pas réussi à laisser le racisme au vestiaire. Les tribunes applaudissent les buts tandis que les réseaux sociaux et certains médias comptabilisent les origines.
À Lyon, impossible de ne pas commencer par Bradley Barcola. L’enfant de l’OL donne parfois l’impression de jouer avec une seconde d’avance sur le reste de l’humanité. Il accélère comme la fibre, élimine comme on fait défiler une story Instagram et traverse les défenses avec la simplicité des évidences. Chez lui, le football cesse d’être un sport pour redevenir un langage.
Cette Coupe du monde l’a définitivement installé parmi les grands. Deux buts déjà. Le premier contre le Sénégal, quelques instants après son entrée en jeu, comme si le destin avait oublié d’attendre. Le second face à la Suède, au terme d’un mouvement collectif si harmonieux qu’il ressemblait davantage à une chorégraphie qu’à une attaque. Deux buts qui racontent moins une performance qu’une promesse.
Car Barcola raconte infiniment mieux la France que bien des débats télévisés. Une France qui avance et se mélange. Une France qui préfère les passes décisives aux assignations identitaires. C’est précisément cette France-là que certains refusent obstinément de regarder.
La sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s’en est prise à Kylian Mbappé avec des propos d’une violence sidérante. Puis Mariano Rajoy, ancien Premier ministre espagnol, a expliqué qu’il n’y avait "aucun joueur français" dans cette équipe de France.
Heureusement, le social-démocrate et Premier ministre espagnol actuel, Pedro Sánchez, a répondu avec le calme de ceux qui savent que l’Histoire finit toujours par rendre son verdict. Il a rappelé une évidence devenue presque subversive, en ce 14 juillet plus encore que les autres : un Français ne possède pas de visage officiel.
Une nation n’est pas un héritage figé mais une volonté partagée. Ernest Renan l’avait compris bien avant les algorithmes. La France n’a jamais été une photographie mais un pays en mouvement.
Voilà sans doute le véritable match de cette Coupe du monde.
Sur les pelouses américaines, les Bleus affrontent l’Espagne avant, peut-être, l’Angleterre ou l’Argentine. Hors des terrains, une autre match se joue. D’un côté, un racisme mondialisé, parfaitement adapté aux réseaux sociaux qui récompensent davantage les indignations que les nuances. De l’autre, des progressistes et des humanistes qui redécouvrent qu’aucune valeur ne survit sans être défendue.
Pendant longtemps, beaucoup ont cru que la tolérance progresserait naturellement, comme les mises à jour d’un iPhone. L’Histoire, elle, n’installe jamais ses correctifs toute seule. Chaque génération doit choisir les siens.
tout progresse mais dans le mauvais sens ..
Signaler RépondreRacistes et progressistes, c'est la même daube
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