Pendant des décennies, les auteurs de violences sexuelles ont principalement été appréhendés sous l'angle de la sanction pénale. Sans jamais minimiser la gravité des faits ni la place des victimes, une autre approche s'est progressivement développée : prévenir la récidive par le soin.
C'est tout l'enjeu du Centre Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles (CRIAVS), créé il y a une vingtaine d'années et financé par l'Agence régionale de santé.
Présents au nombre de 27 en France, les CRIAVS accompagnent les professionnels de la santé, de la justice et du secteur médico-social confrontés à la prise en charge d'auteurs de violences sexuelles.
"Notre objectif final est de lutter contre la récidive pour protéger la société, résume Élise Ribot, infirmière au CRIAVS de Lyon au Vinatier. Nous accompagnons les équipes qui prennent en charge des auteurs de violences sexuelles afin de réfléchir avec elles aux meilleures stratégies d’accompagnement."
Concrètement, les équipes du CRIAVS animent des temps d'échanges d'environ une heure et demie autour de situations complexes, avec un suivi lorsque cela est nécessaire. Elles proposent également un catalogue de formations gratuites, des webinaires, des journées d'études et entretiennent un réseau d'acteurs afin de renforcer la coordination entre les différents intervenants.
"Les professionnels doivent avant tout être complémentaires entre eux", souligne Juliette Feuillepain, interne en psychiatrie.
Au-delà de cet accompagnement, le centre mène plusieurs travaux de recherche, entre autre, un des projets de recherche actuel se porte sur l'évaluation d'un outil de prévention des violences en milieu scolaire.. Les équipes sont également de plus en plus sollicitées concernant les mineurs auteurs de violences sexuelles, qui représenteraient près de 40 % des faits des faits de violences sexuelles sur mineur
Le pari de la prévention avec STOP
Depuis janvier 2026, le CRIAVS participe à la nouvelle campagne du dispositif STOP, lancé il y a cinq ans pour orienter les personnes inquiètes de leurs attirances sexuelles envers des mineurs avant un éventuel passage à l'acte.
"L'idée est de mettre en lien des personnes qui ont des fantasmes pédophiles avec des professionnels capables de les accompagner pour prévenir un passage à l'acte", explique Juliette Feuillepain.
Accessible uniquement aux heures de bureau, la ligne reçoit en moyenne une douzaine d'appels par jour en France, soit près de 4 500 appels en 2025. Les appelants sont souvent déjà suivis par des professionnels de santé mentale, sans oser évoquer leurs attirances. Des proches ou des familles contactent également la plateforme.
Dans les situations les plus préoccupantes, lorsqu'un appelant évoque un passage à l'acte imminent, un signalement peut être réalisé. À Lyon, cette procédure n'a été déclenchée qu'à trois reprises, dont deux se sont révélées être finalement des canulars.
Déjà développé dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne où des campagnes d'affichage ont été menées dans les transports en commun, ce dispositif reste encore largement méconnu en France. Pour les deux soignantes, la forte stigmatisation autour de la pédophilie constitue encore un frein à l'accès aux soins.
Une confusion persiste d'ailleurs entre la pédophilie, qui désigne une attirance sexuelle envers les enfants, et la pédocriminalité, qui correspond au passage à l'acte et aux infractions commises sur des mineurs.
“Les victimes ont toujours parlé, mais la société est peut-être davantage prête à les entendre aujourd'hui. Pourtant, selon le rapport 2023 de la CIIVISE, 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année en France, soit un enfant toutes les trois minutes. Dans la très grande majorité des cas, l'auteur des faits appartient au cercle familial ou à l'entourage proche de l'enfant”, rappelle Élise Ribot.
Selon les études, on estime qu’entre 4 et 13% des hommes de la population générale auraient déjà eu une attirance sexuelle impliquant un mineur. Même si ces chiffres sont à appréhender avec prudence en fonction des méthodologies utilisées, ils reflètent une réalité et soulignent la nécessité de prendre en considération cette question de santé publique.
Si la justice intervient après les faits, le CRIAVS mise, lui, sur l'anticipation. C'est toute la philosophie du numéro STOP (0 806 23 10 63), une ligne d'écoute destinée aux personnes inquiètes de leurs attirances sexuelles envers des mineurs ainsi qu'à leur entourage, afin de favoriser une prise en charge avant qu'une victime ne soit créée.
La meute est composée de pédocriminels revendiqués.
Signaler Répondrela peine de Mort !!
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