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Benoît Hamon et Nathalie Perrin-Gilbert - LyonMag

Hamon et Perrin-Gilbert au Vinatier : c’est quoi le plus fou ?

Benoît Hamon et Nathalie Perrin-Gilbert - LyonMag

Benoit Hamon et Nathalie Perrin Gilbert ont rencontré le personnel de l’hôpital du Vinatier.

14h 45. Café de la Soie, Lyon 4e. Accompagné d’une équipe de militants de son mouvement Génération-s, Benoit Hamon finit de déjeuner avec Nathalie Perrin Gilbert, des militants du Gram et d’autres amoureux de la politique. Tous ensembles (une petite trentaine) ils ont passé la matinée de mercredi en visite d’une boutique SNCF menacée de fermeture.

 

Mais Benoit Hamon se lève : il a encore une longue journée de travail politique devant lui. Qui va continuer dès maintenant par les Urgences en grève de l’hôpital du Vinatier. Toute la troupe suit l’ancien candidat du PS, il ne reste dans le Café de la Soie que trois ou quatre militants de Génération-s.

L’un d’eux se saisit alors de la tasse de café inachevée de Benoit Hamon. Il la porte à ses lèvres et murmure, sans ironie, les yeux mi-clos : "boire dans SA tasse c’est le bonheur final".

 

15h15, Benoit Hamon arrive devant la chapelle de l’hôpital psychiatrique de Bron du Vinatier. Le Dr Salvarelli, un des chefs du Vinatier l’attend. Mis à part le nom que tout le monde connaît, l’hôpital psychiatrique éparpillé sur son gigantesque territoire d’une fois et demie la superficie du Vatican est nimbé d’un mystère inquiétant. La psychiatrie fait peur. En tout cas chez l’adulte.

Le Dr Salvarelli ouvre la salve : "L’ARS me dit que je garde mes patients trop longtemps. Mais quand mes patients vont mieux je ne peux pas les lâcher dans la nature. Et les services médico sociaux ne veulent pas les prendre. Et d’ailleurs on ne me donne pas l’autorisation de les laisser sortir".

 

C’est par exemple le cas des patients SDRE - ceux hospitalisés après une décision du maire ou du préfet. "La décision de sortie du Vinatier appartient au Préfet pas au médecin. Si le Préfet ne donne pas l’autorisation le patient ne sort pas", rappelle une psychiatre. Pendant plus de 2 heures, c’est le Dr Salvarelli qui va frotter Benoit Hamon et Nathalie Perrin Gilbert, maire du 1er arrondissement, à l’aride situation de la psychiatrie métropolitaine.

 

Le bouillant docteur compare la situation à son arrivée au Vinatier il y a 25 ans à  celle d’aujourd’hui : à l’époque 150 lits disponibles pour faire face aux troubles psychiatriques des habitants du 1er arrondissement (50.000 personnes). Toujours 150 lits pour une population de 225.000 personnes (le 1er, le 2ème, le 4ème, Rillieux, Vénissieux, etc.) aujourd’hui : "Cette année il faut encore que le Vinatier détruise 50 postes pour économiser encore 2,5 millions d’euros.  Et bien là je dis : je ne peux plus m’adapter". La pression ne cesse d’augmenter : le Vinatier c’est 12% d’arrêts maladie  et des infirmières qui - en moyenne - quittent leur poste, épuisées, au bout de 8 ans.

 

Premiers pas

 

Au sein du pôle, la petite troupe entourant Benoit Hamon et Nathalie Perrin-Gilbert passe par l’unité Lanteri Laura. C’est un service de crise, 24 patients en situation de détresse, dont deux sont même "contenus" (attachés ndlr). Ceux-là doivent être visités toutes les heures, longuement, par deux soignants car les visites à deux apaisent plus les patients en crise. Encore faut-il trouver deux soignants disponibles. Ce jour-là, il a fallu rappeler en urgence une infirmière car la titulaire est absente. Sa collègue ne doit pas rester seule.

 

Dans le couloir un patient passe, indifférent à la petite foule du jour, les pas menus, les yeux brouillés. Le groupe ne traîne pas. Il quitte l’unité pour les urgences. Benoit Hamon oscille entre ironie désabusée : "il y avait vraiment trop de fonctionnaires dans ce service" et partage du constat que le système est devenu fou : "avec les ONDAM [la limite des dépenses de santé fixée à la Sécurité sociale par le Parlement] on marche vraiment sur la tête". La société demande trop à la psychiatrie répond le Dr Salvarelli . Depuis la fin des années 90 il a fallu prendre en charge 1 million de patients en plus : "Aujourd’hui même la radicalisation vers le terrorisme ça devrait être pour nous", alors qu’il y a en France près de 900 postes de psychiatres qui ne sont pas pourvus.

 

Après 10 minutes de marche, l’un des bâtiments des Urgences est en vue. En grève. Même si "la grève, on ne sait pas trop bien faire", regrette le Dr Salvarelli. De fait, tout le monde a l’air en place. Les présents. Car dans ce pôle Urgence du Vinatier  c’est bien pire qu’ailleurs : personne ne veut venir y travailler. Il n’y a que 4 postes de médecins psychiatres pourvus au lieu des 10 inscrits au budget. Le serpent se mord la queue : "personne ne veut prendre un poste sachant qu’il se retrouvera seul à tout faire", commente un médecin.

Les médecins y sont plus jeunes, (les autres sont partis) la crise plus visible. Une infirmière de la CGT témoigne, debout dans une pièce trop petite de ces urgences "mal foutues" : "vendredi à minuit je me suis faite insulter car j’ai dû réveiller un patient qui dormait dans une chambre pour donner son lit à un jeune qui venait d’arriver. Et alors là j’ai craqué, j’ai dû me mettre en arrêt".

 

Il y a trois services d’urgences dans cet hôpital. Les trois sont censés répondre à des durées différentes, entre 24h et 10 jours, et accueillir des patients du secteur du Vinatier ou de la France entière. Tous sont engorgés, et les 3 sont "dans des bâtiments séparés". "Evidemment qu’il faudrait de l’architecture pour améliorer ça. L’ARS nous avait dit oui, qu’elle nous aiderait, mais au dernier moment ils ont retiré leur soutien financier. Maintenant ils disent que si on veut financer une construction il faut qu’on le fasse avec nos moyens, donc encore en  supprimant des postes d’infirmier", râle, assis sur une chaise hésitante, le Dr Salvarelli.

 

Agir

 

Il est 17h15, on sent le désir chez les politiques d’être utile à quelque chose. Nathalie Perrin-Gilbert demande pourquoi la Métropole (dont elle est conseillère) ne pourrait pas aider à l’investissement dans un nouveau bâtiment des Urgences. Elle insiste plusieurs fois, revient à la charge, mais sans que l’on sache trop pourquoi, la solution ne parait pas pouvoir convenir. Benoit Hamon propose alors "d’écrire au Cabinet d’Agnès Buzyn [oncologue, devenue ministre de la Santé] mais pour cela il faut que nous restions en contact. Je me dis qu’il doit être possible de mobiliser 10 à 15 millions d’euros".

 

Plus tard en conférence de presse à Villeurbanne avant sa réunion publique Benoit Hamon détaillera un peu : "J’ai  été de l’autre côté du manche. Je sais comment ça se passe quand on écrit à un ministre. N’importe quelle erreur technique dans le courrier et c’est fichu : personne ne vous répond. C’est pour cela que j’ai besoin des équipes du Vinatier pour faire une lettre parfaite".

 

Le Vinatier de 2018 est bien loin du Vol au-dessus d’un nid de coucou dont le réalisateur vient de mourir.  La psychiatrie a beaucoup évolué, elle peut sans doute le faire encore. Mais il faudra encore beaucoup de Benoit Hamon et Nathalie Perrin-Gilbert pour que la société accepte de changer de regard sur ces patients qui font peur.

 

@lemediapol



Tags : vinatier | hamon | nathalie perrin-gilbert |

Commentaires 3

Déposé le 16/04/2018 à 08h18  
Par Zerf Citer

Enfin un très bon article dans ce journal.

Déposé le 14/04/2018 à 19h56  
Par @lemediapol Citer

Andy a écrit le 14/04/2018 à 15h41

Merci pour cet article qui détaille dans un langage compréhensible les déterminants et les enjeux de la mobilisation des personnels du Vinatier et, plus généralement, du monde de la psychiatrie !

Merci pour votre mot. Je ne pense pas avoir réussi le tour de force que vous signalez mais ce que j ai essayé de faire c est quand même un peu ça :-)

Déposé le 14/04/2018 à 15h41  
Par Andy Citer

Merci pour cet article qui détaille dans un langage compréhensible les déterminants et les enjeux de la mobilisation des personnels du Vinatier et, plus généralement, du monde de la psychiatrie !

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