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Vincent Carry - LyonMag

Vincent Carry sur l’European Lab : “A Lyon et en Europe, il faut financer la culture de manière plus pertinente”

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Vincent Carry, directeur du festival Nuits Sonores, était l’invité ce mardi de l'émission Ça jazz à Lyon sur Jazz Radio proposée en collaboration avec LyonMag.

C’est parti pour six jours de festivités. Les Nuits Sonores débutent ce mardi à Lyon, notamment avec Diane pour la première fois aux Subsistances. Quels sont les incontournables de ce festival ? "Il y en a pas mal, puisqu’il y a 250 artistes. Du côté des Subsistances, il y a la journée très attendue avec Laurent Garnier et Carl Cox. Sur les nuits, on peut citer la soirée norvégienne qui a un plateau vraiment intéressant. Difficile d’en dire plus, car c’est une programmation que l’on veut présenter dans son ensemble. Nous ne sommes pas un festival de têtes d’affiche, on essaye de montrer un panorama un peu global".

Depuis 2011, en plus des événements musicaux culturels, vous organisez l’European Lab, un forum sur cinq jours où se réunissent des acteurs du monde culturel, économique, politique et médiatique. Quel est le but de ces rencontres ? "C’est de rassembler des acteurs qui pensent aujourd’hui que les politiques culturelles au niveau français et européen ne sont plus adaptées à l’époque. Il y a environ 150 intervenants venant d’une quarantaine de pays différents, dans toute l’Europe et même dans le monde entier. Ils sont tous, à leur échelle, acteur de l’innovation culturelle, c’est-à-dire soit dans le domaine des nouvelles technologies, des nouveaux médias, soit dans le domaine de l’événement et du festival. Tous pensent qu’il faut réadapter les politiques culturelles aux enjeux d’aujourd’hui. Enjeux qui ont été bouleversés par la révolution numérique".

Vous affirmez que les politiques culturelles sont en inadéquation avec les enjeux de notre époque. Comment cela se traduit-il ? "Les politiques culturelles sont tournées exclusivement vers les grandes institutions, vers les cultures institutionnelles. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui 95% des budgets de la culture au niveau national et régional, sont tournés vers l’opéra, vers l’art lyrique, vers les cultures dominantes. Et l’ensemble des innovations, des nouvelles cultures, des musiques actuelles doivent se partager les marges. C’est un problème car les comportements culturels ont évolué, la révolution numérique a été majeure et a changé complètement la façon d’être un usager de la culture. D’autant que nous traversons une période de crise compliquée. Ce qui fait que beaucoup de gens sont déconnectés des réalités sociales, de vie culturelle et que l’un des enjeux pour lutter contre la montée des populismes et de la période très conservatrice dans laquelle nous sommes, ces de reconnecter la culture avec les différents publics, comme la jeunesse."

Donc selon vous, le public principalement visé par les politiques publics est surtout les personnes des centres-villes, les personnes âgées ? "Tout à fait, ce sont le public plus âgé, les CSP+ et en effet les publics de centre-ville. Les politiques culturelles sont génératrices de plusieurs types de fractures, notamment de fractures territoriales, générationnelles mais aussi de fractures sociales. Car je ne pense pas qu’aujourd’hui que la jeunesse française et européenne puisse se reconnaitre dans la répartition des budgets de la culture tels qui sont pratiqués."

A partir de ce constat, que faudrait-il changer à Lyon ? "Lyon est un moindre mal, car il y a eu un certain nombre d’évolutions et de prises de risques. Malgré tout à Lyon comme ailleurs, une immense majorité des moyens budgétaires sont fichés vers les grandes institutions culturelles. Le poids de l’art lyrique ou de l’opéra dans le financement de la culture pèse extraordinairement lourd en proportion de son impact social réel. Il faudrait avoir plus de transparence sur les financements de la culture et avoir la possibilité de réfléchir à une répartition plus pertinente sur le plan culturel social global. A aucun moment on dit qu’il faut réduire les budgets de la culture, au contraire, mais on dit qu’en période de crise il faut avoir le courage de les répartir de façon plus intelligente."

Ce sont des sujets que vous abordez avec Gérard Collomb, avec Georges Képénékian. Sont-ils ouverts à ce type de discussion ? "On se situe à l’échelle européenne et non pas à l’échelle locale. Mais en effet le maire de Lyon et l’adjoint à la culture sont présents et participent aux débats. Le simple fait qu’ils nous invitent à conduire ces débats à l’intérieur même de l’Hôtel de Ville signifie, sans doute pas une adhésion à tout ce que l’on raconte, mais au moins une adhésion au fait que l’on en débatte et c’est déjà intéressant. On parle parfois de problématiques locales, mais l’enjeu est clairement posé au niveau européen."

C’est la troisième édition des Nuits Sonores, qu’est ce que les deux premières ont pu apporter ? "Les deux premières étaient un peu pilote, parce que l’on était toujours dans une perspective d’invention d’un projet. On a constitué une communauté européenne d’acteurs dans le domaine des festivals et des labels et on s’est rendus compte qu’il y avait des problématiques communes, qu’il y avait aussi un désir d’être ensemble. On a décidé de ne pas être un réseau nous-mêmes, mais d’être une plateforme pour les réseaux."



Tags : nuits sonores | european lab |

Commentaires 1

Déposé le 07/05/2013 à 08h41  
Par Carlier Citer

La culture c est bien, mais avant il y a d autres besoins à satisfaire

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