Pompiers du Rhône : après un été éprouvant, le syndicat SUD menace d’une grève illimitée

Pompiers du Rhône : après un été éprouvant, le syndicat SUD menace d’une grève illimitée

Ils ont combattu les incendies partout en France tout en assurant les secours dans le Rhône. Après un été 2026 intense, les pompiers abordent la rentrée épuisés et avec le sentiment de ne toujours pas être entendus. Effectifs, chaleur dans les casernes, santé, salaires : pour le syndicat SUD, l’heure est aux réponses.

Tout l’été, leurs silhouettes ont occupé les écrans. Au milieu des fumées et des forêts ravagées, les pompiers ont été applaudis face à une saison marquée par des incendies sans précédent. Environ 119 000 hectares de végétation ont brûlé en France. Quatre sapeurs-pompiers ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions et plus de 130 ont été blessés ou intoxiqués.

Mais les remerciements passés, la rentrée laisse place à un autre sentiment : celui d’un corps à bout qui estime faire toujours plus sans obtenir les moyens réclamés. "Les pompiers sont épuisés", résume Valentin Violet, porte-parole du syndicat SUD et pompier professionnel à Villeurbanne.

Plus de 180 pompiers du Rhône ont été envoyés cet été en renfort hors du département, notamment en Gironde. Certains sont partis sur leur temps de travail, d’autres pendant leurs congés ou leurs jours de repos. "Ce sont des personnes qui partent en mission sur du repos et qui reviennent déjà fatiguées", insiste-t-il. 

Pendant leur absence, l’activité locale n’a pas disparu. Selon le syndicaliste, les départs n’ont pas été compensés par des remplacements, obligeant ceux restés dans le Rhône à travailler davantage. Et contrairement aux étés habituels, le traditionnel creux du mois d’août n’a quasiment pas existé. À cela s’est ajoutée une chaleur persistante : Valentin Violet évoque plus de 50 jours de canicule dans le Rhône.

Besoin de renforts

Dans les centres de secours, la chaleur est devenue un sujet de colère. "Les casernes, ce sont des fours, il n’y a pas d’autres mots", lâche-t-il. Il décrit des bâtiments atteignant 35 à 37 degrés, notamment à Lyon-Corneille et plus de 38 à la caserne de la Doua. "Vous partez sur une intervention, sur un feu par exemple, vous rentrez à la caserne, vous n’arrivez même pas à vous refroidir."

Selon le syndicat SUD, cette chaleur jusque dans les casernes les plus récentes s’explique aussi par les choix effectués sous l’ancienne mandature écologiste, qui avait écarté la climatisation des cahiers des charges.  

Pour SUD, cet été arrive surtout après deux années de tensions dans le Rhône. Le mouvement de grève avait débuté en octobre 2024. Le syndicat espérait à l'époque qu’avec l'arrivée du nouveau directeur d’administration, les engagements pris pendant la campagne ouvriraient une nouvelle période. Valentin Violet rappelle notamment la promesse de 80 embauches, d’une caserne et de moyens supplémentaires.

Le syndicaliste attend désormais beaucoup des dernières élections métropolitaines. Il affirme toujours attendre une date de rencontre avec la nouvelle présidente de la Métropole de Lyon, Véronique Sarselli. 

SUD réclame localement plus de 100 pompiers supplémentaires, une hausse du pouvoir d’achat et de meilleures conditions de travail. Le syndicaliste cite l’inflation, le coût des mutuelles, les attentes à l’hôpital ou les agressions, dont il estime la fréquence à environ une par semaine dans le Rhône. "Il faut vraiment un signal fort, une preuve d’amour parce que ça fait deux ans qu’on attend", dit-il. 

Cette colère dépasse le territoire lyonnais. Les syndicats attendent le 8 septembre, date à laquelle le ministre de l’Intérieur doit présenter un projet de loi de modernisation de la sécurité civile. Mais SUD affiche déjà son scepticisme. "C’est un projet de loi, donc c’est même pas ce qui va être voté", souligne Valentin Violet, inquiet de ce qui pourrait subsister du texte dans le contexte budgétaire de 2027.

Dans l’attente d’une annonce forte

Au cœur des revendications nationales figurent les effectifs, les moyens et la santé. Sur ce dernier point, le discours se durcit. " Cet été, les pompiers sont partis mettre leurs poumons et leur nez dans la fumée sans protection", dénonce-t-il. Il évoque les limites des équipements testés contre les particules et surtout l’absence, selon lui, de suivi spécifique au retour des feux de forêt. "Le mec qui rentre après des jours de feu de forêt, il va moucher noir pendant une semaine chez lui, mais il aucun suivi médical n'est prévu".

Le syndicaliste réclame aussi une meilleure reconnaissance des maladies professionnelles, notamment des cancers, et dénonce une "omerta" autour de la santé des pompiers. 

Comme si la fatigue et l’impatience ne suffisaient pas, les cambriolages de casernes alimentent désormais l’exaspération. Les voleurs ciblent notamment du matériel de désincarcération et de forcement : pinces et écarteurs hydrauliques, disqueuses sur batterie ou pieds-de-biche. Le préjudice dépasserait 40 000 euros. Ces vols inquiètent particulièrement les pompiers. Ce matériel sert à dégager une victime prisonnière d’un véhicule ou à ouvrir un accès lors d’un incendie.

"La personne qui vole ça, en fait, elle condamne le citoyen accidenté", alerte Valentin Violet, qui redoute que ces outils puissent être revendus ou utilisés pour des cambriolages ou des braquages.

La rentrée s’annonce donc électrique. Un "Village de pompiers" doit être installé place de la République à Paris les 26, 27 et 28 septembre pour aller à la rencontre des citoyens et des élus. Une manifestation est annoncée le 29 septembre. SUD n’exclut pas ensuite une grève illimitée.

Dans le Rhône, une partie de la tension pourrait toutefois se jouer avant. Le syndicat attend beaucoup de sa future rencontre avec Véronique Sarselli, la Métropole assurant environ 80% du financement. Il ne veut pas d’un recrutement au compte-gouttes mais d’un geste important : "C’est 40 pompiers d’un coup, il faut quelque chose de massif". Une annonce forte pourrait, dit-il, "éteindre une bonne partie de l’incendie".

Après avoir passé l’été à combattre les flammes, les pompiers du Rhône abordent septembre avec une autre bataille : celle des moyens et de la reconnaissance. "On accumule les sentiments amers entre fatigue, impatience, énervement", résume Valentin Violet.

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