PFAS : le scandale sanitaire qui pourrait dépasser l’amiante ?

PFAS : le scandale sanitaire qui pourrait dépasser l’amiante ?

Le débat sur les PFAS a longtemps été technique. Il est désormais public. Et c’est une très bonne chose.

Loin de moi l’idée d’expliquer longuement ce que sont ces substances per- et polyfluoroalkylées. Je laisse volontiers la médecin et militante de l’association PFAS Contre Terre, Lucie Gaillot-Durand, le faire avec précision.

Mais rappelons l’essentiel. Ces composés chimiques, utilisés depuis des décennies dans de nombreux procédés industriels, notamment par Arkema et Daikin, ont une caractéristique qui interroge profondément nos modèles de production : leur persistance.

On les qualifie de "polluants éternels" parce qu’ils ne se dégradent quasiment pas. Ils s’accumulent dans les milieux naturels comme dans les organismes vivants.

Et c’est cela qui doit nous préoccuper urgemment.

Il est ici question de sécurité environnementale. Et donc de santé publique.

Dans le sud de la métropole lyonnaise, à Oullins-Pierre-Bénite, leur présence a été détectée dans l’eau, les sols, l’air et jusque dans le sang des riverains. Plus de 200 000 personnes résident dans la zone identifiée comme la plus vaste pollution aux PFAS en France.

La pollution de la Vallée de la chimie n’est plus une hypothèse.

Une douzaine de rapports d’autorités sanitaires et environnementales ont établi une contamination généralisée : eaux de surface et souterraines, œufs, légumes, sols, lait maternel.

Les habitants ne demandent ni agitation ni surenchère. Ils demandent de la clarté. Et ils ont de quoi être inquiets.

Fermeture des Jardins de Maguy, ferme urbaine municipale qui alimentait les cantines des enfants. Fermeture des jardins ouvriers d’Arkema après la découverte de fruits et légumes impropres à la consommation. Renoncement, pour certains, à consommer les produits de leur propre potager. Les faits sont tristement têtus.

Claudie Grizard, 66 ans, habitante à 700 mètres de l’usine depuis plus de quarante ans, présente 17,5 microgrammes de PFAS par litre de sang. Diagnostiquée d’une stéatose hépatique, elle a dû cesser de consommer ses cerises, ses kiwis et ses raisins. Sa production annuelle de jus de raisin, jusqu’à 40 litres certaines années, a été stoppée après des analyses révélant une concentration de PFAS dépassant 130 fois la dose autorisée.

C’est dans ce contexte qu’une action judiciaire inédite en Europe a été engagée. Cent quatre-vingt-douze riverains, dont vingt-cinq mineurs, ont assigné Arkema et Daikin devant le tribunal judiciaire de Lyon. Les requérants réclament 190 000 euros par personne, soit près de 36,5 millions d’euros au total.

Les pathologies recensées font écho aux effets sanitaires connus des PFAS : six cancers du sein ; un cancer du testicule chez un mineur ; vingt-cinq maladies thyroïdiennes ; une vingtaine d’anomalies lipidiques ; une dizaine de maladies hypertensives ; plusieurs cas de colites ulcéreuses.

L’assignation évoque également le déversement de 3,5 tonnes de PFAS par an dans le Rhône (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, les rejets se situant désormais à quelques kilos par an) alors même que les risques liés à ces molécules étaient connus depuis les années 1990.

Au-delà des atteintes physiques, trois types de préjudices sont invoqués : le préjudice sanitaire, le préjudice psychologique lié à l’anxiété permanente et le préjudice de jouissance, c’est-à-dire l’impossibilité de consommer ce que l’on cultive soi-même.

L’association PFAS Contre Terre, portée notamment par Lucie Gaillot-Durand, joue à cet égard un rôle essentiel. Elle demande des faits, des données et un suivi indépendant. En somme, une transparence. La journaliste Émilie Rosso enquête depuis trois ans sur ce scandale sanitaire longtemps ignoré.

Toutes deux réclament des réponses sanitaires précises afin que chacun puisse connaître son niveau d’exposition et bénéficier, si nécessaire, d’un accompagnement adapté.

C’est sur ce terrain que doit se situer l’action publique.

La sécurité environnementale relève d’une responsabilité collective : celle des industriels, des autorités sanitaires, des collectivités et de l’État.

Elle suppose de dépasser les postures pour entrer dans une logique d’exigence constructive.

Concrètement, cela implique la mise en œuvre d’études d’imprégnation indépendantes et accessibles. Mais également le lancement d’études épidémiologiques rigoureuses, l’organisation d’un suivi sanitaire des populations les plus exposées, ainsi qu’une clarification des responsabilités lorsque des atteintes sont établies.

La Commission européenne estime que le coût des PFAS pourrait atteindre jusqu’à 1700 milliards d’euros d’ici 2050 si aucune action ambitieuse n’est menée. Ce chiffre donne la mesure de l’enjeu : l’inaction coûtera toujours plus cher que la prévention. Les habitants savent pouvoir compter sur la députée européenne socialiste Murielle Laurent.

Il ne s’agit pas d’opposer industrie et écologie. Notre territoire porte une histoire industrielle forte. Elle a créé de l’emploi et une attractivité économique certaine. Elle fait partie de notre identité. Mais cette histoire oblige. Elle impose aujourd’hui une montée en exigence et une transparence accrue.

À l’instar du "Tu casses, tu répares" évoqué par Gabriel Attal, ne faut-il pas rappeler un principe fondamental de notre droit environnemental : le principe du pollueur-payeur ?

Tu pollues, tu paies ?

Les collectivités n’ont ni les armes juridiques suffisantes ni les moyens financiers pour assumer seules une telle addition. Or l’addition est lourde et elle ne saurait être reportée sur les contribuables.

Il est urgent de rechercher l’équilibre entre développement et protection, entre activité économique et santé publique.

Face aux PFAS, nous avons l’occasion de démontrer qu’une approche responsable, fondée sur la science, le dialogue et le droit, peut produire des solutions concrètes.

Joris Hadj

Enseignant en université

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11 commentaires
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Dr N’guyen le 08/04/2026 à 18:41
France pays de feignants et d’assistés. a écrit le 06/03/2026 à 18h32

Il y’a deux sortes de français de nos jours , une Très faibles minorités de français dégourdis et travailleurs et 80/100 de français assistés qui vivent de la CAF , du chômage, des aides sociales, etc… même les médecins ne veulent travailler de nuit , le week-end, 40h par semaine etc…

Vous avez malheureusement raison ! Les nouvelles générations sont plus feignantes et assistés que les anciennes générations plus indépendantes et plus fortes mentalement.

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France pays de feignants et d’assistés. le 06/03/2026 à 18:32

Il y’a deux sortes de français de nos jours , une Très faibles minorités de français dégourdis et travailleurs et 80/100 de français assistés qui vivent de la CAF , du chômage, des aides sociales, etc… même les médecins ne veulent travailler de nuit , le week-end, 40h par semaine etc…

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Sanitaire? le 06/03/2026 à 06:09

Peut être une légère différente avec l'amiante. L'amiante était connue depuis longtemps pour son caractère cancérigène et c'est l'Etat français qui a autorisé longtemps son utilisation. Idem pour la chloredécone pour les Antilles donc là en effet un scandale sanitaire.

Par contre la problématique des PFAS c'est plus flou (idem pour le bisphénol). On ne peut pas revenir dans le temps et accuser des industriels de polluer si à l'époque on ne connaissait pas les effets des produits.... et il faut être honnête en synthèse organique il y a énormément de produits qui sortent donc il est impossible de faire des études toxicologiques en temps réels.

Mon problème pour les PFAS c'est la création comme à chaque fois d'une niche dans laquelle beaucoup de structures s'engouffrent pour faire du fric (car cela coûte cher)... on n'évalue pas vraiment le sérieux et le professionnalisme de ses structures et donc on peut voir apparaitre des choses relativement fausses (toujours vérifier le niveau réel des "experts" car dans le privé un expert peut être une personne à niveau bac). J'aimerais que l'argent public dépensé dans le dossier des PFAS soit très bien cadré et contrôlé mais ce n'est pas le cas et beaucoup de boites ont rapidement vu les profits assez importants qu'elles pouvaient en tirer....

Toujours faire attention au privé, ce sont des boites qui sont là pour faire de bonnes marges et même si sur les plaquettes publicitaires on vous promet de la qualité le seul et unique but réel est le profit (la qualité du résultat est loin derrière le profit même si on vous assure du contraire... ne pas regarder de trop près aussi comment on obtient le résultat....).

Pour les professionnels je crois que tout le monde connait plus ou moins le nom de ses boites assez médiocres mais très rentables. Il n'y a pas réellement de contrôle car il faut être clair quand on vous parle de certification ou d'accréditation c'est un peu du pipeau car les dés sont pipés.

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Alcofribas Nazier le 05/03/2026 à 18:59
Bizarre, bizarre a écrit le 05/03/2026 à 12h07

"Enseignant en université"... C'est suspect...

Les véritables enseignants sont les maîtres de conférence, nécessairement docteurs, qualifiés par le Conseil National des Universités, puis élus par une commission de sélection composée de spécialistes, ainsi que les professeurs, nécessairement titulaires du diplôme national d'habilitation à diriger les recherches et qui, après un parcours similaire, sont nommés par le Président de la République. Certains cours sont assurés par des assistants, soit normaliens, soit doctorants remarqués. Mais la pénurie fait que les universités doivent recourir à beaucoup de vacataires. Dès lors l'expression "enseignant en université" ne prouve plus grand 'chose. Je ne connais pas ce Monsieur. Mais s'il a un peu gonflé ses plumes, il n'a fait que sacrifier à la pratique si courante d'embellissement du curriculum vitae, beau produit d'une culture totalement décomplexée du l'apparence et du bluff.

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NTM le 05/03/2026 à 18:25

Il faut surtout rapatrier les hyènes de France 🇫🇷 du Qatar vers chez nous , pays de fils de p….lol

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Rlb le 05/03/2026 à 16:55

La finance avant la santé.

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En prime le 05/03/2026 à 14:18
Bizarre, bizarre a écrit le 05/03/2026 à 12h07

"Enseignant en université"... C'est suspect...

Candidat sur la liste de JC KOHLHAAS à Oullins surprenant, non ?

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Agnès Panier-Runàchier le 05/03/2026 à 12:16

Il faut faire barrage au PFAS !

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Bizarre, bizarre le 05/03/2026 à 12:07

"Enseignant en université"... C'est suspect...

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Ex Précisions le 05/03/2026 à 10:56

On retrouve les PFAS aussi dans les produits utilisés par les agriculteurs, ne les oublions pas nos chers assistés !
On en retrouve de partout pas qu'à proximité des usines qui en génèrent...

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MetropoleLyon le 05/03/2026 à 10:36

On attend d'ailleurs les propositions d'Aulas/Sarselli sur le sujet !
Vu que pour eux 'il ne faut pas contraindre le monde économique, j'imagine qu'ils n'en ont rien à faire.

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