L’«Athanor» revisite Rimbaud au Hot Club Jazz de Lyon

L’«Athanor» revisite Rimbaud au Hot Club Jazz de Lyon

L’ «Athanor» sera lundi soir en concert au Hot Club à Lyon. Composée par David Mayeux et Mathieu Goudot, l’entité met en musique des textes de Rimbaud, permettant ainsi une lecture plus personnelle de l’oeuvre du poète. Un pari militant et passionné pour deux artistes qui se rêvent volontiers alchimistes. Leur creuset, «l’athanor», leur permet de mélanger oralité et musique pour obtenir une vision de Rimbaud plus poétique que jamais. Et à l’heure du tout consommable musical, ça fait franchement du bien. Interview.

Lyon Mag : Expliquez-nous votre démarche et le choix de mettre en musique des textes de Rimbaud...
Mathieu Goudot :
Nous sommes amis avec David qui est l’interprète de l’Athanor. De mon côté, je travaille avec un autre groupe qui s’appelle Un vivant Un poète Un mort Un chien. Il se trouve que j’avais envie de faire une création un peu plus intimiste, au regard de mon autre groupe beaucoup plus marqué rock. Nous avons choisi de faire un contenu autour de la poésie symboliste du XIXème siècle. Au début, j’étais assez séduit par Lautréamont, autour des Chants de Maldoror. Mais cela aurait été un travail trop long, par rapport au découpage de texte et ce que nous souhaitions faire. Cela aurait redemandé un trop gros redécoupage en amont. Nous nous sommes donc tournés vers des textes de Rimbaud. Et nous n’avons pas choisi les plus connus ou les plus conventionnels, type le Dormeur du Val. Les textes choisis concernent plus la fin de sa vie, puisqu’il s’agit d’une Saison en Enfer et des Illuminations. Ce sont des textes plus matures par rapport à l’ensemble de son oeuvre, plus hermétiques. Il s’agit de leur donner du sens à la fois à travers l’interprétation, et le véhicule que constitue la musique.

La mise en musique est nécessaire à une relecture plus approfondie de cette partie de l’oeuvre de Rimbaud ?
Le texte, comme souvent dans la poésie symbolique, prend son sens dans la manière dont il est lu et énoncé. Le fait d’y ajouter une musique donne une certaine modernité. Nous avons fait une création électro-rock autour de ces textes qui leur donne une nouvelle lumière, et permet au fil de l’écoute de créer un sens, sans pour autant être une étude littéraire approfondie. Il y a un rapport assez dialectique entre la mise en musique et la verbalisation particulière du texte. Il y a des instants qui sont très musicaux. Après, nous ne faisons pas de la chanson. Il y a un côté noise, électrique. Le texte a influencé la musique, mais la musique influence aussi la manière de lire et la façon de les interpréter, de leur donner un sens.

Pourquoi n’avez-vous pas pris le parti d’une simple déclamation, plus classique ?

Le texte peut avoir un sens seul, mais on arrive forcément à une autre finalité. La musique que l’on a choisi correspond plus à ce qui se fait aujourd’hui. Mélanger oralité et musicalité était le but premier de la poésie. En mélangeant ces deux aspects, le but est de retrouver la finalité première de la poésie. Car à l’origine, la poésie était musicale et déclamée. Elle n’était pas écrite. On revient au but premier qu’elle s’était assignée : dire quelque chose qui correspond au texte à travers la musique et les paroles, tout en touchant le public. A travers l’oralité et la musicalité, la compréhension est beaucoup plus directe. Le travail de lecture, qui a plusieurs niveaux, est moins accessible qu’une déclamation.

Pourquoi la référence à l’alchimie ?
On a choisi le titre de la pièce musicale autour de Rimbaud. L’alchimie du verbe est un poème de Rimbaud du recueil Une Saison en Enfer. C’est un bon résumé de ce qui a motivé notre démarche. L’alchimie, c’est mélanger des matériaux pour en trouver un autre. L'athanor désigne le four nécessaire à la digestion alchimique. Notre démarche est équivalente. Nous mélangeons l’oralité et la musicalité pour créer quelque chose de nouveau.

Il a fallu chercher jusqu’au XIXème siècle un auteur ? N’y avait-il rien de plus contemporain qui aurait pu trouver grâce à vos yeux ?

J’ai fait des études de lettres. Je me suis spécialisé en troisième cycle dans la littérature de la fin du XIXème. Cette littérature m’a beaucoup inspiré, particulièrement les auteurs symbolistes, voire décadents. D’un point de vue littéraire, cette époque a atteint des sommets dans le renouvellement de la langue, dont on a créé de nouvelles brèches pour l’avenir. C’est une des périodes les plus intéressantes de l’histoire littéraire. Notre projet est né assez vite. Rimbaud s’est imposé de lui-même. Il peut toucher beaucoup de monde, c’est un auteur répandu. L’idée, c’est vraiment de lui donner une nouvelle lecture, moins mièvre que les lectures institutionnelles et scolaires.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas tourné vers une lecture plus pédagogique du texte ?
Nous voulions une lecture plus en rapport avec la violence de sa vie d’écrivain, à travers la violence du texte. Nous n’avons pas vocation à instruire. Nous voulons casser le côté académique de cet auteur.

Plus d’informations sur : http://www.hotclubjazz.com/
L’ «Athanor» en écoute sur : http://www.myspace.com/lathanor

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